14 ans. Innocent, tout
du moins, il le paraît. Jeune, frais, doux et sage. L'enfant de chœur dans la nef conquit les âmes de grenouilles de bénitier. Toujours là à servir la messe, d'ailleurs, le seul de la petite
paroisse en ces temps peu propices à la parole de Dieu. Cheveux bruns en ordre, regard bleu intense et peau très blanche... Il est un ange, l'aube lui va à
ravir.
Lorsqu'on lui parle après
l'office, il sourit timidement, répond poliment de sa voix fluette et s'éclipse discrètement. Fils de famille nombreuse et modeste, il étudie sans cesse, ne sort pas, joue très peu avec ses
frères et sœurs... Il est différent, tout simplement.
Ses parents s'inquiètent à son sujet. Quelque chose a changé en lui, mais il n'en parle pas.
C'est un secret. Il a toujours été très réservé, mais depuis quelques mois, il s'est éloigné des siens. Les conversations entre Guillaume et sa famille se résument aux banalités du quotidien, et
encore, il est même devenu difficile de lui faire raconter sa journée au collège.
En cours aussi, il est distant. Certes bon élève, il ne communique que très peu avec ses
camarades. Ils se connaissent tous depuis l'enfance. Il n'est allé vers eux qu'à quelques rares exceptions... A l'école, on faisait comme s'il n’existait pas. Il s'en moquait de toute façon, à 17
heures, il irait prier à l'église. Ah ! L’église ! Toute la vie de Guillaume. Il servait la messe tel un disciple attentionné. Il s'agenouillait tous les jours sur des prie-Dieu pendant des
heures et se confessait souvent au père Baudoyer. Le père Baudoyer était son seul ami. Le seul être humain capable de pénétrer l'insondable
Guillaume.
Souvent, la maman de Guillaume, pieuse pratiquante, s'entretient avec le père Baudoyer au sujet
de son aîné, mais elle n'obtient rien d'autre que des louanges. Son fils est un bon garçon, sérieux, croyant et pratiquant... Bref, on lui raconte toujours la même chose. Cela la rassure en
quelque sorte, car au moins, il évolue de façon droite, avec la rigueur dans laquelle il a été éduqué. Elle n'a aucun soucis à se faire, elle a rempli son rôle de
mère.
*
Guillaume n'a rien d'un ange, il le sait. Il est plus dépravé qu'il n'en a l'air. En tout cas,
son masque est sans faille. Le secret qu'il cache depuis bientôt deux ans ne sera jamais dévoilé. Pourquoi n'est-il pas plus expressif ? Pourquoi ne cherche-t-il pas à vivre comme ses camarades
?
Pourquoi est-il si distant avec ses proches ? La raison est évidente : il craint de se faire rejeter pour l'impureté de son âme.
Il est différent ; il se croit maléfique. Dieu et la religion, il s'en moque éperdument. Cela est la meilleure protection pour échapper à la cruauté humaine. Le petit démon,
lorsqu'il prie, rêve aux hommes, à leurs corps, à ce qu'ils pourront faire ensemble... Le père Baudoyer ne peut rien dire, ni à Dieu, ni à quiconque. Guillaume le tient à sa merci. Guillaume :
l'amant démoniaque !
*
Le père Baudoyer avait toujours été attiré par les garçons. A une certaine époque, il avait été
lui aussi initié par le prêtre de sa paroisse. Lui aussi avait aimé cela. Durant ses années d'études chez les frères, puis plus tard lorsqu'il était séminariste, il avait renouvelé le péché de
chair... Etre au service de Dieu lui permettait d'obtenir des faveurs charnelles que le monde reniait. Il n'est pas devenu prêtre par amour de Dieu mais par passion pour les
hommes... Il adorait son confessionnal et le pouvoir de suggestion qu'il pouvait exercer sur les jeunes pénitents... Le père Baudoyer n'était pas un saint, contrairement à ce qu'on aurait pu
croire.
*
Le père Baudoyer était plutôt bel homme, au grand dam de ses
paroissiennes. Il venait d'atteindre la quarantaine en conservant une image fraîche et un corps d'athlète. Lorsqu'une fidèle devenait trop entreprenante, il la rappelait à la voie de
Dieu.
Cependant, il n'y avait pas que chez les femmes qu'il faisait naître des désirs endiablés.
Guillaume, alors âgé de 12 ans, lui demanda à se confesser. Le prêtre fut d'abord surpris par les propos de l'adolescent, mais comme la séduction était réciproque, l'entretien se termina par un
déflorage dans le confessionnal.
*
L'enfant partit satisfait, le sourire aux lèvres. Il avait réalisé son rêve. Le curé était heureux
aussi. Le garçon était mignon et s'était offert généreusement. Pour un novice, il avait montré tant d'enthousiasme que le simple rite d’initiation prit bientôt la tournure d'une liaison
fusionnelle. Il ne se passa plus un jour sans que les amants ne s'étreignirent... L'amour de Dieu leur fournissait un alibi indéniable face au reste du monde, ainsi, ils étaient
heureux...
*
Après ces deux années de liaison secrète, le point de vue des amants commença à diverger. En
effet, il était question d'avenir pour Guillaume. Entrant en troisième, il devait penser à s'orienter pour l'année suivante. Il envisageait de suivre un cursus littéraire avec option théâtre.
Etant donné ses résultats scolaires brillants et une participation remarquable aux spectacles du collège, et ce, malgré sa timidité, les parents de Guillaume consentaient à le laisser aller
étudier à Paris. L'adolescent modèle était optimiste. Tout fonctionnait comme il en avait rêvé. Il serait loin du Puy-de-Dôme et pourrait s'affranchir tel qu'il l'avait souhaité : plus besoin de
vivre dans la clandestinité d'un quotidien secret.
*
Le père Baudoyer ne comprenait pas son jeune amant. Pourquoi voulait-il partir si loin ? Pourquoi
cette ambition littéraire? Pourquoi ne voulait-il plus vouer sa vie à Dieu ? Guillaume ne l'aimait peut-être plus... Tout devint confus dans l'esprit de l'abbé. Les étreintes firent place peu à
peu à des disputes. Leur liaison allait ainsi s'achever. Le père Baudoyer refusait d'accepter la situation. Il devint jaloux et suspicieux. Guillaume le quittait pour aller tenter le diable avec
d'autres garçons... Et puis, les jours passèrent... à force de discordes, le garçon vint de moins en moins souvent à l'église après les cours. La jalousie du prêtre augmenta
ardemment.
*
Après chacune de leurs entrevues, Guillaume rentrait en colère à la maison. Ses parents
s'inquiétèrent, car en plus d'être fermé comme une huître, il les empêchait de communiquer avec lui par une hostilité violente. Quelque chose n'allait pas. Ils tentèrent d'en savoir plus auprès
du curé qui ne leur fut d'aucun secours. Ils devaient donc regarder leur fils souffrir sans pouvoir l'aider. Ils étaient tristes mais acceptaient la situation. Après tout, peut être n'était-ce
qu'une crise liée à la puberté ?
*
La jalousie du curé devint de plus en plus étouffante pour Guillaume. Maintenant, il ne pouvait
plus se concentrer sur ses cours, ses résultats chutèrent rapidement, le sommeil lui devint de plus en plus difficile à trouver. Un soir, il entendit une discussion entre ses parents à son sujet.
Le père Baudoyer en savait bien plus qu'il n'en laissait entendre... Guillaume comprit alors qu'il devait rompre au plus vite avec son amant, et étant donné son jeune âge, qu'il avait le pouvoir
légal de le dominer.
Il se rendit le lendemain matin à l'église afin de rompre et d'obtenir la paix... Il menaça le
prêtre de tout révéler à la police s'il ne renonçait pas à lui. Le père Baudoyer s'offusqua et traita l'éphèbe de suppôt de Satan, et les larmes aux yeux, pleins de reproches, tenta de supplier
le jeune homme de ne rien dire à quiconque.
L'attitude du curé avait dépassé ce que Guillaume craignait. Certes, il acceptait les reproches,
mais les insultes dans la bouche d'un homme de Dieu, cela lui parut insupportable. Il prit le crucifix sur l'autel et en asséna un coup violent au visage de son amant. Le curé, voulant rattraper
l'arme et calmer l'adolescent manqua son geste. Le sang coulant de sa tempe et la douleur l’empêchèrent d'avoir des mouvements objectifs. Il arracha la chemise de Guillaume, qui le martela de
coups. L'abbé hurlait au sol et implorait Dieu d'être clément avec le jeune homme. Le jouvenceau frappait du pied le prêtre tout en hurlant "salaud", et lui fracassa le crâne avec la croix
divine.
*
L'adolescent, maculé du sang de sa victime, s'enfuit en courant, le crucifix en main. Il traversa
le village sous le regard étonné des habitants. Il rentra à la maison et s'enferma à double tours dans sa chambre. Là, il se laissa tomber à genoux sur le parquet. Cela fit un bruit atroce. Il se
tenait là, au sol, s'arrachant les cheveux par poignées, hurlant et gémissant comme un enfant. Sa mère, attirée par ce vacarme essaya d'entrer dans la chambre de l'adolescent, mais elle resta
bloquée dans le couloir. Elle essayait de parler à Guillaume, de le convaincre d'ouvrir la porte, mais il ne l'entendait pas.
*
Pendant ce temps, à l'église, une voisine, attirée là par la sortie intriguante de Guillaume,
trouva le curé gisant au sol. Il respirait encore avec peine. Son visage était devenu difforme, une flaque de sang auréolait sa tête. Elle courut immédiatement téléphoner aux pompiers et aux
gendarmes qui arrivèrent dans l'instant. Elle leur raconta ce qu'elle avait vu ; on transporta l'abbé à l’hôpital. Elle l'accompagna dans l'ambulance.
*
Les gendarmes se présentèrent immédiatement au domicile des parents de Guillaume. Ils
expliquèrent à Madame Girard ce que l'on reprochait à son fils. Elle pâlit puis, malgré sa stupéfaction, les conduisit à la porte de la chambre du gamin. Il ne semblait pas les entendre et
hurlait de terreur. Les officiers de gendarmerie trouvèrent l'adolescent couché par terre, gesticulant dans tous les sens, couvert de sang et de bave. Il était à demi-chauve. La mère s'évanouit à
la perception de cette vision d'horreur. On fit venir un médecin pour calmer le petit, qui ne faisait que crier et se débattre lorsqu'on l'approchait.
Quand Madame Girard reprit connaissance, le docteur administrait
un sédatif puissant par injection à Guillaume. Elle ne comprenait pas et restait impuissante. De son côté, l'adolescent ne cessait de bredouiller un charabia incompréhensible, jusqu'à ce que,
plus tard, on put distinguer : "Il m'a violé, il m'a violé". Par crainte d'un nouveau pic de violence, on lui passa une camisole et on le conduisit à l’hôpital
psychiatrique.
*
Guillaume passa 24 heures bâillonné dans une chambre capitonnée, puis les psychiatres, ayant
remarqué son calme, malgré des pleurs intempestifs, commencèrent à s'entretenir avec lui. Il était assez bon comédien, sa mise en scène était parfaite. Il donnait parfaitement le change, et
convainquit sans problème les médecins d'un viol. Il avait les symptômes d'un choc post-traumatique, tout semblait cohérent. On lui fit passer des examens médicaux qui révélèrent que l'adolescent
n’était plus vierge et subissait régulièrement la sodomie. Le résultat de certaines analyses démontrèrent d'ailleurs la présence de sperme dans son anus.
*
Le Procureur de la République, informé de l'affaire avait demandé à obtenir régulièrement les
résultats des tests médicaux. Cette affaire lui tenait particulièrement à cœur, car comme tout père de famille respectable, la pédophilie l'insupportait. Il prit d’emblée des mesures judiciaires
contre l'abbé Baudoyer. Ce dernier, étant toujours hospitalisé, eut la désagréable surprise de se réveiller menotté dans son lit, un gardien de la paix à la porte de sa
chambre.
*
De son côté, Guillaume semblait fort secoué et ses psychiatres paraissaient pessimistes quant à
une éventuelle sortie. Il resterait là, en observation continue, dans l'isolement le plus total, afin de lui permettre de se ressourcer et d'affronter plus tard la justice. Bien que le Procureur
semble prendre parti pour l'adolescent, il n'en oublie pas moins que le jeune homme s'est rendu coupable d'un acte de violence inqualifiable.
*
La presse aussi suivait l'affaire, bien qu'il lui soit difficile de trouver des informations à
fournir à son public. Au niveau juridique, tout se passait à huis clos. Rien ne filtrait. Les journalistes recueillirent des témoignages sur les deux parties mises en causes par le biais des
villageois, mais aucun d'eux ne voulait réellement se prononcer... Tout cela était si compliqué pour une petite commune paisible d’Auvergne. Toutefois, certains, sous condition d'anonymat,
crachèrent sur l'un et sur l'autre. Les ragots allaient bon train. Les moindres faits et gestes des Girard étaient analysés. Ils n'avaient plus droit au respect de leur vie privée. Tout était bon
pour les charognards...
*
Guillaume était toujours interné, mais après quatre semaines dans la chambre capitonnée, les
psychiatres décidèrent de le transférer au pavillon des adolescents dépressifs. Là, il put recevoir quelques visites de ses parents. Il se confortait dans son histoire de viol, et petit à petit,
il renoua le dialogue avec eux. Ils étaient plus proches, et très attentifs à l'adolescent. Lui, qui n'avait pas été câlin depuis très longtemps, éprouva le besoin d'être choyé comme un enfant
qu'il n'était déjà plus.
Les entretiens avec les médecins étaient plus longs et plus profonds de sens. Le piège tendu à
l'abbé Baudoyer se refermait de plus en plus chaque jour. Guillaume, victime d'un viol, cela ne faisait plus l'ombre d'un doute pour personne ! Et pourtant, quelle perfidie ! Il jouait le rôle de
sa vie. Lui seul en avait conscience, cependant, se sentant observé, il ne retirait jamais son masque. Il vivait avec comme une seconde peau.
*
Durant cette période, l'abbé pédophile avait été désavoué par le clergé et montré du doigt par
différents archevêques. D'ailleurs, alors qu'il allait quitter l’hôpital pour être transféré en maison d'arrêt, l'évêque de Clermont-Ferrand vint le voir pour s'entretenir avec lui de son
inqualifiable conduite.
Il était le seul à croire en l'innocence du petit curé de campagne concernant l'hypothèse d'un
viol, mais néanmoins, il ne viendrait pas témoigner en sa faveur. En effet, le monde ecclésiastique a beau paraître fermé, les secrets circulent toujours...
Le
père Baudoyer avait donc de quoi s'inquiéter, car la seule personne qui aurait pu maintenant le secourir était son accusateur. Il réfléchit pour assurer sa défense, mais même son avocat
paraissait pessimiste. Tant bien même on pouvait prouver qu'il n'y avait pas eu viol, il serait tout de même reconnu coupable d'acte de pédophilie sur mineur de moins de 15
ans.
Arrivé dans sa cellule, il se mit à prier, à invoquer Dieu
pour qu'il lui pardonne ses péchés. La réponse divine se fit entendre par le biais des autres prisonniers. En effet, la raison de l'incarcération du curé s'était propagée dans l'enceinte
pénitentiaire, si bien qu'il devint rapidement le souffre-douleur des autres taulards. Il fut roué de coups à plusieurs reprises. Les mâtons organisaient la violence qui entourait l'abbé. Il
n'avait aucun allié. Il était seul avec son désespoir. Il aurait voulu que la vie s’arrête mais Dieu était trop occupé pour rappeler ce pauvre pécheur ! Il affronterait donc la justice des
hommes.
*
Dès que les psychiatres de Guillaume le trouvèrent en état moral
d'affronter le procès, celui-ci put commencer. L'adolescent paraissait faible et avait beaucoup maigri, mais il était maintenant capable de tenir une conversation et de décrire avec précision
l'ensemble des actions durant ce fameux viol et cette liaison pédophile. A la barre, il parlait clairement même s'il paraissait quelque peu intimidé. Son discours attirait la sympathie des jurés,
et si l'audience ne s'était pas déroulée à huis clos, il aurait très certainement conquis le public.
*
Le procureur avait mis en avant toute sa ténacité durant l'interrogatoire du jeune homme, et insistant sur la violence
bestiale avec laquelle il s'était acharné sur le prêtre, l'avait fait pleurer. Guillaume ne cherchait pas à s'excuser, bien au contraire, il s'accusait de ce crime. Le juge décida d'ajourner le
procès jusqu'au lendemain.
*
Le procés reprit par l'audition des témoignages des psychiatres de Guillaume. Ils expliquèrent
entre autre le comportement de l'adolescent et appuyèrent la thèse du viol. Par ailleurs, les tests médicaux pratiqués prouvaient qu'il y avait eu des rapports sexuels entre les deux parties, et
étant donné la timidité du jeune homme, il n'aurait jamais pu provoquer les gestes de l'abbé. Ils réfutèrent d'ailleurs l'hypothèse d'une supercherie lorsque le procureur les questionna. Le jeune
homme était beaucoup trop faible d'après eux pour se livrer à ce genre de mensonge...
*
Vint ensuite le tour des Girard d'être appelés à la barre. Ils
eurent à décrire le comportement de leur fils durant ces 3 dernières années et l'isolement dans lequel il s'était enfermé. Madame Girard se laissa d'ailleurs emporter par ses sentiments et
déclara qu'elle ne croirait plus jamais en Dieu. Il y eut un silence glacial après ses propos.
*
L'avocat du père Baudoyer ne savait plus de quelle façon plaider. Il était jeune et inexpérimenté
; ses questions étaient gauches et maladroites. Il ne pourrait rien faire pour son client. L'abbé Baudoyer le savait, personne ne pouvait rien pour lui. Lorsqu'il fut appelé à la barre, il
répondit coupable à tous les chefs d'accusation, et, dans un élan de remords, il regarda Guillaume droit dans les yeux et lui demanda pardon. Il pensait que peut-être le jeune craquerait et
avouerait qu'il n'y a pas eu viol, mais l'adolescent perplexe lui rendit un regard haineux. On remit les menottes aux poignets du curé. Le jury entrait en
délibération.
*
Une heure plus tard, la cour rendit son verdict. On traita
d'abord du cas de Guillaume, la peine de travaux d'intérêt général plébiscitée par le procureur n'aurait pas lieu, à condition que le jeune homme bénéficie régulièrement d'une assistance médicale
et psychiatrique jusqu'à sa majorité. Cela sembla rassurer tout le monde. Le père Baudoyer avait des sueurs froides, et lorsque le couperet tomba, il s'évanouit. Bien qu'il s'était préparé à la
sentence, il n'avait cessé de croire en la bonté divine. Dieu l'a abandonné, il croupira à perpétuité en prison.
*
Les Girard s'installèrent à Paris durant les dernières semaines de convalescence de Guillaume. Le
Père trouva un emploi de directeur dans un Franprix, et la mère s'occupa de l'installation de la famille dans un petit nid douillet. C'était la meilleure solution pour tous, afin d'oublier cette
sordide histoire, et reconstruire auprès de Guillaume et de ses études une vie de famille épanouie. Il avait besoin de leur soutien pour avancer et leur fut reconnaissant de cette délicate
attention.
*
Après une adolescence choyée loin des bancs de l'église, et une réussite scolaire fulgurante,
Guillaume entra au conservatoire. Plus tard, il deviendra un grand comédien reconnu et adulé du public. Il avoua son homosexualité à l'âge de 18 ans. Ses parents ne furent pas réjouis en
apprenant la nouvelle, toutefois, il était bon de le voir heureux avec son petit ami. Cependant, dès qu'il n'était pas là, on maudissait le père Baudoyer en espérant très fort que cette
expérience perverse n'ait aucun effet néfaste sur le comportement de leur aîné.
*
Le père Baudoyer mourut en prison quelques mois après le procès. On
le retrouva pendu dans sa cellule. Il n'avait laissé aucune explication, cependant, nul n'ignorait qu'il avait été le sujet de multiples sévices corporels et viols en tout genre dans l'enceinte
pénitenciaire. Avant de rendre son dernier souffle, on l'avait seulement entendu dire qu'il ne croyait plus ni en Dieu, ni en l'être humain.