Excité, exciter, excitez ! La fumée du spliff lui décongestionnait le cervelet. Envie d’exhibition, de se rassurer face au temps qui passait.
3 fenêtres, 3 profils, une webcam. 20ans, 26ans, 43ans. 3 beaux mecs avec des personnalités différentes, mais un coté voyeur gourmand. Joachim n’aimait pas le sexe virtuel, mais ce soir, c’est
leur fête. Il savait qu’il ne baiserait jamais avec aucun d’eux. Le premier vit chez Môman, le second en Belgique, le troisième pas très loin, mais trop vieux. Juste envie de les allumer jusqu’à
ce qu’ils n’en puissent plus ! Il ne les voyait pas, mais chacun d’eux le mataient, bavant sur l’écran, le wizzant pour en voir plus, toujours et encore. Ils aimaient son corps. « Tu es
trop beau ! », « J’aime ton cul ! », « Montre moi encore ta bite ! », « Humm quels biceps ! »… Joachim se délectait des compliments… mais
ses pensées s’obscurcissaient. Il avait 30 ans ce soir. Plaire sur le web n’était jamais un problème ; c’était continuellement le défilé dans son lit, mais dans sa vie, c’est toujours le
vide. Il coupa la connexion, s’habilla en vitesse et décida d’aller marcher un peu.
Instinctivement, il se retrouvait toujours dans les mêmes endroits, les mêmes têtes, mêmes pseudos illusions de fête… Une Tequila ici, une autre par là. Fin de soirée, il avait écumé tous les bars du marais sans rien trouver. Mais que cherchait’il au juste ? Il ne le savait plus. Il aurait aimé croiser ses potes plutôt que de recevoir des sms ou des appels lui rappelant qu’il sortait de la catégorie des adulescents. 10ans qu’il traînait ses guêtres dans le milieu : pour rien. Quand il avait commencé à s’assumer juste après son coming-out, il avait vécu cela comme un grand moment. Le monde s’était ouvert à lui. Des mecs, plus beaux les uns que les autres avaient perdu leurs boxers dans son lit… Ca avait été plus de 3650 garçons pour finalement très peu d’instants de bonheur… Amoureux ? La dernière fois, il devait être encore débutant. Il s’était fait une raison : l’homme est carnivore ; il faisait parti de ceux là. Il pensait s’être fait une raison. Pas du tout. Il prenait sa solitude en pleine tronche. Ca faisait plus mal qu’il n’aurait pu le soupçonner.
2h30 du mat’. Loin d’être frais, il n’en pouvait plus de tout ça. Il n’avait jamais l’alcool triste, mais cette nuit, c’en était trop. Son âme s’asphyxiait dans la détresse. Plus voir personne de la soirée. Ne pas rentrer pour autant. Le lit était trop grand. Il tituba sur les quais de Seine, se prit les pieds dans les pavés, et alla heurter un banc.
« Hé Mec ! Réveille toi !
- Non, fous moi la paix, dégage, j’veux crever ! »
Joachim repoussa le garçon qui tentait de l’aider à se relever sans même le regarder.
« Attends mec, tu vas pas bien, je peux pas te laisser là dans cet état. T’as un chez toi ?
- t’as déjà vu un clochard en Dolce Gabana ?
L’autre éclata de rire. Joachim empesta.
- On est à Paris mec ! Ici, il ne faut jamais croire ce que tu vois. Par contre, je crois à ce que je ressens. Et j’avoue, j’suis triste pour toi…
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Je comprend pas pourquoi un mec mignon, comme toi se retrouve dans cet état. T’as pas un mec à rejoindre ?
- Non, sinon je s’rai pas là. Et puis, t’es qui pour me faire de la psychologie de comptoir ?
- Va te faire foutre si tu me parles comme ça ! Je voulais juste discuter avec toi… Après tout, j’ai pas de temps à perdre avec un loosdé ! »
Joachim n’avait jamais apprécié qu’on le traite de looser. Il était tout sauf cela. Il se leva pour courir après le garçon qui s’éloignait à grand pas.
« Et, tu veux pas v’nir passer la nuit à la maison ? Avait dit Joachim, en regardant le mec droit dans les yeux. C’était un beau garçon, d’une trentaine d’année, au crâne rasé avec un collier de barbe très fin.
- J’croyais que tu voulais être seul ?
- Non, j’en peux plus de cette solitude. Ca me ronge. J’ai 30ans… Le temps passe à une vitesse folle. Un jour, je serai vieux et triste…
- Eh mec, j’viens pas pour tomber dans le mélo ok ? »
Après un spliff, Joachim tomba raide de sommeil. Grégory le regarda sombrer, le déchaussa et l’enroula sous la couette. Il s’endormit joyeux. Pour la première fois, quelqu’un prenait soin de lui. Lorsqu’il se réveilla, sa tête lui faisait mal. Il pensait avoir fait un rêve étrange, lorsqu’il trouva le café prêt sur la table, accompagné d’un croissant, d’un verre de jus de fruit, de deux cachets d’aspirine et d’un mot : « Si tu veux te suicider à nouveau, appel moi au 06 666 343 70. Grégory. ». Joachim sauta sur son téléphone, et prit rendez-vous pour le soir même.