Recommander

Textes en liberté !



Queer, pas Queer...

Ce blog est un receuil de quelques unes de mes nouvelles abordant des thématiques LGBTIQ 
Au travers de la fiction, je traite différents sujets auxquels on peut parfois être confronté dans nos vies.

J'écris simplement avec mes tripes, me basant parfois sur du vécu, ou, à d'autres moments, en me mettant dans la peau de personnages.Certains textes sont engagés, d'autres le sont moins. Tout peut être sérieux, comme il peut y avoir de la dérision.

Attention, certains écrits aussi n'ont jamais dépassé le stade du brouillon, mais j'ai plaisir à partager mon imaginaire avec les lecteurs.

Ce blog fêtera ses 4 ans en septembre. Deux nouvelles présentées ici "Un autre Sexe" et "Bareback Orange" ont été tranformées en court-métrage. Le titre "Nuit d'Ivresse" sera lui aussi adapté à l'écran lorsque j'aurais terminé la rédaction d'un projet de plus grande ampleur qui me tient à coeur depuis longtemps.

Quoi qu'il en soit, n'hésitez pas à me laisser vos commentaires, car il n'est pas désagréable d'avoir un retour sur son travail.

Depuis le début de "Ceinture de Queers" vous avez été 35.200 à vous connecter. Merci à tous les lecteurs.

Depuis un an maintenant, je suis aussi l'Auteur et Chanteur du groupe "
Mauvais-Genre!". 

Parfois aussi, il m'est arrivé aussi, lorsque j'étais plus engagé sur des thématiques Queers, de publier des articles sur le journal de l'en Dehors, et de septembre à juin, je rédige régulièrement quelques articles pour mon blog personnel "What's on my Minds".


Bonne lecture,
Thomas Le Bihan

Lundi 30 avril 2007

Je dédie  ce  texte  à Mes  amis  J.  et C.  Ainsi qu'à tous ceux qui se battent au nom  des libertés individuelles et du respect des droits de la personne.

 


 

Jérémie avait cru remarquer une invitation à le suivre dans les yeux de l’homme assis face à lui dans le bus. Instinctivement, il se leva d’un bond et le suivi alors que c’était loin d’être l’arrêt auquel il devait descendre. Il ne savait pas ce que c’était, mais il ne pouvait s’empêcher de le suivre. Ca lui prenait comme ça, quand il croisait certain garçons qu’il désirait secrètement, mais jamais il n’avait tenté une approche. Il  le suivait, à une distance raisonnable, essayant de ne pas se faire démasquer, ni par l’homme, ni par les quelques rares passants en cette heure avancée de la nuit. L’homme tourna dans une impasse puis avança jusqu’au bout du renfoncement. Il sorti sa bite de sa fermeture éclair et déversa sa pisse sur le mur de pierres. Jérémie en fit de même, matant l’énorme engin de l’homme. Une fois que celui-ci eut fini de pisser, il prit la teub de Jérémie en main et commença à le branler énergiquement. Personne ne l’avait encore jamais touché. Ils vécurent un instant orgasmique.

Crissement de pneus et lueur aveuglante : une voiture de flic venait d’entrer dans l’impasse. Les policiers, furieux se jetèrent sur les deux hommes et les rouèrent de coups de pieds, de matraques et d’insultes. « Sales obsédés ! » criaient les garants de la sécurité. « Vous devriez avoir honte ! On vous emmène au poste ! ».L’homme baissait les yeux et obtempérait. Jérémie répondait aux coups par les insultes,ce qui décuplait la violence de leurs agresseurs. Il avait le nez cassé lorsqu’ils arrivèrent enfin au commissariat.

 

On les jeta dans une cellule, seuls, au milieu de tout ce que la société pouvait compter de pseudo-parias… Jérémie s’agrippa aux barreaux, criant pour qu’on le relâche. Il prit un énième coup dans le ventre. « Ta gueule Pédale ! ». L’homme voulait crier à l’injustice, mais il n’était plus du bon coté de la législation. Le monde avait radicalement changé en très peu de temps. Il s’agenouilla, retira sa chemise et essuya le sang et les larmes qui coulaient sur le visage du jeune homme. « Sois gentil, tais toi, tu aggraves notre cas ». Mais Jérémie ne l’entendait pas ainsi. « J’en ai rien à foutre de ce qu’il peuvent penser ou de ce qu’ils peuvent faire ! On n’a rien fait de mal ». L’homme posa son doigt sur la bouche de son amant. Il y a 15ans, on ne les aurait jamais arrêté pour ça, juste une contravention pour exhibitionnisme, et encore… Le monde avait le visage de la haine depuis qu’Alexandre Volopsky était arrivé au pouvoir. 30ans de lutte contre les discriminations et l’ouverture des droits aux LGBT avaient été balayé par l’avènement d’un seul homme. Il avait pourtant obtenu leur voies, invoquant des problèmes d’insécurité et de droit au respect des personnes, mais petit à petit, il avait ramené la société à un courant de pensée moyen-âgeux. On avait encore le droit d’avoir des rapports avec une personne du même sexe, mais il fallait cacher cette déviance afin de protéger les jeunes d’une dégénérescence immorale. Il s’en était pris d’abord aux magazines en les attaquants sur la pornographie, puis il avait démantelé les groupes associatifs activistes en publiant des dossiers de propagande pour les décrédibiliser… Soutenu par les mouvements familliaux intégristes, il fit fermer les lieux de rencontre et censura le net. Les homos avaient pourtant tenter de protester, mais on les réduisit au silence. Certains avaient tentés de publier des livres dénonçant le dictat du Président, mais on les avait retrouvé mort. Alexandre Volopsky jouait encore l’hypocrite et criait au scandale du crime homophobe envers des personnes fragiles, mais alimentait en parallèle un discours de haines à l’encontre des homosexuels. C’est comme ça qu’il avait maintenu cet électorat : en se débarrassant des intellectuels humanistes.

 

L’homme avait connu le déclin gay. Il se souvenait des années Mitterand, de sa  première gay pride où ils n’étaient qu’une centaine, le fléau du SIDA, le combat pour le pacs puis le déclin. D’une personne totalement outé, il était devenu un personnage à éviter. La propagande s’était ancrée à nouveau dans les esprits puritains. Il expliqua tout ceci à Jérémie, qui d’un coup, découvrait l’histoire d’Hocquenghem, de Foucault, de Guibert, de Martel, d’Act Up et des Panthères Roses. Tout ces noms ne lui évoquaient rien. Il avait grandi en apprenant qu’être pédé, c’est mal puisque les livres touchant à la sexualité avaient été interdit.. Il était loin de se douter que le paradis auquel il aspirait avait déjà existé, mais qu’on l’avait interdit sous prétexte qu’il était l’image luxuriante de l’enfer.
 

 

 

Au petit jour, un officier viendra les chercher. On les conduira au tribunal où ils seront condamnés pour pornographie publique, incitation à la débauche, outrage à Agent. Ils seront condamnés à un isolement rééducatif ou ils seront les cobayes de la science puritaine. L’homme décédera d’un  œdème cérébral ; il aura transmis son savoir à Jérémie.

 

Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Mardi 12 septembre 2006

Mickael pleurait à chaudes larmes dans les bras de son ami Stéphane. Il venait de voir Miloud passer devant lui dans l’aérogare, menotté et  escorté de deux policiers. Il lui avait crié un « Je t’aime » du fond du cœur mais Miloud avait préféré baissé la tête. Le charter pour la Saoudie allait décoller. Mickael était dépité ; plus rien n’avait d’importance à ses yeux. On lui arrachait l’homme de sa vie sans qu’il ne pusse faire quelque chose. C’était injuste. Miloud n’y était pour rien. Il était victime d’une machination infernale. Tout ça par la faute de Mickael.  

 

Stéphane n’avait pas le moral cette nuit là. Mickael était resté auprès de lui pour le veiller, si bien qu’il était loin de Miloud quand la police débarqua pour perquisitionner. Le réveil avait été violent pour Miloud. En moins de deux minutes, on avait trouvé dans leur appartement une centaine de pilules d’ecstasy et 1 780 euros en espèces, cachés sur le dessus de l’armoire. Miloud n’y était pour rien. Mickael dealait à la fac depuis quelques mois et ne le lui avait jamais dit. Quelquefois, Miloud avait demandé à son amant pourquoi il avait tant d’argent et pourquoi il lui faisait des cadeaux somptueux, or Mickael lui répondait toujours que cela venait de ses parents… Les flics s’étaient trompés de cible. 
 

Quand Mickael rentra chez lui, il découvrit leur appartement sans dessus dessous. D’emblée, il comprit ce qui s’était passé. La mamie d’à coté, protectrice telle une mère, lui raconta comment on avait violenté le pauvre Miloud, « un si brave garçon qui n’avait jamais fait de mal à personne… » 
 

Pendant que Mickael tentait de remuer ciel et terre pour savoir où était incarcéré son mec, les rumeurs allaient bon train dans le quartier. Lorsque les voisins le croisaient, ils le dévisageaient avec mépris ou feignaient de compatir à sa douleur… Or, quoi qu’ils fissent, rien n’apaisait la douleur et le sentiment de culpabilité qui rongeait le jeune homme. Il n’avait plus la force d’aller en cours et passait son temps à appeler les commissariats, les tribunaux. Personne ne voulait lui répondre. 
 

Au tribunal, Miloud n’avait plus l’étincelle d’optimisme que Mickael aimait en son regard. Il était maigre, mal rasé et affaiblit. Tout était fait pour le dépeindre comme un dangereux terroriste. Il avait cherché plus d’une fois son copain dans l’assemblée, mais celui-ci n’était pas là. Dépité par une telle trahison, il avoua dealer depuis son arrivée en France. Il repartira en Saoudie en charter direct. La peine de mort l’attendait au retour. Il avait quitté son pays plein d’espoir ; il y retournait humilié. Il aimait Mickael plus que tout au monde. C’est ce qui lui donnait la force d’affronter la cruauté de son destin. 
 

Pendant que Miloud croupissait à Fleury-Mérogis, Mickael s’aliénait. Il repensait à leur rencontre seulement quelques mois plus tôt et la façon dont il avait été séduit. Il s’était encore grave défoncé la veille et avait atterrit mystérieusement chez ce beau garçon à la peau mâte. « Ti voux di pouli ? » lui avait demandé Miloud lorsque le blondinet ouvrait ses yeux sur ce monde insensé au milieu de l’après midi. Il n’avait jamais quitté son appartement. En moins de 48 heures, ils vivaient une passion des plus renversantes. Au fil des semaines, Mickael avait cessé de se défoncer. Tout ce que pouvait lui raconter Miloud était planant, leurs effusions des plus orgasmiques. Les deux garçons s’étaient reconnus d’emblées : ils étaient des âmes frères. 
 

Mickael ne sortait presque plus qu’avec son chéri, négligeant sa bande de copains. On se réjouissait pour son bonheur, mais de temps à autres, certains bien pensant lui conseillaient de calmer un peu le jeu. Il était jeune, beau et intelligent. Pourtant, il était naïf malgré son sens de la débrouillardise. Il n’avait rien vu venir… 
 

Après la séance d’adieux humiliants de Roissy, Stéphane raccompagna Mickael chez lui. Il n’avait pas la force de rester seul et avait besoin du soutien de son meilleur ami. Il était rongé par la culpabilité et les remords. Il s’entêtait à affirmer qu’il était responsable de l’extradition de Miloud et ne se le pardonnerait jamais. Mickael se recroquevilla sur lui-même, s’allongea sur le lit, sentit l’odeur de Miloud sur la taie d’oreiller puis se mit à pleurer de tout son corps. « J’voudrais bien savoir quel est le bâtard qui a balancé Miloud ! ». C’est alors que la réponse se fit entendre. Stéphane avoua à Mickael qu’il était secrètement amoureux de lui depuis quelques mois ; le couple qu’ils avaient prévu d’officialiser lui était insupportable. Mickael n’en revenait pas. Celui qu’il considérait comme un frère avait détruit sa vie ! Jamais il n’aurait soupçonné une telle trahison. Son meilleur ami était responsable de sa perte. Il poussa Stéphane de toutes ses forces contre le mur, attrapa une chaise et le frappa aussi fort qu’il avait mal. Le traitre avait beau implorer son pardon, il était des détresses que Mickael ne pouvait plus entendre. Tout ce qui lui était important n’avait plus de raison d’être à présent. Il ouvrit le gaz et alluma une cigarette.

Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Mardi 12 septembre 2006

Excité, exciter, excitez ! La fumée du spliff lui décongestionnait le cervelet. Envie d’exhibition, de se rassurer face au temps qui passait. 3 fenêtres, 3 profils, une webcam. 20ans, 26ans, 43ans. 3 beaux mecs avec des personnalités différentes, mais un coté voyeur gourmand. Joachim n’aimait pas le sexe virtuel, mais ce soir, c’est leur fête. Il savait qu’il ne baiserait jamais avec aucun d’eux. Le premier vit chez Môman, le second en Belgique, le troisième pas très loin, mais trop vieux. Juste envie de les allumer jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus ! Il ne les voyait pas, mais chacun d’eux le mataient, bavant sur l’écran, le wizzant pour en voir plus, toujours et encore. Ils aimaient son corps. « Tu es trop beau ! », « J’aime ton cul ! », « Montre moi encore ta bite ! », « Humm quels biceps ! »… Joachim se délectait des compliments… mais ses pensées s’obscurcissaient. Il avait 30 ans ce soir. Plaire sur le web n’était jamais un problème ; c’était continuellement le défilé dans son lit, mais dans sa vie, c’est toujours le vide. Il coupa la connexion, s’habilla en vitesse et décida d’aller marcher un peu.

Instinctivement, il se retrouvait toujours dans les mêmes endroits, les mêmes têtes, mêmes pseudos illusions de fête… Une Tequila ici, une autre par là. Fin de soirée, il avait écumé tous les bars du marais sans rien trouver. Mais que cherchait’il au juste ? Il ne le savait plus. Il aurait aimé croiser ses potes plutôt que de recevoir des sms ou des appels lui rappelant qu’il sortait de la catégorie des adulescents. 10ans qu’il traînait ses guêtres dans le milieu : pour rien. Quand il avait commencé à s’assumer juste après son coming-out, il avait vécu cela comme un grand moment. Le monde s’était ouvert à lui. Des mecs, plus beaux les uns que les autres avaient perdu leurs boxers dans son lit… Ca avait été plus de 3650 garçons pour finalement très peu d’instants de bonheur… Amoureux ? La dernière fois, il devait être encore débutant. Il s’était fait une raison : l’homme est carnivore ; il faisait parti de ceux là. Il pensait s’être fait une raison. Pas du tout. Il prenait sa solitude en pleine tronche. Ca faisait plus mal qu’il n’aurait pu le soupçonner.

2h30 du mat’. Loin d’être frais, il n’en pouvait plus de tout ça. Il n’avait jamais l’alcool triste, mais cette nuit, c’en était trop. Son âme s’asphyxiait dans la détresse. Plus voir personne de la soirée. Ne pas rentrer pour autant. Le lit était trop grand. Il tituba sur les quais de Seine, se prit les pieds dans les pavés, et alla heurter un banc.

« Hé Mec ! Réveille toi !

- Non, fous moi la paix, dégage, j’veux crever ! »

Joachim repoussa le garçon qui tentait de l’aider à se relever sans même le regarder.

« Attends mec, tu vas pas bien, je peux pas te laisser là dans cet état. T’as un chez toi ?

- t’as déjà vu un clochard en Dolce Gabana ?

L’autre éclata de rire. Joachim empesta.

- On est à Paris mec ! Ici, il ne faut jamais croire ce que tu vois. Par contre, je crois à ce que je ressens. Et j’avoue, j’suis triste pour toi…

- Qu’est-ce que tu racontes ?

- Je comprend pas pourquoi un mec mignon, comme toi se retrouve dans cet état. T’as pas un mec à rejoindre ?

- Non, sinon je s’rai pas là. Et puis, t’es qui pour me faire de la psychologie de comptoir ?

- Va te faire foutre si tu me parles comme ça ! Je voulais juste discuter avec toi… Après tout, j’ai pas de temps à perdre avec un loosdé ! »

Joachim n’avait jamais apprécié qu’on le traite de looser. Il était tout sauf cela. Il se leva pour courir après le garçon qui s’éloignait à grand pas.

« Et, tu veux pas v’nir passer la nuit à la maison ? Avait dit Joachim, en regardant le mec droit dans les yeux. C’était un beau garçon, d’une trentaine d’année, au crâne rasé avec un collier de barbe très fin.

- J’croyais que tu voulais être seul ?

- Non, j’en peux plus de cette solitude. Ca me ronge. J’ai 30ans… Le temps passe à une vitesse folle. Un jour, je serai vieux et triste…

- Eh mec, j’viens pas pour tomber dans le mélo ok ? »

 

Après un spliff, Joachim tomba raide de sommeil. Grégory le regarda sombrer, le déchaussa et l’enroula sous la couette. Il s’endormit joyeux. Pour la première fois, quelqu’un prenait soin de lui. Lorsqu’il se réveilla, sa tête lui faisait mal. Il pensait avoir fait un rêve étrange, lorsqu’il trouva le café prêt sur la table, accompagné d’un croissant, d’un verre de jus de fruit, de deux cachets d’aspirine et d’un mot : « Si tu veux te suicider à nouveau, appel moi au 06 666 343 70. Grégory. ». Joachim sauta sur son téléphone, et prit rendez-vous pour le soir même.

Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Mardi 5 septembre 2006

 

 

L’ardoise été chargée. Zack et Kevin ne reviendraient pas en arrière. Chacun camperait sur ses positions. Il ne pouvait plus en être autrement. Zack regardait son demi-frère partir énervé comme il ne l’avait jamais été auparavant par sa faute. Il était évident qu’ils ne se parleraient plus et que rien n’y ferait. 
 

Zack avait pris son cadet sous son aile au début. Aujourd'hui, selon lui, la façon dont Kevin avait choisit de mener son existence ressemblait plus à « Boogie night » qu’à un véritable plan de carrière. Depuis que Kevin s’exhibait devant des caméras pour gagner sa vie, Zack ne reconnaissait plus le post adolescent fragile et perturbé qu’il avait accueilli. Il s’était passé 7 ans. Kevin avait longtemps idolâtré son frère : le grand, le bad-boy ! Il aurait voulu lui ressembler, si bien qu’il lui avait collé aux skets pendant longtemps… Il l’admirait car il savait faire de l’or avec un rien, connaissait tous les bons morceaux, et mixait aux soirées les plus décalées de l’underground parisien. Il avait été adopté rapidement par la bande de copains, si bien que tout le monde prenait soin du « bébé » du groupe. S’il prenait trop d’extas ou de coke, on le suivait de prêt. D’ailleurs, il savait qu’il ne devait pas taper avec des inconnus. On préférait lui en filer un peu pour être sur qu’il ne se défonçait pas avec de la merde. Longtemps, on l’a cru fragile et vulnérable. C’était avec cette image que Kevin avait voulu rompre le soir de ses 25ans. Comme d’habitude, les saltimbanques étaient là, plus ou moins pour lui, mais surtout, parce qu’il était le petit frère de Zack. Il ne pouvait pas flirter avec un garçon sans que quelqu’un ne vienne le lui faire une remontrance « il n’est pas assez bien pour toi… »,  « tu vas trop loin ici… ». Bref, il n'avait pas quitté la prison familiale pour que son frère l’enferme dans une pseudo liberté conditionnelle. C’en avait été de trop.
 

Kevin s’était progressivement éloigné, choisissant de se consacrer davantage à lui-même pour se forger une identité. En quelques mois, il y été parvenu. Il ne connaissait personne en dehors du quartier. Il avait appris au fil du temps à sortir seul, à capter l’attention par ses exubérances. Au fur et à mesure, il avait tissé sa toile ; On l’invitait partout, qu’il s’agisse de dîner mondains ou de soirées explosives ! Si bien qu’il devint un personnage incontournable de la branchitude et en l'organisant ! Zack lui avait appris beaucoup en lui déléguant les relations publiques de ses sets, si bien qu'il était l'attaché de presse des plus grandes soirées de la capitale. En parallèle, des garçons de plus en plus beaux le courtisaient, ce qui avait un impact sur son corps, sa mouvance et son apparence. Il passa en peu de temps de la crevette fluide au petit gars plein d’assurance, et son sens de la provocation aidant, il se retrouva plus d’une fois en photo de  magazines. C’est comme cela qu’avait débuté sa carrière people.
 

Zack mixait joyeusement : Kevin avait enfin daigné venir à l’un de ses sets ! En effet, à l’exception de quelques très rares communications téléphoniques, les deux frères ne s’étaient pas vus depuis plusieurs mois. Il était suivi par une horde de garçons qui s’embrassaient et dansaient entre eux, ce qui dénotait dans le quartier. On voyait ici de temps en temps un ou deux gays égarés, mais jamais tataland ne s’était invité en ces lieux ! Zack était impressionné par cette cours entourant son cadet, si bien que lorsque la soirée se poursuivit dans le pavillon de l’aîné, les amis de l’un étaient aussi nombreux que ceux de l’autre !

  

Pendant que Zack enchainait les morceaux, Kevin rayonnait au milieu des convives. Il y avait la des gens qu’il appréciait beaucoup qu’il n’avait pas revu depuis un bon moment. Il se délectait d’apprendre ce qu’étaient devenues leurs vies ces derniers mois, pendant qu’il apprenait aux uns et aux autres qu’il emménageait avec Malik et Damien, dans leur appartement. Il les embrassait l’un et l’autre, et confiait qu’il ne savait pas lequel choisir… L’harmonie entre eux perdurait maintenant depuis un moment. Zack ne voyait pas cela d’un très bon œil. Lorsqu’il surprit Malik sur son lit s’affairant à satisfaire Julien, il entra dans une rage folle et entraîna Kevin par le bras pour qu’il assiste au spectacle.

«  Tu trouves ça drôle ? 

- Ecoute Frerot, notre mode de vie est assez différent du tiens parce qu’il n’y a pas d’exclusivité et de rapport de jalousie entre nous. Regarde comme on est tous heureux !

- C’est ça ! Tu crois peut être que je vais avaler ça ! Je ne t’ai jamais vu autant te défoncer la gueule depuis que tu traînes avec ces types ! Tu crois que c’est ça le bonheur ? Tu crois qu’on te respecte ?

- Va te faire foutre ok ! T’es même pas capable de garder une meuf parce que tu les emprisonnes dans ton univers. Il n’y a que toi qui comptes.

- Ta gueule pti con !

- Oui, c’est ça, j’ai touché la corde sensible ! Tu es incapable de savourer le bonheur des autres tant ça te dégoûte ! Ce qui te gène au fond, c’est que j’ai plein de mecs, et toi, nada ! T’es sur la mauvaise pente vieux !

- Moi je ne me détruis pas comme toi. T’as pris quoi encore ce soir ?

- Allez, va te faire foutre, j’me casse… 

- C’est ça, bon débarras ! Tu viendras pas pleurer quand un de ces connards t’aura plombé ! »
 

Kevin sauta dans un taxi en direction de la follow me, pendant que Zack vidait ses invités. Tous partirent sans se faire prier. La dispute entre les deux frères avait glacé l’atmosphère, mais Malik décida de rester un instant.

« Qu’est-ce que tu fous là, t’es sourd ?

- Attends mec, je crois que toi et moi, on a des choses à se dire. La façon dont tu as traité ton frère ce soir, chez les rebeus, ça se fait pas, c’est la famille qui compte.

- Si tu le veux dans ta famille, garde le, j’en ai assez de ces conneries…

- Attends un peu ! Depuis combien de temps tu n’as pas vu ton frère et ou tu ne t’es pas vraiment inquiété pour lui ? »

Malik avait frappé fort. Zack s’en voulait à présent. Il finit par avouer qu'il avait peut être eu tort dans la façon dont il avait influencé son cadet… Malik le rassura. Zack avait toujours été un dieu pour Kevin, seulement, ils avaient une philosophie différente de l’existence. Malik lui rappela la fragilité et le coté  provocateur que pouvait avoir le petit, et c’était aussi une des raisons pour lesquelles le groupe d’amis ne se quittait pas. Il y avait toujours quelqu’un à l’écoute de l’autre dans leur fonctionnement, personne n’était jamais lésé. Bien au contraire. Tout le monde connaissait les travers de Kevin, et inversement. Les rapports d’entraides et d’affects étaient alternatifs, ça dépassait le sexe, l'amour et l'amitié. Zack se laissa convaincre :  ça ne changerait jamais.

 
Le lendemain soir, les copains de Malik, Damien et Kevin tuaient le week-end par un brunch dans leur loft. Kevin était à l’ouest lorsque Zack sonna à la porte.  Les deux hommes se regardèrent droit dans les yeux sans dire un mot, prêt à se lancer un pain, mais Malik vint à leur rencontre et les réconcilia.  Ils s’expliquèrent et pleurèrent dans les bras l’un de l’autre. Chacun relatant ses différences, ses similitudes... mais le plus important était ce qui les liait. Au fur et à mesure, Zack apprit à mieux connaître le mode de vie bobo de son petit frère. Il s’inquièterait toujours à son sujet, mais il devait respecter ses choix, et inversement Kevin devait en faire autant. Ils burent une bouteille de champagne ensemble puis décidèrent d’associer leurs talents. Zack posera sa bande son sur la white party qu'organisera Kevin.

Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 17 août 2006

Fabrice venait juste de rentrer du supermarché lorsque la sonnette retentit. Au travers du juda, il entrevit un homme, petit, trapu, d’une cinquantaine d’année, au regard colérique s’énerver de l’autre coté de la porte. « Je sais que tu es là Laurian, ouvre ou je défonce la porte ! ». Fabrice, curieux de savoir ce qu’avait encore fait son boy-friend décida de lui ouvrir. L’autre, d’un pas élancé poussa Fabrice contre le mur, et inspecta les pièces comme s’il connaissait l’appartement. « Vous voyez bien qu’il n’est pas là ! Si vous vous calmiez un peu, et que vous m’expliquiez ce que vous venez faire chez moi ? »

L’homme s’assit dépité sur le canapé et commença à pleurer.

« Vous comprenez, je l’aime ce pti con… Il me traite comme un chien, et depuis que je lui ai donné du fric pour acheter ses livres, il refuse de m’adresser la parole ou de me répondre au téléphone…»

Fabrice esquissa un sourire intérieur. Ce pti con en avait encore pigeonné un. Cette fois ci, il avait bien choisi sa victime : dans le genre solitaire maniaco-dépressif, on ne pouvait pas trouver pire ! Pendant que l’autre continuait sa phrase, Fabrice imagina Laurian se taper cette chose et le sentiment de fierté qui en émanait juste après leurs ébats. Laurian aimait se sentir lope et salit. Il éprouvait du plaisir à être la petite pute de vieux pervers dégueulasses ; il savait ce que ça lui rapportait.

« Je l’ai emmené en week end à Deauville parce qu’il l’a voulu ! Si vous saviez comme je l’aime… je ne comprend pas pourquoi il me traite comme ça, vous y comprenez quelque chose vous ?

- Oui, Laurian a senti chez vous une faille. Vous transpirez la solitude et la détresse. Laurian est très fort à ce jeu. D’abord il cerne ses victimes, joue au bellâtre romantique aux yeux pleins de désillusion et c’est cuit. Vous êtes sous le charme ; il est trop tard pour vous en dépêtrer ! Pendant que vos émotions se brouillent davantage (parce qu’un tel jeune homme qui s’offre à vous est utopique), il vous encule frénétiquement puis vous presse jusqu’à la dernière goutte ! Bien entendu, vous ne vous rendez-compte de rien, jusqu’au moment où ce pti con décide de vous jeter comme une vieille chaussette ! Vous prendrez bien une vodka ?

- Oui, enfin, je ne veux pas vous embêter avec mes histoires…

- Vous ne m’ennuyez pas du tout, au contraire, je voudrais tout savoir. » Dit Fabrice avec un sourire satire.

 

*

Fabrice et Laurian s’étaient disputés ce soir là. Laurian avait pris la mouche. Il n’avait pas supporté que son mec lui reproche la vaisselle sale qui s’était amoncelée dans la cuisine. Laurian savait qu’il était allé trop loin, mais pour lui les choses étaient limpides dans leur couple. Il voulait bien cuisiner, mais au grand jamais il ne voulait faire la vaisselle ou le ménage. Il ne l’avait jamais fait auparavant, et ce n’était pas maintenant que ça aller commencer. Jusqu’à présent, Fabrice s’était occupé de leur intérieur tel un petit maître de maison, mais depuis qu’il était ingénieur, Fabrice n’avait plus le temps pour cela… C’était mieux quand ils étaient tous deux étudiants. En effet, l’argent entrait facilement avec les clients de l’un et de l’autre trouvés sur le net, mais la vie avait changé. 

 

Quand Laurian avait le cafard, le sexe extra conjugal était son seul exutoire. Il avait marché dans le froid de novembre jusqu’à l’allée des cygnes. Il s’assit sur un banc, roula un spliff et laissa son regard flotter sur le clapotis des vagues de la Seine. Norbert s’était approché de lui, doucement et l’avait observé. Ce jeune homme lui paraissait si triste qu’il semblait porter toute la misère du monde. Il avait avancé nonchalamment puis lui avait adressé la parole.

« Et pti gars, ça te dit de venir fumer un joint à la maison ? ». Sans même le regarder, Laurian avait accepté et s’était retrouvé chez le vieux à Malakoff. Deux spliffs plus tard, Norbert buvait les paroles du jeune homme assis sur le canapé lorsque celui-ci sorti sa bite de son jean. « Tu veux t’amuser, alors profites en ! » lui lança Laurian. C’est ainsi qu’ils passèrent leur première nuit ensemble.

Laurian n’avait pas prévu de revoir Norbert. Il le trouvait répugnant à souhait, si bien que même ses clients les plus hideux lui semblaient être des canons. D’autre part, Fabrice était absorbé par son nouveau travail, et  n’avait toujours pas digéré leur dispute. Norbert ne cessait de l’appeler pour l’inviter mais il refusait toujours, prétextant des cours à réviser… Or, lorsque celui-ci le contacta au moment même où le frigo était vide, la situation changea radicalement. Norbert avait décidé de le séduire et de mettre les petits plats dans les grands. Il prépara un dîner frugal à son jeune hôte, qui durant les jours qui suivirent, n’hésita pas à se servir de son charme pour se faire conduire partout où il le souhaitait en voiture. Norbert ne pouvait rien lui refuser, si bien que le jeune homme devint de plus en plus capricieux. Restaurants, boutiques, factures de ses livres, achat de skunks… tout était prétexte pour se faire entretenir. Comble de l’ironie : il passait très peu de temps sur les bancs de la fac afin d’amasser les billets des hommes d’affaires de passage, tandis que le pauvre rmiste de Norbert faisait exploser son découvert bancaire ! Or, Laurian se lassa très vite de son michton. D’une part, au train où il le faisait dépenser, il n’y aurait bientôt plus rien à grappiller, et le vieux commençait à lui taper sur le système. En effet, il s’était prétendu médium et avait tenté de tirer les cartes à Laurian ! Le jeune homme avait l’esprit cartésien, et lorsque Norbert, aidé d’un livre d’apprenti magicien lui avait apprit qu’il vivraient tous deux une grande histoire, le gigolo eut envie de lui fracasser le crâne. Il rentra chez lui, paramétra les numéros de Norbert dans son téléphone de manière à ce que celui-ci ne sonne pas et l’ignora.

*

Fabrice explosa de rire. Plus il observait Norbert avec sa mine de chien battu, plus celui-ci lui paraissait pitoyable. Il n’avait rien vu venir le pauvre vieux ! C’est à cet instant que Laurian fît son apparition. Il fût d’abord surpris de trouver Norbert assis sur le canapé, puis fit comme s’il n’était pas là. Il se dirigea vers Fabrice, lui roula une pelle à en perdre haleine et lança à Norbert : « tiens, t’es là toi ! » puis se retourna vers Fabrice « je vais prendre un bain, s’il te vient l’envie de me frotter le dos, n’hésite pas ! »

Norbert était livide. Il ne s’attendait pas à une telle situation. Fabrice lui expliqua alors qu’ils étaient un couple libre depuis le lycée. Et pour en remettre vicieusement une couche au chagrin de son invité, il lui annonça qu’ils s’étaient toujours servis des hommes pour financer tout ce dont ils avaient besoin ! « Evidement, il s’est bien moqué de vous et je vous plains. Enfin, maintenant, vous comprenez la situation, et je pense qu’il est mieux pour tout le monde que vous oubliez cette petite histoire…

- Mais je me suis mis dans la merde pour lui !

- Et alors ? Vous êtes adulte ? C’était à vous de vous protéger. Vous avez vu Laurian ? Il est jeune, beau, brillant et cultivé. Pensez-vous sincèrement qu’un mec de sa trempe à un quelconque avenir avec vous ? Vous ne pouvez pas lui apporter le dixième des choses dont il a besoin, et je ne parle pas d’argent. Vous n’avez aucune classe, aucune éducation. Ce garçon n’a rien à faire d’un homme tel que vous ! Vous n’êtes rien pour lui, juste un amusement. Rentrez chez vous. 

- Mais…

- Vous pouvez être content qu’il ne vous ait pas coûté plus cher ! D’habitude, il ne bosse pas à moins de 300 euros de l’heure ! Fichez le camp maintenant. »

*

Tandis que Norbert pleurait toutes les larmes de son corps au volant de sa voiture, Fabrice rejoignait Laurian dans la salle de bain.

« T’es une vrai salope ! Susurra Fabrice.

- C’est pour ça que tu m’aimes. 

- J’espère pour mes vieux jours que je ne tomberai jamais sur un ripou comme toi !

- Ne t’inquiète pas mon bébé ! Je serai là pour te protéger tout comme tu l’as été pour moi aujourd’hui. Je sais qu’on ne badine pas avec l’amour. Ce serait bien que l’on se pacse non ?

Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Samedi 10 juin 2006

La sonnette retentit effroyablement dans la tête d’Alix. De l’autre coté de la porte, le facteur attend de lui remettre le recommandé d’une mise en demeure de sa banque. Il a encore pulvérisé son découvert et devra restituer chéquier et cartes de paiements. Le couperet prêt à tomber lui fait mal. Il voudrait téléphoner à ses parents pour qu’ils le dépêtrent encore une fois de cette situation inextricable, mais impossible : ils ne veulent plus arrondir les angles pour lui, ses études de théologies leur coûtant affreusement cher, et puis le téléphone est encore coupé. « Galère ! Galère ! Emprunter de l’argent, mais à qui ? ». Au fur et à mesure que sa situation se dégradait, le cercle des amis d’Alix s’est rétréci au point de devenir inexistant. Il entre dans le bar de Philipe. Celui-ci refuse de le servir. « L’ardoise est trop chargée ! Reviens quand tu pourras payer… ». Alix empeste. Il leur en a lâché de la la tune, or cet argument n’est pas suffisant. Il rentre à la maison bredouille, débranche la télé, l’emporte chez Cash converters et n’en tire que 30 euros. « Trouver de la maille en urgence ! ». Il ouvre son placard, contemple avec nostalgie sa collection de vêtements de créateurs, mais ne récupère que quelques maigres billets en échange.

Je ne vaux rien ! Jamais je ne pourrais trouver de solution… » Se morfond t’il. Le temps passe très vite. Il ne lui reste plus que 24heures pour éviter l’interdiction bancaire qui le guète. Il ravale sa fierté et se décide de contacter une assistante sociale. A la mairie, on lui annonce qu’il ne pourra pas rencontrer quelqu’un avant une semaine. Son sang se met à bouillir dans ses veines et explose de colère, si bien que la responsable du service décide de le recevoir entre deux rendez-vous. Elle le regarde avec condescendance, lorsqu’il annonce le montant de ses dettes et l’utilisation qu’il fait de son argent. « Je ne peux rien pour vous jeune homme, vous êtes certes étudiant, mais vous êtes assistés par vos parents et vous travaillez, je ne peux que vous inviter à rencontrer une de nos travailleuses sociale pour qu’elle vous aide à planifier votre budget ». Alix est rouge de rage. Il se lève d’un bond, sort en courant, tente de joindre ses parents une nouvelle fois d’une cabine téléphonique, mais sa carte bleue refuse de lui permettre de communiquer. Le combiné vole dans tous les sens, éclatant de milles paillettes la boite de verre. Fuir est la seule solution. Il accélère le pas pour ne pas être coursé par la police ; il a assez d’emmerdes sur le dos. « Run away turn away run away ! » Alix s’effondre à bout de force, au milieu du labyrinthe du jardin des tuileries.

Lorsqu’Alix reprend connaissance, les murs qui l’entourent le perturbe. Il lui semble connaître cet appartement, mais il se demande comment il est parvenu à nouveau en ce lieu. La réponse, il la découvre avec stupéfaction assise dans un fauteuil du salon. Il se trouve nez à nez avec le directeur du Monoprix dans lequel il travaille ! Alix ne sait comment réagir et s’enfonce dans son mutisme et demande à s’en aller. Philibert refuse, et insiste pour connaître la cause d’une telle déchéance chez ce jeune homme à l’avenir brillant. « Je ne sais pas… » bredouille-t’il.

- Je ne t’aiderai qu’à condition que tu ne t’aides toi-même.

- C'est-à-dire, je ne comprends pas.

- Il faut que tu réapprennes à vivre en dehors du matérialisme et de l’hypra consommation du ghetto dans lequel tu t’es embourbé. Tu n’en as pas les moyens.

- Mais où vais-je pouvoir me faire des amis ou me trouver un copain ?

- Jusqu’à présent, on ne peut pas dire que tu aies construit une seule amitié dans le marais. Quant à l’amour, tout ce que tu rencontres est superficiel, intéressé par ta gentillesse et ta crédulité. Depuis que ta carte bleue ne fonctionne plus, il n’y a plus personne autours de toi.

- Non mais…

- Ne conteste pas, c’est une réalité. Il y a suffisamment longtemps que je t’observe lorsque je vais traîner mes guêtres par là-bas, et je connais très bien les travers du milieu. Tout n’est que paraître. Regarde toi ! Crois tu qu’avec ta chemise Lacroix, tes lunettes Dior et ta coupe made in Tony and Guy, tu montres ta vrai personnalité ? Non, ce n’est que du vent. Tu passes pour quelqu’un de superficiel. Je te connais par le travail, mais aussi parce que j’ai beaucoup d’estime pour le vrai toi. Tu es un garçon brillant. Tu dois redécouvrir ta vraie identité. C’est celle là qui te permettra de construire toutes les choses auxquelles tu aspires, pas en jouant les pimbêches. Je suis prêt à t’avancer de l’argent. En contrepartie, tu travailleras dorénavant 30 heures par semaine au magasin pour me rembourser.

- Et mes études, j’ai besoin de temps !

- Tu en as déjà trop gaspillé pour des futilités éphémères. Depuis combien de temps n’as-tu pas foulé le sol de la fac ?

- Euh…

- Je m’en doutais. Remet toi en question. »

Ce que lui avait imposé Philibert le laissait pantois. Alix avait l’impression que ce que son Directeur et ami lui proposait était insurmontable, or, à force de travail, il parvint à tout prendre de front. Au début, il eut du mal à s’adapter au rythme infernal du travail et de l’université, mais passé la période d’adaptation et de remise en question, il devint réellement lui-même. Alix ne remit les pieds dans le Ghetto pd qu’à de très rares occasions, le voyant maintenant avec distance et amertume. Il n’aurait pas pu vivre longtemps dans ce repère de rats mercantiles. Après tout, que lui avaient apportés ces gens sinon des ennuis ? Si la communauté à une époque avait eu besoin de se cloisonner dans cette sphère, ce n’était plus le cas à l’heure actuelle, le pathétisme ne lui était plus vital. Alix se définit comme hors milieu, tout en se souciant davantage des combats de ses semblables engagés dans des associations.

 

Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 7 juin 2006

 

Photographie : Nathalie Jacquault (tournage "un autre sexe", novembre 2004)


 

Après une chute du train mémorable sur un semblant de quai de gare, en descendant du train, Vanina était enfin arrivée à destination. De l’autre coté, le rire affligeant de Noémie l’agaçait, mais elle admit plus tard qu’il était exceptionnel de voir un tailleur channel affalé sur les gravillons. Les deux copines ne s’étaient pas revues depuis plusieurs années. Il avait fallu ce faire-part, annonçant le mariage de Noémie, pour que la jeune speakerine du câble fasse le déplacement. Sur le trajet, elles se racontèrent quelques anecdotes, brisant avec difficulté la glace épaisse de la distance qui s’était installée.

Vanina avait profité de l’occasion pour prendre quelques jours de congés et assister son amie dans les préparatifs de la noce. Or, plus le temps coulait vers la parade nuptiale, et plus la vie paisible de fille de ferme que vivait Noémie paraissait pitoyable pour Vanina. Elle l’aimait encore… Près de 15ans avaient passés depuis la fin de leur liaison au lycée. Ensemble, elles avaient affrontée les difficultés de la transphobie. Vanina avait en effet commencé à assumer sa métamorphose à cette époque, et les autres le leur avait fait payer cher… Si bien que Vanina avait fuit ce monde rural hostile pour aller s’épanouir là où l’on ne la charrierai pas. Noémie avait continuée seule, subissant la haine des autres et l’incompréhension du départ précipité du garçon qu’elle aimait… Elle s’était longtemps morfondu, se repliant sur elle-même, rejettent le monde pour s’en préserver. Pas d’avenir pour une fille dont personne ne veut. Et puis, elle avait reçu une invitation étrange d’une certaine Vanina. Elle avait décidé de s’y rendre. Il y avait quelque chose de mystérieux qui la poussait à aller à ce rendez-vous. Elle se sont retrouvés, se sont aimées comme deux filles, puis à la fin du week-end, Noémie avait culpabilisé et rebroussé chemin. Elles étaient restées amies, mais il était trop difficile pour Noémie d’accepter son homosexualité. Si Florian était resté un garçon, elle se serait sentie capable de vivre cet amour. Elle n’avait pas fait la part des choses, tout était confus, brouillés. Elle aimait ce garçon, elle désirait ce corps de fille, à moins que ce ne soit l’inverse.

Vanina observait Noémie du coin de l’œil. Elle n’était pas heureuse. Le mariage dans lequel elle allait s’engager n’était qu’une farce, Vanina en était convaincu. Cédric n’avait pas l’air d’être un mauvais garçon, mais il n’avait d’autre sujet de conversation que la terre, la chasse et la pêche… Il n’était pas l’homme qu’elle avait idéalisé pour son amie. Elle les observa tous deux. Ils puaient la détresse sentimentale ; c’était la seule chose qu’ils avaient en commun. Se marier pour ne pas être seul, voilà ce qu’ils avaient convenus.

Lorsque Noémie enfila sa robe blanche, Vanina ne pu s’empêcher de lui faire part de son ressentiment. Noémie réfuta, les yeux emplis de larmes, puis devant tant d’acharnement de son amie, lâcha avec Colère : « Au moins Cédric ne me lâchera pas ! Tu m’a brisée le cœur, et même si je t’aime encore, jamais je ne pourrais te pardonner». Vanina sorti en courant et alla pleurer au pied d’un grand saule. Cédric s’approcha d’elle. On aurait cru un veau dans un smoking, mais il eut un élan de tendresse auquel elle ne s’attendait pas d’un tel garçon. Il la consola puis la poussa à aller se remaquiller. Il fallait qu’elle soit la plus belle. Elle était le témoin de sa fiancé, la tristesse n’était pas invitée ce jour.

A la mairie, les deux femmes évitèrent de se regarder. Pourtant, au moment de prononcer ses vœux, Noémie scruta autours d’elle. Tout le monde était là, parents, amis, voisins attendaient le « oui » magique. Que devait-elle faire ? Elle regarda tour à tour Cédric puis Vanina et sortit en courant, manquant de se faire renverser par une voiture. Son témoin et son fiancé partirent à sa recherche, en vain. L’incompréhension régnait dans la salle des fêtes où les convives attendaient lorsque Vanina et Cédric, dépités, furent de retour. Le père de la marié s’avança vers elle et lui asséna un son poing sur la figure. « Vous nous déshonorez ! Vous devriez avoir honte d’être venue ! Une créature telle que vous n’a pas sa place ici ! Partez ! ». Noémie fit son entrée derrière la foule entourant la scène. « Ce n’est ni elle, ni toi qui n’avez pas votre place ici ! Votre amour et vos convictions sont malsaines ! Désolé Cédric, je te quitte, je ne t’aime pas pour de bonnes raisons. Adieux ! » Personne ne revit jamais Noémie après cette phrase assassine. Cédric et Vanina apprirent à se remettre de cet échec ensemble, se découvrirent, pour finalement s’aimer. Ne jamais juger sur les apparences.
Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 17 mai 2006

Danceny le sait, et c’est son défaut : tomber amoureux facilement. Il a plusieurs amants, généralement biens choisis, avec lesquels il vit des relations qui souvent durent parfois plusieurs mois. Il les aime, chacun à sa manière, parce que chacun d’entre eux est différent. Il ne parle jamais des uns aux autres, cela ne les regarde pas. Ils savent tous qu’ils ne sont pas seuls à se le partager, mais aucun n’y prête attention. Ils ont évincés la jalousie de leur mode de pensée. C’est ainsi que la vie s’écoule paisiblement. Sans heurt, sans reproche. Chacun savourant l’instant présent et appréciant l’idée de se revoir, à chacun son rythme, en ayant des choses intéressantes à se raconter, pour faire perdurer la séduction…

Lorsque Danceny rencontre l’exception dont il ne doit pas tomber amoureux, il s’en aperçoit aussitôt. Il sait Valmont fourbe, manipulateur et profiteur. Flashé sur ce mec ? Il se refuse d’y croire. Juste quelque chose de physique, rien de plus. Danceny ne peut lui résister. Il sait seulement qu’il doit s’en préserver. De baises frénétiques en joies orgasmiques, Valmont s’immisce dans la vie de Danceny par le cul. C’est sa faiblesse. Valmont connaît son point fort. Petit à petit, de stratagèmes en guet-apens, il attire Danceny dans les méandres obscurs de son propre libertinage. Tout est toujours excitant à souhait avec Valmont, si bien que Danceny néglige ses trois autres chéris, au point même d’oublier de prendre de leurs nouvelles, alors que c’est vital pour son psychisme.

Les semaines passent. Danceny est accro. Non pas à Valmont, mais à ce que peut lui faire vivre celui-ci. Un triolisme chez untel, une partouze chez truc, une excursion dans un bordel… Danceny découvre les joies du couple libre et libéré. Il n’y a pas un soir sans orgasmes géant, où après avoir assouvi les fantasmes des amis de son amant, ils ne s’endorment dans les bras l’un de l’autre…

 

Pourtant, il manque quelque chose d’essentiel. Danceny s’en rend compte. Il est un pluri lover et non un libertin. A chacun des partenaires que lui apporte Valmont, bien qu’il s’agisse de très beaux garçons, il manque plusieurs éléments essentiels. Il n’y a pas d’affect, c’est seulement de la baise à l’état brut, sans séduction, avec pour seule émotion le plaisir de la rencontre des corps. Il n’y a aucune réelle intimité qui rendrait ces liaisons attrayantes. Au gré des jours, Danceny se sent de plus en plus salit par leurs petites soirées. Il a l’impression d’être devenu le jouet de son amant, et lorsque Valmont l’appelle sa « grosse chienne » pour la première fois, c’est comme un glaive que Danceny reçoit dans l’estomac. Jamais aucun de ses chéris ne lui a manqué de respect, tout comme il ne se serait jamais permis de les traiter ainsi.

Prendre de la distance est la seule solution. Valmont exaspère Danceny, tout en faisant naître chez lui des désirs endiablés. Se détacher tout de même, prendre de la distance… Retrouver ses chéris, mais il est déjà trop tard. Trois mois ont passé sans nouvelle, aucun d’entre eux n’accepte de le revoir. Il les a snobé, maintenant le voilà seul. Pas grave, il y avait un moment que Danceny n’avait pas fait de nouvelles rencontres pour lui seul… Après avoir écumé plusieurs bars où finalement il connaît tout le monde, Danceny plonge dans la neurasthénie. Besoin d’un vrai câlin et personne pour le donner. Il se sent seul. Ne pas finir la nuit dans cet état d’auto lamentation est son objectif. Danser jusqu’à plus de force sera un moyen de surmonter l’angoisse et peut être chasser de ses pensées le maléfique Valmont. Ne pas tomber amoureux ? Il était trop tard. Il était une vierge sur le parcours de Valmont. Voilà ce à quoi il avait été réduit.

Au Cud, la musique le répugne. Assis sur un canapé, il observe silencieusement les autres feignant l’amusement. Rien à faire. Tout est pitoyable et minable… Jusqu’à ce qu’un garçon au sourire candide vienne s’asseoir à coté de lui et entame la conversation. Tous deux ont besoin de parler, de cracher la haine qu’ils éprouvent pour ce monde en cette nuit. Puis Merteuil vient s’asseoir sur lui, l’embrasse à pleine bouche. Effusion de caresses, orgie de bières… L’un et l’autre se découvrent des souffrances d’enfant communes.

La nuit se termine. Merteuil ne veut pas rentrer chez lui, son mec le frappe. La marque de ceinturon dans son dos en témoigne. Danceny ne peut le ramener à la maison. Il accueille son frère le temps d’un stage dans son minuscule studio. Rien n’est grave, tout les dépasse et les transcende. Ils trouveront une solution plus tard.

Après un petit déjeuner improvisé sur un banc, Danceny se sert de ses contacts pour trouver un hébergement d’urgence à son nouveau petit ami, mais rien ne fait. Les hôtels au mois sont complets, les associations saturées… Moultes coups de téléphone pour rien. Danceny sèche le bureau pour s’occuper de son chéri, qui finalement ira dormir chez une amie ce soir.

Le lendemain, ils se retrouvent, heureux. Ils ne font qu’un, provoquant quelques passants fascistes de leurs baisers langoureux, lorsque Valmont appelle. Dépassé par la précarité de Merteuil, Danceny n’a d’autre alternative que de lui  confier son désarroi et Merteuil provisoirement. La solution n’enchante guère Danceny qui cultive à l’égard de Valmont la plus grande méfiance. Il n’y a pas le choix. « Ce n’est que pour quelques jours » se persuade t’il. L’idée de savoir ses deux amants ensemble le perturbe ; il connaît l’aspect démoniaque de l’un et la fragilité de l’autre. Cela ne pourra que mal se terminer selon son présage. Toute la soirée, Danceny est retenu à un dîner d’affaires, mais ses pensées ne peuvent quitter Merteuil. Il l’appelle à plusieurs reprises pour s’assurer que tout se passe bien.  Merteuil le rassure, Valmont l’a amené chez des amis… Cela éveille davantage les soupçons de Danceny qui finit par lâcher un « je t’aime », avec un zeste de mise en garde au fond de la voix. Le « moi aussi » suscite la jalousie de Valmont, qui arrache le téléphone des mains de Merteuil, et  rétorque un « moi aussi je t’aime » à Danceny, décontenancé par de tels propos dans la bouche d’un bourreau.

Le lendemain soir, Danceny retrouve ses deux amants à l’oiseau bariolé. Le spectacle qu’il découvre le blesse au plus profond de ses entrailles. Valmont embrasse goulûment Merteuil, puis lorsqu’ils voient Danceny, lui roulent des pelles magistrales. Pendant plusieurs jours, ils arpenteront le marais, précédés par les rumeurs de leur couple à trois.

Danceny n’en peut plus. Il est devenu le jouet sexuel d’un couple pathétique qui l’humilie. Partout, il passe pour la petite lope au service de ses messieurs. Lorsqu’ils se retrouvent seuls tous les trois, c’est souvent que Valmont et Merteuil le laissent pour compte, ne s’occupant de lui que pour l’avilir de leurs fantasmes les plus pervers. Trop c’est trop. Il est 4 heures du matin. Valmont et Merteuil s’envoient en l’air pour la énième fois. Danceny se relève et claque la porte.

Pendant plusieurs semaines, Danceny se jette à corps perdu dans le travail pour oublier qu’ils ont souillés son âme… C’est très difficile. On ne l’avait jamais traité de la sorte. Il est incapable de leur pardonner. Petit à petit, la tristesse le quitte pour laisser place au soleil dans son cœur cicatrisé. De nouvelles rencontres. Le voilà presque guéri, lorsqu’il croise Merteuil, assis sur les marches du métro, mendiant des euros à qui veut l’entendre. A cet instant, Danceny croit défaillir. Ce qu’il avait le plus craint pour le jeune homme s’était produit. Il feint de ne pas le voir, se retourne et marche le long du boulevard. Les larmes jaillissent de ses yeux. Une main vient s’agripper sur son épaule. Danceny se retourne brusquement, regarde avec condescendance son ex-amant. « En amour, on peut ne pas être exclusif, mais il faut toujours respecter ses partenaires ». Merteuil se met à pleurer, raconte la  manière dont Valmont l’a jeté à la rue, après l’avoir contraint à partouzer avec des mecs plus irrespectueux les uns que les autres… Danceny craque une seconde fois, l’amène à l’hôtel le plus proche, lui paie une chambre pour la nuit, pose un billet sur le lit et s’en va sans se retourner.
Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 13 avril 2006

Encore un service qui se termine. Valentin passe le balai dans la salle pendant que deux habitués tardent à finir les scotchs. 2h30 du matin, la caisse est comptée, le restaurant est vide. Sortir. Ne pas rentrer tout de suite. Pas sommeil. Valentin baisse le rideau et attrape un taxi. Il n’a pas encore décidé de sa destination. Il s’en fou. Ce n’est pas important. Pendant qu’il roule, son regard flâne sur les boulevards. Il ira là où ça l’inspire.

Folies pigalle. Du monde dans la file d’attente de ce haut lieu de la nuit. Le physio le reconnaît et lui permet de passer bien avant tout le monde. On entend certains recalés crier au scandale. Valentin s’en moque. Il claque souvent ses pourboires ici ; ce n’est que  reconnaissance envers un bon client. L’atmosphère est chargée ; la salle comble. Il commande un gin tonic avant de se mêler à la foule. Carmélia, assise sur une banquette, abandonne les deux michtons qui la rincent lorsqu’elle l’aperçoit. « Eh chéri, tu veux un bonbon ? ». Valentin acquiesce. La travelote l’empoigne et lui dépose un baiser extasiant sur ses lèvres.

Boom ! Boom ! Boom ! Les bass résonnantes le font vibrer. Valentin retrouve sa joie de vivre artificielle. Il escalade le podium pour y exposer son corps de crevette fraîche. De son perchoir, il scrute la piste en quête de proie, tel un chasseur avisé. Il ne sait où donner de la tête. « Ça va être chaud ! » Il en repère un premier, à quelques mètres de lui et s’en approche doucement. Valentin pose ses mains sur ses hanches. L’autre se laisse faire, puis elles s’immiscent dans son slip, et le branlent frénétiquement. Le sperme gicle instantanément. Valentin se lèche victorieusement les doigts, pendant que l’autre l’abandonne pour aller se rafraîchir.

L’attente est longue, Valentin speed. « Pas grave, y’a d’autres mecs ! ».  Il aperçoit Luis et sa bande de pote, s’amusant à se rouler des pelles au milieu de la piste. Valentin s’immisce. On l’accueille chaleureusement au milieu du groupe pour mieux le caresser. Valentin les veut tous, les uns après les autres. Il ne tient pas en place. Un mec vêtu de cuir, torse nu, et ayant un serpent tatoué autours du cou, dansant sur le balcon, attire l’attention du jeune homme. Valentin se détache tant bien que mal des chaudasses pour aller à sa rencontre. Il le lui faut, bien que ce ne soit pas le genre de type qui le fasse bander d’habitude. Il gravit les marches pour le rejoindre. L’autre n’est déjà plus là. Il se met à le chercher et traverse plusieurs fois d’affilée la discothèque. En vain.

Mauvais trip. Valentin s’assoit en désespoir de cause sur les marches des escaliers, lorsque l’élu de sa libido passe la porte des toilettes. D’un bond, les voici face à face. Sourires aguicheurs tendres et émerveillés. Ils jouent à cache-cache avec la rambarde, puis se roulent une pelle à en perdre haleine. L’homme prend la main de Valentin et le conduit au bar. Deux gins tonics.  Partage d’un Motorola tout en continuant de s’embrasser. Bonne montée. Claude et Valentin se dévorent des yeux, tout en bondissant au rythme de la house. « Ça va être show ! » Retour sur le podium. Le pantalon de cuir s’ouvre et libère une bite énorme, ornée d’un prince Albert. Le piercing de la langue du minet s’y accroche. Claude l’attrape par les cheveux, le relève et le pousse vers la sortie. Dans la rue, ils se chauffent, se jettent contre les murs, les voitures...

Chez Claude, les deux hommes se déshabillent à toute hâte, et s’allongent sur le parquet glacé, et continuent leurs ébats. « Panne d’érections. Trop d’extas ». « Pas grave ». Claude allume un joint pendant que le petit lui astique la bite. « Ça sert à rien » lui dit Claude en lui tendant le spliff, « On verra ça plus tard ». Ils se relèvent et continue à se bourrer la gueule. Le jour se lève. Ils n’ont pas fermés l’œil et se désirent sans pouvoir se satisfaire. Valentin promène sa langue sur les différents tatouages de son amant quand celui-ci lui annonce sa séropositivité. « Et alors ? » rétorque Valentin. « J’te veux tout entier, et je vais pas me gêner ». Claude sourit. On ne lui a pas dit de telle chose depuis longtemps. Il entre en transe, et parle du virus comme d’un don. Depuis, il ne voit plus la vie de la même manière… Valentin boit ses paroles. Il est amoureux. Il veut claude. Il veut le virus. Il veut crever d’amour, c’est bien plus romantique que son morne quotidien. Quitte à souffrir, autant que ce soit par fierté d’être plombé, comme son amant. Il ne sortira pas de l’appartement sans son cadeau. Ils sont d’accord.

Ils s’apprêtent à mêler leur sang lorsque Claude retrouve sa lucidité. Il observe Valentin, assis sur la table, le regardant préparer la seringue. C’est encore un enfant. Il ne sera pas complice de cet assassinat. « Fou le camp ! ». Valentin relève la tête, choqué. Il ne comprend pas ce qui se passe dans l’esprit de Claude et tente de le ramener à leur raison destructrice. Claude le repousse, mais l’éphèbe s’accroche. Chacun tente de convaincre l’autre de sa logique. Valentin réclame sa dose de mort. « Y’a pas moyen j’te dit, casse toi ! ». lui hurle Claude, en lui assénant une droite qui lui explose la tempe. Le sang gicle. Ce spectacle  horrifie Valentin, qui  ramasse ses fringues à toute hâte,  avant de claquer la porte.

Claude éprouve de la pitié pour le jeune homme, et regrette amèrement de lui avoir proposé ce pacte démoniaque. Il aurait aimé qu’on soit aussi complaisant avec lui. Hélas, ça n’avait pas été le cas. Il ère à ses pensées : « Pourvu que ce p’tit con ne tombe pas sur un maudit barebacker ! »
Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 13 avril 2006

 


Le photographe vient d’achever les derniers clichés des futurs époux sur le perron de Notre Dame. Christophe regarde Arnaud avec fierté. Dans quelques minutes, ils échangeront leurs consentements, solennellement et devant Dieu. Le cortège s’assemble et se met en marche pour entrer dans l’église. Les mariés amorcent le pas sur la marche nuptiale. Christophe se délecte de l’émotion qui lui emplit le cœur.

Foudre. Tonnerre. Pluie battante. Le vent happe Christophe à l’intérieur de la cathédrale. La porte se referme violement derrière lui. Silence glacial dans une pénombre des plus sinistres. Christophe avance doucement dans l’allée centrale, lorsqu’un lance rocket vient lui gratter les vertèbres. « Don’t move, Suppôt de Satan » lui crie la voix de Georges W. Bush. Christophe obtempère. Il regarde autours de lui, à la recherche d’Arnaud et des convives. Tous ont disparus. A la place, le spectacle est des plus étranges et répugnant. Sur les bancs, sont attachés les déportés homosexuels de la seconde guerre mondiale, le front marqué par la lobotomie, les yeux hagards, récitant des cantiques à l’effigie de l’église.

Un fouet vient s’enrouler autours du coup de Christophe . C’est Violent. Il tombe à quatre pattes. Vanneste lui arrache son pantalon et le sodomise avec entrain. « L’homosexualité est inférieure à l’hétérosexualité, tu es d’accord avec moi, petite chienne ! »… Christophe ne sait que répondre. La bite de Vanneste le déchire. Il hurle de douleur. Le sang gicle de son orifice atrophié. Son bourreau est membré avec un poignards. Christophe perd connaissance un instant.

Lorsqu’il se réveille, il est bâillonné sur l’autel. Christine Boutin chauffe ses aiguilles à tricoter à la flamme des cierges et vient les lui poser sur les tétons. Il a envie de crier, mais il ne peut pas. Un morceau de scotch emprisonne sa voix. Il tente de se débattre. Au dessus de lui, Hitler vole en lui crachant la fumée d’un joint très fort. « Nous affons les moyens te fous faire chancher ! » crie le dictateur. A sa droite, Louis XIII est accroché à une croix de St André. Rimbaud enfile une bonne sœur sous les coups de cravache de l’archiprêtre Jacquin « Vas y, engrosse là, expie tes fautes ! ». Guy Hocquenghem et Michel Foucault brûlent sur un bûcher qu’allume Marine Le Pen. Georges Mickael se fait tabasser à coups de matraque par la police religieuse… Christophe n’en croit pas ses yeux. Toute l’église est emplie de scènes aussi violentes les unes que les autres. Dans un recoin, Sarkozy passe le carsher sur un groupe de drags Queens musulmanes, avec son sourire de carnassier. Le président de Pologne démonte un pilier pour frapper les membres de la gay-pride de Varsovie…

Christophe n’en peut plus. Il demande pardon à Dieu de l’avoir trahi pour des péchés de chairs aussi faibles. Il demande son repentir lorsque Benoît XVI, le regarde souriant. « Tu es aussi un agneau de Dieu. En son nom, je te baptise. Bénit soit le Seigneur » L’acide qu’il reçoit lui brûle le visage  qui font littéralement comme de la cire. Le bâillon cède. Sa voix libère un cri strident.

La main d’Arnaud se pose sur son épaule et le frictionne sensuellement. « Mauvais cauchemar ! ». Christophe conte son rêve effroyable avec beaucoup d’émotions et de craintes à son petit ami. « Ne t’inquiètes pas ! Si un jour je t’épouse, ce ne sera pas dans une secte abolitionniste ». Ils s’enlacent et s’endorment paisiblement.
Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
- Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus