Mickael pleurait à chaudes larmes dans les bras de son ami Stéphane. Il venait de voir Miloud passer devant lui dans l’aérogare, menotté et
escorté de deux policiers. Il lui avait crié un « Je t’aime » du fond du cœur mais Miloud avait préféré baissé la tête. Le charter pour la Saoudie allait décoller.
Mickael était dépité ; plus rien n’avait d’importance à ses yeux. On lui arrachait l’homme de sa vie sans qu’il ne pusse faire quelque chose. C’était injuste. Miloud n’y était pour rien. Il
était victime d’une machination infernale. Tout ça par la faute de Mickael.
Stéphane n’avait pas le moral cette nuit là. Mickael était resté auprès de lui pour le
veiller, si bien qu’il était loin de Miloud quand la police débarqua pour perquisitionner. Le réveil avait été violent pour Miloud. En moins de deux minutes, on avait trouvé dans leur appartement
une centaine de pilules d’ecstasy et 1 780 euros en espèces, cachés sur le dessus de l’armoire. Miloud n’y était pour rien. Mickael dealait à la fac depuis quelques mois et ne le lui avait
jamais dit. Quelquefois, Miloud avait demandé à son amant pourquoi il avait tant d’argent et pourquoi il lui faisait des cadeaux somptueux, or Mickael lui répondait toujours que cela venait de
ses parents… Les flics s’étaient trompés de cible.
Quand Mickael rentra chez lui, il découvrit leur appartement sans dessus dessous.
D’emblée, il comprit ce qui s’était passé. La mamie d’à coté, protectrice telle une mère, lui raconta comment on avait violenté le pauvre Miloud, « un si brave garçon qui n’avait jamais fait
de mal à personne… »
Pendant que Mickael tentait de remuer ciel et terre pour savoir où était incarcéré son
mec, les rumeurs allaient bon train dans le quartier. Lorsque les voisins le croisaient, ils le dévisageaient avec mépris ou feignaient de compatir à sa douleur… Or, quoi qu’ils fissent, rien
n’apaisait la douleur et le sentiment de culpabilité qui rongeait le jeune homme. Il n’avait plus la force d’aller en cours et passait son temps à appeler les commissariats, les tribunaux.
Personne ne voulait lui répondre.
Au tribunal, Miloud n’avait plus l’étincelle d’optimisme que Mickael aimait en son regard.
Il était maigre, mal rasé et affaiblit. Tout était fait pour le dépeindre comme un dangereux terroriste. Il avait cherché plus d’une fois son copain dans l’assemblée, mais celui-ci n’était pas
là. Dépité par une telle trahison, il avoua dealer depuis son arrivée en France. Il repartira en Saoudie en charter direct. La peine de mort l’attendait au retour. Il avait quitté son pays plein
d’espoir ; il y retournait humilié. Il aimait Mickael plus que tout au monde. C’est ce qui lui donnait la force d’affronter la cruauté de son
destin.
Pendant que Miloud croupissait à Fleury-Mérogis, Mickael s’aliénait. Il repensait à leur
rencontre seulement quelques mois plus tôt et la façon dont il avait été séduit. Il s’était encore grave défoncé la veille et avait atterrit mystérieusement chez ce beau garçon à la peau mâte.
« Ti voux di pouli ? » lui avait demandé Miloud lorsque le blondinet ouvrait ses yeux sur ce monde insensé au milieu de l’après midi. Il n’avait jamais quitté son appartement. En
moins de 48 heures, ils vivaient une passion des plus renversantes. Au fil des semaines, Mickael avait cessé de se défoncer. Tout ce que pouvait lui raconter Miloud était planant, leurs effusions
des plus orgasmiques. Les deux garçons s’étaient reconnus d’emblées : ils étaient des âmes frères.
Mickael ne sortait presque plus qu’avec son chéri, négligeant sa bande de copains. On se
réjouissait pour son bonheur, mais de temps à autres, certains bien pensant lui conseillaient de calmer un peu le jeu. Il était jeune, beau et intelligent. Pourtant, il était naïf malgré son sens
de la débrouillardise. Il n’avait rien vu venir…
Après la séance d’adieux humiliants de Roissy, Stéphane raccompagna Mickael chez lui. Il n’avait pas la force de rester seul et avait besoin du soutien de son meilleur ami. Il était rongé par la culpabilité et les remords. Il s’entêtait à affirmer qu’il était responsable de l’extradition de Miloud et ne se le pardonnerait jamais. Mickael se recroquevilla sur lui-même, s’allongea sur le lit, sentit l’odeur de Miloud sur la taie d’oreiller puis se mit à pleurer de tout son corps. « J’voudrais bien savoir quel est le bâtard qui a balancé Miloud ! ». C’est alors que la réponse se fit entendre. Stéphane avoua à Mickael qu’il était secrètement amoureux de lui depuis quelques mois ; le couple qu’ils avaient prévu d’officialiser lui était insupportable. Mickael n’en revenait pas. Celui qu’il considérait comme un frère avait détruit sa vie ! Jamais il n’aurait soupçonné une telle trahison. Son meilleur ami était responsable de sa perte. Il poussa Stéphane de toutes ses forces contre le mur, attrapa une chaise et le frappa aussi fort qu’il avait mal. Le traitre avait beau implorer son pardon, il était des détresses que Mickael ne pouvait plus entendre. Tout ce qui lui était important n’avait plus de raison d’être à présent. Il ouvrit le gaz et alluma une cigarette.