Avant propos
Bien que ce texte soit inspiré d'histoires vraies, c'est avant tout une nouvelle de
fiction.
Toutes ressemblances avec des personnages existants ou des
situations réelles ne sont que fortuites.
Photo : Alain Lemoine. d'après une mise en scène de Thomas Slut. Modèles Thomas Slut et Andréia Boneca.
Le camion de AIDES garé le long d’une allée au bois de Boulogne signifiait pour Roland et son équipier que la pêche
allait être bonne. Le commissaire Rollin avait reçu des instructions du ministère de l’intérieur, il fallait faire du chiffre, en chassant tout ce qui touche de près ou de loin à la
délinquance… Les putes, tant bien même elles sont des femmes honnêtes, faisaient parti des parias qu’il fallait contrer. Le bois devait retrouver sa dignité. Les flics avaient donc pour mission
de le nettoyer, le passer au peigne fin s’il le fallait ; Assainir le lieu une bonne fois pour toutes était la croisade dans laquelle Roland se lançait corps et âme. Les putains lui
inspiraient une indignation profonde, si bien que lorsque Mascha sortit de la fourgonnette de l’association, elle fût alpaguée violemment par les deux keufs. Roland et son compère d’inspecteur
la prirent avec condescendance et mépris, si bien que Mascha piqua une colère en tentant de rétorquer aux insultes des flics. Damien et Catherine, les bénévoles sortirent du bus pour tenter de
s’interposer, mais Roland profita d’être du bon côté de la loi pour les remettre en place : « leur donner des capotes pour les aider à se prostituer est une infraction. Foutez le camp
avant que je ne vous coffre pour proxénétisme ! ». Les volontaires de Aides ne pourraient pas aider davantage Mascha, sinon de contacter le siège de l’association pour les informer de
cette énième altercation. Il régnait cette nuit là une ambiance de peur chez les travailleuses du sexe, si bien qu’aucune d’entre elle ne sortit des fourrés par peur des représailles de la
police. 120 euros d’amende pour Mascha, cette loi était devenue un loyer. « Si tu veux tapiner, il faut maintenant payer l’Etat ». Elle mollarda un gros glaire à la tronche de Rolland
qui lui administra une torniolle mémorable, la laissant pantelante sur le bord de l’allée. « C’est tout ce que tu mérites, sale pute ! ». Les inspecteurs montèrent dans leur
voiture et allèrent plus loin confisquer les préservatifs de quelques trans en faction.
Lorsque Martine vint le lendemain faire son tour hebdomadaire auprès des
prostituées du bois, elle fut outrée d’apprendre le harcèlement policier dont elles étaient victimes. Elles avaient été presque toute verbalisées par Roland et les autres équipes, si bien que
le bois représentait, pour la semaine en cours, plus de 15 000 euros d’amende. Ca devenait vraiment insupportable. Si la répression s’était un peu calmée ces derniers mois, elle s’était
largement accrue depuis les présidentielles. Martine décida de rencontrer à nouveau le commissaire Rollin, mais celui-ci l’envoya balader. « Une éminent psychologue comme vous devrait
plutôt s’occuper du bien être de la population générale, au lieu de perdre son temps avec des paumés comme on en trouve au bois ». Martine fit éclater sa colère. « Monsieur, avec tout
le respect que je vous dois, je tiens tout de même à vous signaler que ces filles sont aussi des êtres humains. Il faudrait par ailleurs que votre inspecteur, Rolland Tacquard, cesse de les
insulter comme il le fait. Ces filles sont souvent précaires. Elles ont fait beaucoup d’effort depuis l’instauration de la LSI. Ce serait bien que vos équipes les respectent un peu
plus ! ». Martine fut verbalisée pour outrage à agent de la force publique, ce qui décupla sa colère. Pour la première fois depuis le 18 mars 2003, elle sortit de ses gonds et gifla
le commissaire qui l’envoya croupir en garde à vue.
Rolland fit encore sa balade nocturne au bois comme il avait plaisir à le faire
lorsqu’il tomba à nouveau sur Mascha, qui venait de faire un client à l’arrache derrière un buisson. Il fit épingler le client au motif de racolage passif. Il avait reçu de nouvelles
consignes : s’en prendre aussi à ceux qui louaient ou chercher à louer des services sexuels. Mascha lui cracha à la tronche et prit encore une torniolle de la part du ripou. « Cette
fois ci, connasse, tu vas me le payer, tu n’aurais pas du envoyer ta mère maquerelle parler à ma hiérarchie ». Il l’attrapa par les cheveux, la traîna jusqu’à l’allée de platanes.
« Tu veux sucer, alors suce ! » Il lui enfonça sa bite aussi raide qu’une matraque au fond de la gorge. Plusieurs fois, elle faillit s’étouffer, entre la respiration coupée et
les larmes qui coulaient sur ces joues. « Avale, espèce de sac à foutre ! » hurla Rolland à la péripatéticienne avant de la jeter au sol. Il la laissa là, salie, avant de
remonter en voiture pour mettre le client au mitard assisté de son équipier dévoué.
Dans la voiture qui les conduisait au commissariat du XVIème, le client perdait
son sang-froid. « C’est dégueulasse ce que vous lui avez fait, elle ne méritait pas ça, je vais vous dénoncer ! ». L’équipier pilla net, Rolland se retourna et colla une
droite au quidam. « Maintenant, tu fermes ta gueule ! Si tu parles à quiconque de ce qui s’est passé, je m’arrangerai pour qu’on te retrouve flottant dans les cascades. Alors
c’est simple, on va te laisser descendre ici et rentrer tranquillement chez toi. On ne dira pas à ta femme que t’es allé te faire faire une turlutte, et on est quitte, on oublie l’amende. C’est
bien clair ? ». Le client accepta.
Ce qui était arrivé à Mascha fit très rapidement le tour du bois, de la porte
Dauphine à la porte d’Auteuil, en passant par les recoins les plus sombres, tout le monde entendit parler de cette histoire. Une réunion s’improvisa dés le lendemain après midi. Il fallait
dresser un bilan d’urgences de tout ce que les travailleurs du sexe avaient subit de la part des flics, et particulièrement de Roland et son compère. Il fut décidé d’aller manifester place
Beauvau. Plus d’une cinquantaine de putes tout azimuts s’étaient regroupés, mais on les coffra très vite pour un contrôle d’identité. Le fait qu’elles revendiquent le droit au respect de leur
profession était intolérable pour le gouvernement en place, si bien qu’on demanda à la presse de ne relayer aucune information… On n’en entendit parler nul part, seulement des
rumeurs.
Après cette contestation manquée, Martine essayait d’aider tant bien que mal
Mascha, mais elle continuait d’être harcelée et violée par Rolland, qui était maintenant aidé de son ignoble compère. Il n’y avait pas de raison qu’il n’en profite pas non plus. Ils ne se
limitèrent pas à la violer régulièrement. Pour qu’elle se taise, ils avaient décidé de ne plus la verbaliser et de se servir en nature. Ce n’était qu’une chienne, elle pouvait bien payer de son
corps sa liberté, ce n’était qu’une femme immorale. Martine tenta une action en justice, mais aucune instance policière ne voulait l’aider. « Vous vous rendez compte, c’est une pute,
qu’est-ce qui prouve qu’ils n’ont pas payé le montant de la passe ! ». Martine rentra frustrée chez elle. Elle n’avait aucune information positive à communiquer aux membres de
l’association. Elle tenta bien de médiatiser cette affaire, mais comme avec la justice, ce fut une fin de non-recevoir qui clôtura toutes ces tentatives.
Plus les jours passaient, et plus la colère de Mascha grandissait. Elle n’était
pas la seule dans ce cas. Ce qui lui arrivait provoquait la rancœur générale, si bien que les associations n’ayant aucun pouvoir pour dénoncer cela devenaient inefficaces. On décida alors,
d’une manière générale, de faire justice soit même. Plus personne ne supportait cette atmosphère chargée. Les clients étaient verbalisés et condamnés au même titre que leurs hôtesses si bien
qu’on travaillait peu et mal. Les gigolos, que les flics avaient laissés tranquille jusqu’alors se virent aussi infliger des contraventions en tous sens. Non, plus personne ne tolérait ce
manque de respect. Tout le monde était dans le même bateau ; il fallait riposter.
C’est ainsi qu’il fut décidé d’agir seul, sans l’aide des associations. Cette nuit
là, le bois était anormalement vide. Mascha était seule, si bien que Rolland et son équipier ne tardèrent pas à lui tomber dessus. Elle les attendait, et les accueillit avec le sourire.
« Ce soir, c’est votre fête les chéris, suivez-moi, j’ai bien envie de vos queues. ». Instinctivement, ils la suivirent dans la forêt. Elle avançait très vite, perchées sur ses talons
hauts. Il fallait qu’elle les emmène assez loin de la route, là où l’obscurité était la plus totale. « Allez, venez donc, approchez ! ». Lorsqu’ils furent suffisamment proche
d’elle, le pantalon en bas des jambes, tous les autres sortirent des buissons derrière lesquels ils étaient cachés. « Vous voulez du sexe, vous allez en avoir ». C’est ainsi qu’une
trentaine de putes, femmes, trans et hommes se jetèrent sur les deux policiers. On leur arracha leurs vêtements, les jeta à terre, les piétina. « Alors maintenant, voyons qui sont les plus
forts ! ». Tour à tour, on leur pénétra la bouche et le cul. On leur pissa dessus avant de les savater à grand coup de pied, de poings. Les deux flics hurlaient.
Personne ne voulait entendre leurs cris, comme ils n’avaient jamais réagi aux larmes de douleur de Mascha. On les tortura une bonne heure, afin qu’ils comprennent leur douleur. Puis on les
laissa là, nus, couverts de pisse, de mollards, de crachats et de merdes. Rolland et son équipier restèrent tétanisés au milieu du bois, jusqu’à ce qu’un coureur ne les découvre au petit jour.
Ils étaient incapables de parler, tant ils étaient traumatisés par la violence qu’on leur avait fait subir. L’équipier mourut à l’hôpital Pompidou dans la matinée des suites de toutes ces
fractures et hémorragies. Rolland avait eu plus de chance, mais il ne recouvra jamais ces facultés mentales.
Bien évidemment, il y eut une enquête, mais la police ne découvrit rien au sujet
de cette sombre histoire. Les travailleurs du sexe s’étaient montrés solidaires les uns avec les autres… Et puis, cette nuit là, personne n’était venu travailler. La répression ne cessa pas,
mais la police apprit à utiliser des gants lors des interpellations… jusqu’à la prochaine dérive.