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Mercredi 12 septembre 2007
seancepaque1.JPG J’étais un petit slip, à la coupe kangourou, à la fois classique et moderne, j’étais composé d’un tissus côtelé synthétique bleu ciel, d’une ceinture élastique blanche à la taille. Comme mes frères et sœurs, j’avais été conçu dans une petite usine de Taiwan, découpé, assemblé, et cousu par des machines orchestrées par de jeunes ouvrières sous-payées. J’étais le fruit de l’exploitation capitaliste des pays occidentaux. J’avais plusieurs centaines de frères jumeaux de part le monde, mais nous avions été séparés au fur et à mesure de notre réalisation, car nous étions des modèles standard. On nous a fait en série. J’étais le fils d’une styliste londonienne et de différentes étoffes. Je ne saurai dire combien de parents étaient à l’origine de ma conception, ça avait été une mêlée de groupe.
 

 

 
Après avoir été sélectionnés, avec quelques uns de mes jumeaux, et de mes frères de différentes tailles et coloris, nous voici avons été conditionnés dans de gros cartons. Nous voyagions en avion, vers on ne sait quelle destination. Nous ne le saurions qu’au moment de notre réception dans la réserve d’un supermarché de banlieue parisienne. On prit quelques-uns de mes frères. Les séparations étaient parfois violentes. Nous avions étés surpris de ne pas tous sortir de notre emballage en même temps, si bien que nous ne savions pas ce qui nous attendait une fois entre les mains de la personne qui nous saisissait. Nous connaissions juste notre but final : maintenir les couilles de ces messieurs.
 

 

C’était maintenant l’heure pour moi d’être saisi par la préparatrice de rayon. Elle me posa sur un roll, ajouta quelques uns de mes frères, mais pas les identiques. Elle choisit les plus grands, les plus colorés. Il fallait croire  qu’elle avait assez de bleus taille S sur son étalage. Elle nous promena un instant dans la réserve, puis elle nous recouvrit d’autres sous-vêtements. C’est là que nous rencontrâmes nos cousins : les boxers, les caleçons, les strings, et les tangas ! On est tous des mecs. On fit connaissance entre nous, mais déjà des disputes éclatèrent ! Les boxers se prenaient pour des stars en raison de leur supériorité numérique. Ils se vantaient d’être les modèles préférés des hommes, or, il semblait qu’il y ait plusieurs familles de boxers qui finalement se disputaient. Dim et Calvin Klein se battaient ; chacun d’eux voulait être le plus représentatif de la clientèle masculine. Il s’ensuivit plusieurs débats superficiels : les jeunes préfèreraient les boxers, les homos  les strings et les tangas qui partiront groupés, quant aux caleçons, certains commérages affirmaient qu’ils étaient has-been.
 

 

 
Nous fûmes rejoints dans le chariot par de drôles de sous-vêtements : les chaussettes. Leur rôle consistait à protéger les pieds des humains des agressions des chaussures qu’ils portent. Nous entrions alors tous dans un grand débat. Nous n’enviions pas le sort de certaines d’entre elles, car il paraissait que lorsque les gens transpiraient, cela pouvait parfois dégager une odeur assez forte. Je pensais que ce devait être dégoûtant en fin de journée, de se retrouver face à elle. Une dispute fit rage entre nous : elles n’enviaient pas notre sort non plus. Elles racontèrent que certains d’entre nous seraient maculés de gouttes de pisse, de foutre, et pour les moins chanceux d’entre nous, des traces de merde viendraient se coller sur notre pan arrière. Beurk ! J’aurais voulu qu’on me remette dans le carton, et qu’on me réexpédie à Taiwan !
 

 

 
Arrivés en rayon, on nous classa par famille. Les chaussettes descendirent en premier, j’espérais ne jamais les recroiser, puis ce fut le tour des strings et des tangas. Je fus l’un des dernier à descendre du chariot, me retrouvant ainsi placé en première ligne sur les allées du magasin. Je voyais passer des gens devant moi, des femmes, des hommes, des enfants. Plusieurs fois, on me prit en main, mais très vite, on me reposa, préférant un autre coloris, une autre taille ou un autre modèle. Puis, vint le moment du véritable départ. Une quinquagénaire me saisit, m’observa un moment, consulta mon étiquette, puis me jeta vulgairement dans son panier où s’entassaient quelques légumes, des boites de conserve, de la viande sanguinolente sous son emballage de cellophane qui tâcha les fruits sur lesquels  la ménagère l’avait posé. Beurk, pour rien au monde je n’aurais aimé être une banane ! On me sortit du sac une première fois, me posant sur un tapis roulant en caoutchouc qui puait la vieille vinasse et les légumes écrasés, avant d’être rejoint par mes compagnons de besace. Je les trouvais hostiles. Je me demanda ce que j’avais à voir avec eux… J’apprendrais plus tard que je serai certainement le dernier à les voir transiter, morts et décomposés, tombant par jets puissants ou par gros plouf dans la cuvette des toilettes. Si j’avais su ce qu’ils deviendraient, je leur aurais montré un peu plus de compassion. J’étais un petit slip, donc éternel car je n’étais pas comestible.
 
 
 
A peine arrivé au domicile de mon acquéreuse, elle me tendit à son fils, un grand gaillard de 17 ans. Il me regarda d’un air dégoûté, la remercia, puis me jeta au fond d’un tiroir, où attendaient d’autres sous-vêtements. La plupart étaient des boxers, de couleurs vives, auprès desquels j’essayais de me renseigner sur mon devenir. Je retrouvais les mêmes discussions superficielles que j’avais entendu au magasin. J’étais à la fois enthousiaste et pétrifié. On me parlait du rapport au corps de mon possesseur, de ma mission de protéger son intimité du froid ou des agressions extérieures comme le frottement avec le pantalon avec lequel je devrais flirter la plupart du temps. On me parlait aussi de l’érection, de la gouttelette de pisse, de la tâche de foutre post-branlette, ou de l’éventuel accident scatologique… Le temps passait, le tiroir s’ouvrait quotidiennement sans que mon propriétaire ne décide de m’affecter à la mission pour laquelle j’avais été conçu. Les boxers partaient les uns après les autres. Au début, je n’en avais  pas souffert, mais l’orgueil démesuré des fashions-boxers m’exaspérait. Ils adoraient raconter leur quotidien en se pavanant, vantant leurs exploits… et apparemment, il y en avait eu ! L’adolescent avait enfin perdu son pucelage, si bien que les boxers avaient rencontrés les strings en dentelles et s’étaient offerts des mêlées orgiaques, échangeant leurs expériences concernant les variantes de genres de nos propriétaires. Tout ce que je savais de la gente féminine est qu’elle n’avait pas de verge, mais à la place deux orifices. L’un d’entre eux servait à évacuer l’urine, et l’autre, lâchait mensuellement parfois par accident des coulées de sang qu’il était parfois très désagréable à supporter pour les culottes des demoiselles. J’appris alors qu’une culotte de femme a souvent alors des alliés supplémentaires tels la serviette hygiénique ou le tampon compact, mais pour rien au monde, je n’aurais souhaité être un modèle féminin, c’était trop contraignant… J’avais écouté pendant longtemps leurs vies fantastiques avant de sombrer dans la neurasthénie. Visiblement, chaque fois que mon propriétaire m’avait entre les mains, il éprouvait à mon égard un mépris total. De ce fait, les autres me charrièrent si bien qu’il n’y eut qu’au fond du tiroir que je pus me réfugier tranquillement, à l’abri des quolibets destructeurs de mes camarades. J’avais l’impression d’être en prison, je me demandais ce qu’étaient devenus mes frères de l’usine, ou mes cousins du rayon sous-vêtements. J’espérais qu’eux au moins menaient une existence palpitante, tandis que je croupissais là, ou je ne savais plus très bien ce que j’attendais.
 

 

 
Etrangement, le tiroir s’était progressivement vidé. Les boxers étaient partis les uns après les autres, et contrairement aux habitudes, ils ne semblaient pas être revenus après leurs passages en machine à laver. Même ça, je ne connaissais pas. C’était le seul moment où tous les vêtements se retrouvaient ensemble pour festoyer au rythme du tambour, puis lézarder au soleil avant de retourner à leurs existences respectives. J’avais entendu parler de tous les commérages possibles et imaginables au sujet de la vie textile des Girard… et paradoxalement, je ne connaissais personne. Or, à ce jour, la plupart des boxers n’était pas rentré. Cela faisait près de deux semaines que leurs disparitions progressives avaient commencé. L’angoisse régnait au sein du tiroir ;  les quelques rescapés s’imaginaient des scénarios catastrophes alors que quoiqu’il puisse arriver à l’extérieur, je m’en foutais. J’avais attendu mon heure de gloire pendant si longtemps qu’au bout du compte, elle n’avait plus aucune importance. On pouvait faire de moi ce qu’on voulait, après avoir pris perpétuité je n’attendais plus grand-chose de l’existence. Je m’attendais à être le dernier occupant du tiroir, et pourtant, c’est moi que mon propriétaire sortit. La lumière extérieure m’aveugla quelques secondes avant que je ne reprisse mes esprits. Il me tendait à un garçon de 20ans en disant : « tiens, je peux te filer celui là.  et puis, tu n’as qu’à le garder ». C’est alors que je découvris le visage de mon nouveau propriétaire, un jeune gothique avec une belle crête. On m’avait parlé des poils, et je me mis tout à coup à flipper. On racontait souvent qu’ils sentaient mauvais. Je craignais que son pubis ne soit garni de la même espèce. Je sortais d’une prison, j’espérais que ce n’était pas pour aller vivre en enfer. Je regardai autour de moi une dernière fois avant qu’il ne me mette dans son sac à dos ; l’étrange disparition des boxers devint alors limpide ! Personne ne les avait lavé. Ils étaient là, tachés de sueurs, allongés sur la moquette, au milieu des chaussettes malodorantes, des jeans boueux… J’imaginais ce qu’était leur enfer, et je relativisais la souffrance de mon passé d’exclu. Je n’aurais jamais supporté être humilié de la sorte, et je me mis à espérer que cela ne m’arriva jamais.
 

 

 
Je fus agréablement surpris d’être rapidement sorti du sac pour être conduit à la salle de bain, confortablement lové sur une serviette éponge, moelleuse et parfumée. Je me sentais un peu honteux et poussiéreux face à tant de douceur, mais mes camarades ne semblaient guère s’en soucier. Nous échangeâmes quelques politesses puis elles se mirent en condition pour leur mission. Je compris qu’elles devaient frictionner notre propriétaire de tout leur amour, pour qu’il se sente sec et propre. Lorsqu’il les saisit, je fus pris d’une crise d’angoisse. J’avais tant attendu le moment où je serai enfin porté… et maintenant, je le redoutais. J’avais 3ans, et j’étais vierge de tout ce qui devait faire ma vie. Il m’enfila par les pieds comme on me l’avait indiqué lors de mon arrivée au tiroir puis vint me coller contre son bassin. Je fis la connaissance de la verge. Je m’attendais à quelque chose de légèrement sale, avec laquelle je devais cohabiter quelques heures… Or, à ma grande surprise, celle-ci était une princesse des plus agréables à protéger. Je rêvassais au point où je pensais que mon rôle de garde du corps de ce nouveau propriétaire était finalement un destin qui avait valu la peine d’attendre. Le corps se mit en mouvement puis je fut recouvert à mon tour par le pantalon. Je ne sais pas combien de temps a duré ma première mission, mais il me semble qu’elle fut très courte. J’étais tellement fasciné par la verge que j’enveloppais, que je n’ai pas été affecté par le souffle, en théorie très désagréable, qui sortit à un moment de l’anus de mon propriétaire. Non, il ne me toucha pas, il me pénétra et me traversa sans que je ne souffre. Si tous les pets suivants pouvaient être les mêmes, alors j’apprécierais ma nouvelle vie. Cette sérénité fut pourtant bouleversée. Je sentis le corps de mon hôte vibrer. Sa bite grossit d’un seul coup, m’étranglant contre le pantalon, et comme ce n’était pas suffisant. Quelque chose de massif vint nous serrer davantage. Mon tissu frottait de part et d’autre ; le pantalon me brûlait, et de l’autre coté, la verge se mit à suinter un liquide limpide malodorant qui s’imprégna tant bien que mal dans mes fibres. J’entendis la boucle de la ceinture s’ouvrir, le pantalon glissa très vite, puis ce fut mon tour d’être libéré. On me jeta au sol. La lumière m’aveuglait encore. Je ne savais pas sur quoi j’étais tombé, tout ce que je comprenais, c’est que mon réceptacle était hostile à ma présence. « Dis donc le kangourou, c’est pas parce que nos proprios sont pédés qu’on doit les imiter ! Dégage, en plus, tu viens de Taiwan, je n’ai vraiment pas envie qu’on me voit avec toi ! ». J’ai eu beaucoup de chance, un orteil se coinça dans une de mes coutures et m’envoya voler quelques centimètres plus loin, sous le lit ou je suis resté longtemps.
 

 

 
J’ai vu la poussière s’entasser sur moi, des objets glisser sous le lit, puis des vêtements. Il ne se passait rien. J’avais l’impression que le destin des anciens habitants du tiroir me poursuivait. Je finirai donc là, pendant que le temps s’écoulerait, abandonné. Les semaines ont passé, l’air était devenu irrespirable lorsqu’un objet à large tête et aux longs poils poussiéreux vint nous délivrer. On entendit « Mais c’est une vraie porcherie cette chambre ! » puis une main de femme me saisit « Qu’est ce que c’est cette horreur ? ». Elle me jeta sur la table de nuit, passa l’aspirateur, puis revint me chercher pour me ranger dans un nouveau placard, avec les torchons et les produits domestiques. D’emblée, les autres textiles me charrièrent. « Et le nouveau, joue pas au snob, ici, on est tous logé à la même enseigne, alors te fais pas trop remarquer, ok ? » Je ne répondis pas, j’étais retourné au bagne, et contrairement aux boxers du tiroir, mes nouveaux camarades ne partageaient pas leurs expériences de vies. Je compris très vite qu’ici, c’est chacun pour soi, et que la sortie n’était jamais une délivrance mais une séance de torture. Lorsque la ménagère me sortit, elle s’empressa de m’arracher en deux. J’eu très mal, tant physiquement que moralement. Finalement, je ne serais plus jamais un slip, et par conséquent, plus aucune certitude. Comme si la torture qu’elle m’avait infligé ne suffisait pas, elle me gaza à grand coup de cire en bombe avant de m’écraser et de me frotter le long d’une commode en chêne. Le liquide  me brûlait tout en me pénétrant, la poussière venait obstruer mes pores, je suffoquais. La main se leva au dessus de la commode que je venais de dépoussiérer. « Ce torchon est d’une mauvaise qualité, il ne nettoie rien. ». On sortit dans le jardin, et là, on me jeta sur le barbecue embrasé. Je disparus très vite dans les flammes. Finalement, j’aurais préféré être un boxer Dolce Gabbana chez un riche propriétaire hétéro, on m’aurait aspergé de champagne, j’aurai flirté avec des strings, et peut être même avec un peu de chance, j’aurais défilé sur les podiums, j’aurais été mitraillé par les flashs des appareils photos… Au lieu de ça, rien. On ne fait jamais que subir ces origines et la haine des autres quand on ne correspond pas à une mode.
Par Thomas Slut - Publié dans : ceinture2queers
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