Je dédie ce texte à Mes amis J. et C. Ainsi qu'à tous ceux qui se battent au nom des libertés individuelles et du respect des droits de la personne.
Jérémie avait cru remarquer une invitation à le suivre dans les yeux de l’homme assis face à lui dans le bus. Instinctivement, il se leva d’un bond et le suivi alors que c’était loin d’être l’arrêt auquel il devait descendre. Il ne savait pas ce que c’était, mais il ne pouvait s’empêcher de le suivre. Ca lui prenait comme ça, quand il croisait certain garçons qu’il désirait secrètement, mais jamais il n’avait tenté une approche. Il le suivait, à une distance raisonnable, essayant de ne pas se faire démasquer, ni par l’homme, ni par les quelques rares passants en cette heure avancée de la nuit. L’homme tourna dans une impasse puis avança jusqu’au bout du renfoncement. Il sorti sa bite de sa fermeture éclair et déversa sa pisse sur le mur de pierres. Jérémie en fit de même, matant l’énorme engin de l’homme. Une fois que celui-ci eut fini de pisser, il prit la teub de Jérémie en main et commença à le branler énergiquement. Personne ne l’avait encore jamais touché. Ils vécurent un instant orgasmique.
Crissement de pneus et lueur aveuglante : une voiture de flic venait d’entrer dans l’impasse. Les policiers, furieux se jetèrent sur les deux hommes et les rouèrent de coups de pieds, de matraques et d’insultes. « Sales obsédés ! » criaient les garants de la sécurité. « Vous devriez avoir honte ! On vous emmène au poste ! ».L’homme baissait les yeux et obtempérait. Jérémie répondait aux coups par les insultes,ce qui décuplait la violence de leurs agresseurs. Il avait le nez cassé lorsqu’ils arrivèrent enfin au commissariat.
On les jeta dans une cellule, seuls, au milieu de tout ce que la société pouvait compter de pseudo-parias… Jérémie s’agrippa aux barreaux, criant pour qu’on le relâche. Il prit un énième coup dans le ventre. « Ta gueule Pédale ! ». L’homme voulait crier à l’injustice, mais il n’était plus du bon coté de la législation. Le monde avait radicalement changé en très peu de temps. Il s’agenouilla, retira sa chemise et essuya le sang et les larmes qui coulaient sur le visage du jeune homme. « Sois gentil, tais toi, tu aggraves notre cas ». Mais Jérémie ne l’entendait pas ainsi. « J’en ai rien à foutre de ce qu’il peuvent penser ou de ce qu’ils peuvent faire ! On n’a rien fait de mal ». L’homme posa son doigt sur la bouche de son amant. Il y a 15ans, on ne les aurait jamais arrêté pour ça, juste une contravention pour exhibitionnisme, et encore… Le monde avait le visage de la haine depuis qu’Alexandre Volopsky était arrivé au pouvoir. 30ans de lutte contre les discriminations et l’ouverture des droits aux LGBT avaient été balayé par l’avènement d’un seul homme. Il avait pourtant obtenu leur voies, invoquant des problèmes d’insécurité et de droit au respect des personnes, mais petit à petit, il avait ramené la société à un courant de pensée moyen-âgeux. On avait encore le droit d’avoir des rapports avec une personne du même sexe, mais il fallait cacher cette déviance afin de protéger les jeunes d’une dégénérescence immorale. Il s’en était pris d’abord aux magazines en les attaquants sur la pornographie, puis il avait démantelé les groupes associatifs activistes en publiant des dossiers de propagande pour les décrédibiliser… Soutenu par les mouvements familliaux intégristes, il fit fermer les lieux de rencontre et censura le net. Les homos avaient pourtant tenter de protester, mais on les réduisit au silence. Certains avaient tentés de publier des livres dénonçant le dictat du Président, mais on les avait retrouvé mort. Alexandre Volopsky jouait encore l’hypocrite et criait au scandale du crime homophobe envers des personnes fragiles, mais alimentait en parallèle un discours de haines à l’encontre des homosexuels. C’est comme ça qu’il avait maintenu cet électorat : en se débarrassant des intellectuels humanistes.
Au petit jour, un officier viendra les chercher. On les conduira au tribunal où ils seront condamnés pour pornographie publique, incitation à la débauche, outrage à Agent. Ils seront condamnés à un isolement rééducatif ou ils seront les cobayes de la science puritaine. L’homme décédera d’un œdème cérébral ; il aura transmis son savoir à Jérémie.