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ceinture2queers

Mardi 27 septembre 2005


 

Salim promenait son regard sur les cloisons tapissées d’annonces d’offres d’emploi de l’ANPE. Aujourd’hui, pas grand-chose de nouveau… Il venait en ce lieu si souvent qu’il connaissait au mot près le contenu des propositions. Cette situation commençait à peser lourd  sur son moral. Cet après midi encore, il ne pourrait proposer sa candidature qu’à deux sociétés. Passer tant de temps à chercher pour ne rien trouver. Salim se força à rester optimiste lorsqu’il s’avança du publiphone. « Ca doit marcher », se dit-il. Il décrocha l’appareil et composa le premier numéro. On lui rétorqua que l’annonce n’est déjà plus d’actualité. Il raccrocha, soupira un instant : « Pas grave, comme d’hab !». Il appela la seconde entreprise. On lui raccrocha au nez dés qu’il prononça son nom de famille. « Monde de fachos ! » hurla t’il sous le regard médusé des autres demandeurs d’emploi.  

            Dans la rue, il ne parvint pas à se calmer. Il sembla croire que le monde ne voulait pas lui laisser sa chance. Exceptionnellement, il n’irai pas boire son café à l’open. Marre de l’hypocrisie maraisienne ! On allait encore lui courir après. Ce n’était pas d’une bite dont il avait besoin, mais d’un job ! Peu lui importait la fonction, pourvu qu’il puisse cesser de taxer ses parents et voler de ses propres ailes à temps complet. Métro Hôtel de ville, les gens étaient chargés de paquets du BHV, portaient des lunettes de soleil Dior, ou exhibaient fièrement la panoplie complète de la fashion victime. Correspondance ligne 5, direction Bobigny. Ce n’étaient déjà plus les mêmes, il y avait plus de couleurs. Les expressions étaient plus tristes, fatiguées par la ségrégation … Ras le bol. Il arriva à la cité de l’étoile, passa le comité d’accueil. Les lascards ne l’accostaient plus, ils avaient compris qu’il ne voulait pas de leur shitt…  S’il n’était pas reubeu, on lui aurait cassé les couilles, or ici, la couleur de sa peau le préservait. Finalement, il rêvait de quitter un ghetto pour s’installer dans un autre… Peut être qu’un jour, il y parviendrait. La cité contre le marais. « Continu d’y croire ! »pensa-t-il.  

           Il arriva sur son pallier. A l’intérieur, le téléphone sonnait. Il pénètra dans son studio à toute hâte. C’était encore sa mère qui le harcelait « Mon chéri, faut que tu trouves du travail… On peut plus t’aider longtemps… Rentre à Marseille avec ta famille, c’est là ta place… Si tu n’as rien trouvé dans 8 jours, on viendra te chercher… ». A ce dernier propos, Salim fut dépité. Non au retour dans la famille ! C’était ici qu’il voulait vivre. Il irait porter des cageots sur les marchés s’il le fallait, mais il ne quitterait pas sa vie. Jamais il ne renoncerait à sa liberté.   

Le lendemain, Salim arpenta la rue Oberkampf afin de trouver peut-être une place à la con dans un resto branchouille. De bar en bar, toujours la même réponse négative. « Ne pas désespérer ». Il promènait ces cv avec la détermination d’un lion affamé. Il arriva enfin au Lieu-dit. Le service n’était pas encore terminé. Il restait encore quelques clients dans la salle. La barmaid l’accueillit. Il sortit son speech avec la précision, la régularité et la justesse d’un acteur. Elle observa attentivement son cv, et contrairement aux autres patrons qu’il avait rencontré auparavant, elle décida de le conserver « Tu n’as pas d’expérience, mais on ne sait jamais… ». Salim esquissa un sourire avant de se retirer. 
 

Dans le fond de la salle, Pierre-Yves Dumoulin et son assistant avaient observé la scène sans en perdre une miette. Ils tombèrent tous deux sous le charme du jeune maghrébin. Salim avait une prestance à crever l’écran : c’était lui qu’il leur fallait. L’assistant n’avait pas eu le temps de formuler une éventuelle objection quant à la sexualité de Salim que son boss était déjà sur le pas de la porte. 
 

Sur le trottoir, Salim alluma une cigarette. « Si seulement ça pouvait le faire ici !  En plus, le quartier à l’air sympa ! Ce serait chouette d’emménager par ici ! ». On lui frappa sur l’épaule. Il se retourna, surpris. Un homme bedonnant d’une cinquantaine d’années, serré dans son costume Gucci lui tendit la main pour le saluer. Le jeune homme marqua un temps d’hésitation puis serra la main de ce mystérieux quinquagénaire. Le vieux se présenta à Salim. Il était producteur de film, de film X, de film X gay… Salim recula « pas moyen ! ». L’autre ne se laissa pas impressionner, et continua son argumentaire de séduction. Salim l’écouta et finit par accepter la carte de visite du producteur avant de s’en aller.  

 

Plusieurs jours passèrent sans que le moindre emploi ne pointe le bout de son nez. Le téléphone sonna de nouveau. Cette fois ci, c’était la banque. Salim ne répondit pas. « Monsieur Ouechtati, renflouez votre compte !  ». « Et merde ! ». Dans la précipitation, le jeune homme appela sa mère, mais il comprit au son de sa voix qu’il n’en obtiendrait rien. Il fût même obligé de lui mentir en annonçant qu’il avait trouvé un travail. « Félicitations ! » lui répondit-elle, si bien qu’il s’inventa un début de carrière chez monoprix et des nouveaux collègues… Au bout du compte, cet appel lui avait détruit le moral : il ne savait plus vers qui se tourner. Ce fût à cet instant que son regard tomba sur la carte de visite de « Tel des Diables ». Il composa le numéro de téléphone et obtint un rendez vous dans la journée.  

 

Salim n’était pas très rassuré. Axel, l’assistant de Pierre Yves le fit entrer dans le bureau du PDG. L’autre l’accueillit chaleureusement. Salim resta distant, puis se laissa embobiner par la prestance et l’assurance de son hôte. A la fin de leur rencontre, il accepta de tourner sans préservatif pour 1 000 euros. On ne lui demandait même pas son statut sérologique. La seconde partie du casting se déroula dans l’autre pièce avec Axel pour Partenaire. Ils baisèrent frénétiquement tandis que Pierre-Yves s’astiquait le manche derrière son moniteur. 
 

Après cette baise, Axel retourna dans le bureau de son patron, le regard épanoui. « Ce mec est le coup du millénaire ! » lançait-il à son patron. Pierre Yves ne se laissa pas attendrir et ordonna à son assistant de s’affairer immédiatement aux contrats de Salim, et à l’organisation de son départ imminent pour le tournage en Roumanie.

              

              A son retour d’Europe de l’est, Salim consulta son répondeur. 24 messages de sa mère, folle d’inquiétude, menaçant de débarquer s’il ne lui donnait pas rapidement signe de vie. Il la réconforta immédiatement, avant d’écouter la suite des  messages. Surprise : Marjolaine du Lieu-dit, lui proposait de faire un essai comme commis de cuisine la semaine suivante ; il était si joyeux qu’il se mit à sauter sur le clip clap comme un enfant et tomba en éclatant de rire.  

          23h45. Fin de service. Comme tous les soirs, avant de quitter son travail, Salim alla s’asseoir au comptoir afin de faire le point sur la journée avec Marjolaine. Ce soir, la patronne semblait occupée à discuter avec quelqu’un de proche. Elle présenta son ami à Salim . Immédiatement, une alchimie magique naquit entre les deux hommes, si bien qu’ils passèrent la nuit ensemble…  

             Le soleil passait au travers des persiennes de la chambre d’Antoine. Salim et lui étaient enlacés, à demi nus, paisiblement endormis lorsque le portable de Salim sonna. A demi éveillé, il envoya balader sa mère. Pour une fois, ce n’était pas elle son interlocutrice ! Pierre-Yves lui proposait un nouveau film. « Hors de question ! » rétorqua bruyamment le jeune homme, réveillant ainsi son compagnon, qui suivit la conversation l’oreille attentive. Salim raccrocha et s’aperçu qu’Antoine avait comprit ce dont il s’agissait. Il était confus : le secret qu’il taisait depuis leur rencontre allait être percé au grand jour. Craignant de tout perdre, il préféra jouer la carte de la sincérité, et tomba en larme au fur et à mesure qu’il se confiait à Antoine. Son amant le prit dans ses bras, puis  le rassura avec de brûlants baisers. Antoine savait depuis longtemps pour le film, et avait préféré se taire. Ce n’était pas important à ses yeux, c’était loin derrière. Il avait confiance en Salim. D’ailleurs, tant d’honnêteté et d’innocence l’         avaient touché au point qu’il se décida enfin à lui déclarer un amour inconditionnel et passionné. 

Quelques jours plus tard, Salim attendait seul les résultats de ses tests de dépistage au centre du figuier. Antoine est retenu au bureau pour une réunion importante. Quand la doctoresse lui annonça les résultats, il voulu revenir en arrière et ne jamais avoir entendu cela. D’abord abattu, toutes ses idées s’emmêlèrent dans son esprit. Puis, il finit par exploser de colère, et quitta le cabinet médical en courant, sans que le médecin n’ait pu réussir à le calmer. Il en fut de même lorsqu’il entra dans le bureau de Pierre Yves Dumoulin tel une furie. Il attrapa le producteur par le col, lui asséna plusieurs coup de poings au visage et l’allonge au sol pour l’étrangler. Axel essaya d’empêcher cela, mais il n’était pas de taille face à Salim qui l’envoya voler contre le mur. Entre ses mains, Pierre Yves expira son dernier souffle. Axel reprit ses esprit, attrapa une chaise et la fracassa sur Salim dont les os se brisèrent… Lorsque plus personne ne bougea, Axel tomba à genoux au sol et pleura toutes les larmes de son corps.



Ce texte a été adapté en court-métrage.
Vous pourrez découvrir ce film prochainement en DVD dans sa version originale ou dans sa version hard.
La version originale, sortie est à nouveau visible ici.


Par Thomas Slut
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Mardi 27 septembre 2005

          

  Dans la réserve, il renifla une dernière fois l’odeur du carton contenant le dernier roman de Virginie Despentes. Il l’avait attendu durant des semaines. Aujourd’hui, le lot était enfin arrivé. Il avait préparé une jolie tête de gondole afin de mettre cet ouvrage en valeur. Bien qu’il ne l’ait pas encore lu, il l’aimait déjà. Il savait qu’après une dure journée de labeur au Virgin, passé le tourniquet du métro, il pourrait se délecter du moindre mot et se noierait dans l’histoire.

 

             Théodore inspecta son rayon, puis observa les clients déambuler dans les allées. Pour beaucoup d’entre eux, la passion de la littérature s’était transformée en addiction. Il était leur semblable, à la différence qu’il était en quelque sorte leur guide spirituel. Son métier de vendeur lui conférait ce rôle. Aucun acteur de cinéma n’aurait pu porter à l’écran cette fonction aussi dignement que lui. Il connaissait par cœur les éditions, les auteurs, les différentes publications, les types d’œuvres et leurs contenus. Il n’avait qu’un amour : celui des livres. Chaque nouveauté sur le catalogue des fournisseurs, passait entre ses mains pour rejoindre ensuite sa collection personnelle. Il aurait pu créer une bibliothèque rien qu’en ouvrant son appartement au public.

             Son amour pour les livres naquit lorsque sa mère lui avait enseigné la différenciation des lettres et des syllabes. Ce qu’il avait découvert était magique, si bien que son apprentissage de la lecture fut rapide et efficace. A la rentré du cours préparatoire, il avait lu à voix haute, de manière parfaite les dix premières pages du manuel d’initiation scolaire avec la perfection d’un conteur. L’institutrice en fut si émerveillée qu’on lui fit sauter des classes… Jusqu’au collège, il fût un élève brillant et attentif. Cela s’inversa au lycée. Non pas pour marquer sa rébellion comme les autres adolescents, mais parce qu’il vivait dans un monde littéraire parallèle imaginaire. Quelle que soit la matière, à l’exception du cours de lettres, il préférait lire tout ce  qui lui passait sous la main : romans, essais, nouvelles, théâtre, théologie… Il perdit alors son avance scolaire, et force d’aide d’une psychothérapie, il finit par obtenir son bac et entrer en fac de lettres. Pour financer ses études, il se fit embaucher chez Virgin comme vendeur au rayon librairie. C’était il y a dix ans. Depuis, il n’avait jamais quitté cet emploi. D’ailleurs, il s’y était tellement investi qu’il avait finalement préféré renoncer à sa vocation d’enseigner le français. Qu’aurait-il bien pu faire d’intéressant au fond d’un lycée d’une zup ? Ici, il avait appris à reconnaître les vrais passionnés. Certains d’entre eux étaient devenus ses amis. Il avait gagné au change. Philosophiquement parlant, il était en harmonie avec son  moi profond.

 

             A onze heures trente, comme on le lui avait demandé, il gagna le bureau de Monsieur Bredelet, le directeur. Au préalable, il prit avec lui le listing des premières ventes de la journée. Même s’il n’y avait aucune raison apparente de lui reprocher quoi que ce soit, Théodore préféra préparer sa défense au cas où on déciderait de l’attaquer sur son travail. Il n’avait pas de soucis à se faire, la despente se portait bien, comme le reste de son rayon : toujours impeccable. Monsieur Bredelet le regarda en souriant puis lui demanda de s’asseoir. Il déboucha une bouteille de champagne et en tendit une coupe à Théodore.

« Vous savez à quoi nous trinquons ?

- Non, répondit théodore, perplexe.

- Et bien, au vu de vos résultats brillants, de vos compétences et de l’amour de votre métier, j’ai décidé de vous congratuler. Après le départ en retraite de Mme Rosemond, vous prendrez sa place à la tête de l’ensemble des rayons librairies de notre magasin.

- Si je m’attendais à cela…

- J’ai confiance en vous. Vous donnez à notre clientèle une digne image de Virgin. Si tous nos employés pouvaient être comme vous ! » s’exclama le directeur.

 

             Lorsqu’il redescendit au magasin, la tête lui tournait. Or, il fût obligé de recouvrer ses esprits rapidement. Un jeune homme, d’environ dix sept ans, tentait de décoller l’antivol au dos de la couverture d’un roman, tapi à l’angle d’une issue de secours. Théodore posa sa main sur l’épaule de l’adolescent qui blêmit en se retournant. Le vendeur lui adressa un sourire et lui prit le livre des mains. Ce n’était pas la première fois qu’il apercevait le jeune homme. Maintenant, ses soupçons étaient fondés. Le jeune homme fût surpris quand Théodore lui donna rendez-vous à l’entrée du métro à 19heures. L’incident oublié, Théodore prit le livre, le rapporta à la réserve et y apposa un nouvel antivol.

             En fin de journée, le nouveau responsable passa en caisse avec l’ouvrage qu’avait tenté de dérober le jeune homme. A la sortie du magasin, celui-ci l’attendait. Théodore lui offrit le livre, tout en lui adressant une remontrance fraternaliste. Le grand dadet baissait les yeux, coupable, tout en écoutant le sermon du vendeur. Théodore lui expliqua qu’un livre se respectait car il avait une âme. Il reflétait celle de son auteur, qui s’y était beaucoup investi, en livrant son cœur, ses forces, ses faiblesses, ses connaissances, ses inquiétudes et ses certitudes. Le discours passionné de Théodore pénétrait l’inconscient du jeune homme si bien que le temps passant n’avait aucune emprise sur eux. Que ce soit dans le métro bondé, ou bien dans la rue des envierges, l’adolescent continuait de boire les paroles du vendeur. Il était magnétisé au point qu’il se retrouva sur son pallier. Ni l’un ni l’autre ne s’étaient aperçu de la longueur de cet exposé. Théodore invita son compagnon à entrer.

            Lorsque Pierre passa le seuil de la porte, il fût émerveillé par ce qu’il découvrit à l’intérieur de l’appartement. Il y avait des livres partout ; chacune des pièces en était tapissé tel la caverne d’Ali Baba. Théodore était ravi par la réaction candide et joyeuse de Pierre qui piochait des bouquins par-ci par-là, en lisait quelques lignes et humait l’odeur du papier. Il était grisé par tant de lettres. « 3 872 livres exactement », dit Théodore. Tous lu, classés par genre et par auteur. Dans le salon, on trouvait les romans, les nouvelles, les essais, les pièces de théâtre et la poésie. Dans la cuisine, il y avait des livres de recettes, de médecine, et des vademecums d’œnologie. Dans la chambre, des contes et des romans de chevet. Dans les toilettes, les bandes dessinées. Les deux hommes discutèrent jusqu’à tard dans la nuit de leur passion commune. Pierre avait trouvé son mentor, Théodore voyait en lui la projection de son adolescence. Une amitié fraternelle naquit ce soir là.

 

             Il se virent régulièrement pour parler de leur centre d’intérêt commun. Peu à peu, Théodore apprit à connaître Pierre. En dehors d’avoir la même passion, le lycéen envisageait l’enseignement des lettres. Pour l’initier, Théodore l’emmena avec lui dans une association de Belleville où il apprenait à des mères de familles musulmanes la lecture du français. Petit à petit, il délégua le professorat au jeune homme, qui à son tour, faisait naître dans les ateliers, un goût prononcé pour la lecture.

            Plusieurs mois passèrent ainsi. A quelques semaines des épreuves du bac, Pierre était désemparé. Il devait renoncer à ses rêves car son père était gravement malade et ne tarderait pas à les quitter. Sa mère n’avait jamais travaillé. Personne ne pourrait l’aider. Théodore refusa de laisser tomber son petit protégé dans la neurasténie. Dés lors, le canapé du salon devint le lit de Pierre, et le rayon des bandes dessinées de Virgin son job.

 

            Théodore et Pierre étaient inséparables. Complices de tous les instants, le lien qui les unissait se renforçait au gré des jours. Ils parlaient bouquins sans cesse, donnaient des cours d’alphabétisation ensemble, fréquentaient les bars philosophiques… Si bien que l’élève, poursuivant ses études sous l’influence fraternelle de son mentor, finit par le dépasser. Quinze ans plus tard, Pierre était devenu Maître de conférence à la Sorbonne.

             Un jour, Pierre prit conscience qu’il pouvait voler de ses  propres ailes. Il loua un appartement. Une fois qu’il eut passé la porte, Théodore réalisa le vide laissé par son compagnon. Les 6317 livres qu’il avait à présent ne le rassurèrent pas. Il les inventoria plusieurs dizaines de fois, les reclassa… Rien à faire. Il comprit qu’il était amoureux. Non pas de ses livres comme il s’était toujours plu à le penser, mais de ce petit voleur à l’étalage ! Il voulu se divertir en relisant les chroniques de San Francisco, mais rien ne dissipait son mal. Pour la première fois de sa vie, il pleura à cause d’un histoire : sa propre histoire. Il prit un somnifère sans  pour autant trouver le sommeil. Il en fût ainsi les nuits suivantes.

             Dans son nouvel appartement, Pierre se sentait mal à l’aise. Il avait beau ranger et déranger ses livres, rien ne trouvait sa place. Il manquait quelque chose ; quelque chose d’essentiel. Ne parvenant pas non plus à s’endormir, il sauta dans un taxi en pleine nuit et débarqua chez Théodor. Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre. Quand Théodore embrassa langoureusement Pierre, celui-ci eut un mouvement de recul. Il observa son ami, lui lança un sourire et dit : « Tu en as mis du temps à comprendre ! ». Puis ils s’étreignirent de nouveau.

 

Par Thomas Slut
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Mardi 27 septembre 2005

 


 14 ans. Innocent, tout du moins, il le paraît. Jeune, frais, doux et sage. L'enfant de chœur dans la nef conquit les âmes de grenouilles de bénitier. Toujours là à servir la messe, d'ailleurs, le seul de la petite paroisse en ces temps peu propices à la parole de Dieu. Cheveux bruns en ordre, regard bleu intense et peau très blanche... Il est un ange, l'aube lui va à ravir.

             Lorsqu'on lui parle après l'office, il sourit timidement, répond poliment de sa voix fluette et s'éclipse discrètement. Fils de famille nombreuse et modeste, il étudie sans cesse, ne sort pas, joue très peu avec ses frères et sœurs... Il est différent, tout simplement.

             Ses parents s'inquiètent à son sujet. Quelque chose a changé en lui, mais il n'en parle pas. C'est un secret. Il a toujours été très réservé, mais depuis quelques mois, il s'est éloigné des siens. Les conversations entre Guillaume et sa famille se résument aux banalités du quotidien, et encore, il est même devenu difficile de lui faire raconter sa journée au collège.

             En cours aussi, il est distant. Certes bon élève, il ne communique que très peu avec ses camarades. Ils se connaissent tous depuis l'enfance. Il n'est allé vers eux qu'à quelques rares exceptions... A l'école, on faisait comme s'il n’existait pas. Il s'en moquait de toute façon, à 17 heures, il irait prier à l'église. Ah ! L’église ! Toute la vie de Guillaume. Il servait la messe tel un disciple attentionné. Il s'agenouillait tous les jours sur des prie-Dieu pendant des heures et se confessait souvent au père Baudoyer. Le père Baudoyer était son seul ami. Le seul être humain capable de pénétrer l'insondable Guillaume.

             Souvent, la maman de Guillaume, pieuse pratiquante, s'entretient avec le père Baudoyer au sujet de son aîné, mais elle n'obtient rien d'autre que des louanges. Son fils est un bon garçon, sérieux, croyant et pratiquant... Bref, on lui raconte toujours la même chose. Cela la rassure en quelque sorte, car au moins, il évolue de façon droite, avec la rigueur dans laquelle il a été éduqué. Elle n'a aucun soucis à se faire, elle a rempli son rôle de mère.

 *

             Guillaume n'a rien d'un ange, il le sait. Il est plus dépravé qu'il n'en a l'air. En tout cas, son masque est sans faille. Le secret qu'il cache depuis bientôt deux ans ne sera jamais dévoilé. Pourquoi n'est-il pas plus expressif ? Pourquoi ne cherche-t-il pas à vivre comme ses camarades ?

             Pourquoi est-il si distant avec ses proches ? La raison est évidente : il craint de se faire rejeter pour l'impureté de son âme. Il est différent ; il se croit maléfique. Dieu et la religion, il s'en moque éperdument. Cela est la meilleure protection pour échapper  à la cruauté humaine. Le petit démon, lorsqu'il prie, rêve aux hommes, à leurs corps, à ce qu'ils pourront faire ensemble... Le père Baudoyer ne peut rien dire, ni à Dieu, ni à quiconque. Guillaume le tient à sa merci. Guillaume : l'amant démoniaque !

 *

             Le père Baudoyer avait toujours été attiré par les garçons. A une certaine époque, il avait été lui aussi initié par le prêtre de sa paroisse. Lui aussi avait aimé cela. Durant ses années d'études chez les frères, puis plus tard lorsqu'il était séminariste, il avait renouvelé le péché de chair... Etre au service de Dieu lui permettait d'obtenir des faveurs charnelles que le monde reniait.  Il n'est pas devenu prêtre par amour de Dieu mais par passion pour les hommes... Il adorait son confessionnal et le pouvoir de suggestion qu'il pouvait exercer sur les jeunes pénitents... Le père Baudoyer n'était pas un saint, contrairement à ce qu'on aurait pu croire.

 *

             Le père Baudoyer était plutôt bel homme, au grand dam de ses paroissiennes. Il venait d'atteindre la quarantaine en conservant une image fraîche et un corps d'athlète. Lorsqu'une fidèle devenait trop entreprenante, il la rappelait à la voie de Dieu.

 

              Cependant, il n'y avait pas que chez les femmes qu'il faisait naître des désirs endiablés. Guillaume, alors âgé de 12 ans, lui demanda à se confesser. Le prêtre fut d'abord surpris par les propos de l'adolescent, mais comme la séduction était réciproque, l'entretien se termina par un déflorage dans le confessionnal.

  

 

            L'enfant partit satisfait, le sourire aux lèvres. Il avait réalisé son rêve. Le curé était heureux aussi. Le garçon était mignon et s'était offert généreusement. Pour un novice, il avait montré tant d'enthousiasme que le simple rite d’initiation prit bientôt la tournure d'une liaison fusionnelle. Il ne se passa plus un jour sans que les amants ne s'étreignirent... L'amour de Dieu leur fournissait un alibi indéniable face au reste du monde, ainsi, ils étaient heureux...

 *

             Après ces deux années de liaison secrète, le point de vue des amants commença à diverger. En effet, il était question d'avenir pour Guillaume. Entrant en troisième, il devait penser à s'orienter pour l'année suivante. Il envisageait de suivre un cursus littéraire avec option théâtre. Etant donné ses résultats scolaires brillants et une participation remarquable aux spectacles du collège, et ce, malgré sa timidité, les parents de Guillaume consentaient à le laisser aller étudier à Paris. L'adolescent modèle était optimiste. Tout fonctionnait comme il en avait rêvé. Il serait loin du Puy-de-Dôme et pourrait s'affranchir tel qu'il l'avait souhaité : plus besoin de vivre dans la clandestinité d'un quotidien secret.

 *

             Le père Baudoyer ne comprenait pas son jeune amant. Pourquoi voulait-il partir si loin ? Pourquoi cette ambition littéraire? Pourquoi ne voulait-il plus vouer sa vie à Dieu ? Guillaume ne l'aimait peut-être plus... Tout devint confus dans l'esprit de l'abbé. Les étreintes firent place peu à peu à des disputes. Leur liaison allait ainsi s'achever. Le père Baudoyer refusait d'accepter la situation. Il devint jaloux et suspicieux. Guillaume le quittait pour aller tenter le diable avec d'autres garçons... Et puis, les jours passèrent... à force de discordes, le garçon vint de moins en moins souvent à l'église après les cours. La jalousie du prêtre augmenta ardemment.

 *

             Après chacune de leurs entrevues, Guillaume rentrait en colère à la maison. Ses parents s'inquiétèrent, car en plus d'être fermé comme une huître, il les empêchait de communiquer avec lui par une hostilité violente. Quelque chose n'allait pas. Ils tentèrent d'en savoir plus auprès du curé qui ne leur fut d'aucun secours. Ils devaient donc regarder leur fils souffrir sans pouvoir l'aider. Ils étaient tristes mais acceptaient la situation. Après tout, peut être n'était-ce qu'une crise liée à la puberté ?

 *

 

             La jalousie du curé devint de plus en plus étouffante pour Guillaume. Maintenant, il ne pouvait plus se concentrer sur ses cours, ses résultats chutèrent rapidement, le sommeil lui devint de plus en plus difficile à trouver. Un soir, il entendit une discussion entre ses parents à son sujet. Le père Baudoyer en savait bien plus qu'il n'en laissait entendre... Guillaume comprit alors qu'il devait rompre au plus vite avec son amant, et étant donné son jeune âge, qu'il avait le pouvoir légal de le dominer.

             Il se rendit le lendemain matin à l'église afin de rompre et d'obtenir la paix... Il menaça le prêtre de tout révéler à la police s'il ne renonçait pas à lui. Le père Baudoyer s'offusqua et traita l'éphèbe de suppôt de Satan, et les larmes aux yeux, pleins de reproches, tenta de supplier le jeune homme de ne rien dire à quiconque.

             L'attitude du curé avait dépassé ce que Guillaume craignait. Certes, il acceptait les reproches, mais les insultes dans la bouche d'un homme de Dieu, cela lui parut insupportable. Il prit le crucifix sur l'autel et en asséna un coup violent au visage de son amant. Le curé, voulant rattraper l'arme et calmer l'adolescent manqua son geste. Le sang coulant de sa tempe et la douleur l’empêchèrent d'avoir des mouvements objectifs. Il arracha la chemise de Guillaume, qui le martela de coups. L'abbé hurlait au sol et implorait Dieu d'être clément avec le jeune homme. Le jouvenceau frappait du pied le prêtre tout en hurlant "salaud", et lui fracassa le crâne avec la croix divine.

 *

             L'adolescent, maculé du sang de sa victime, s'enfuit en courant, le crucifix en main. Il traversa le village sous le regard étonné des habitants. Il rentra à la maison et s'enferma à double tours dans sa chambre. Là, il se laissa tomber à genoux sur le parquet. Cela fit un bruit atroce. Il se tenait là, au sol, s'arrachant les cheveux par poignées, hurlant et gémissant comme un enfant. Sa mère, attirée par ce vacarme essaya d'entrer dans la chambre de l'adolescent, mais elle resta bloquée dans le couloir. Elle essayait de parler à Guillaume, de le convaincre d'ouvrir la porte, mais il ne l'entendait pas.

 *

             Pendant ce temps, à l'église, une voisine, attirée là par la sortie intriguante de Guillaume, trouva le curé gisant au sol. Il respirait encore avec peine. Son visage était devenu difforme, une flaque de sang auréolait sa tête. Elle courut immédiatement téléphoner aux pompiers et aux gendarmes qui arrivèrent dans l'instant. Elle leur raconta ce qu'elle avait vu ; on transporta l'abbé à l’hôpital. Elle l'accompagna dans l'ambulance.

 *

             Les gendarmes se présentèrent immédiatement au domicile des parents de Guillaume. Ils expliquèrent à Madame Girard ce que l'on reprochait à son fils. Elle pâlit puis, malgré sa stupéfaction, les conduisit à la porte de la chambre du gamin. Il ne semblait pas les entendre et hurlait de terreur. Les officiers de gendarmerie trouvèrent l'adolescent couché par terre, gesticulant dans tous les sens, couvert de sang et de bave. Il était à demi-chauve. La mère s'évanouit à la perception de cette vision d'horreur. On fit venir un médecin pour calmer le petit, qui ne faisait que crier et se débattre lorsqu'on l'approchait.

             Quand Madame Girard reprit connaissance, le docteur administrait un sédatif puissant par injection à Guillaume. Elle ne comprenait pas et restait impuissante. De son côté, l'adolescent ne cessait de bredouiller un charabia incompréhensible, jusqu'à ce que, plus tard, on put distinguer : "Il m'a violé, il m'a violé". Par crainte d'un nouveau pic de violence, on lui passa une camisole et on le conduisit à l’hôpital psychiatrique 

 

   *

             Guillaume passa 24 heures bâillonné dans une chambre capitonnée, puis les psychiatres, ayant remarqué son calme, malgré des pleurs intempestifs, commencèrent à s'entretenir avec lui. Il était assez bon comédien, sa mise en scène était parfaite. Il donnait parfaitement le change, et convainquit sans problème les médecins d'un viol. Il avait les symptômes d'un choc post-traumatique, tout semblait cohérent. On lui fit passer des examens médicaux qui révélèrent que l'adolescent n’était plus vierge et subissait régulièrement la sodomie. Le résultat de certaines analyses démontrèrent d'ailleurs la présence de sperme dans son anus.

 *

             Le Procureur de la République, informé de l'affaire avait demandé à obtenir régulièrement les résultats des tests médicaux. Cette affaire lui tenait particulièrement à cœur, car comme tout père de famille respectable, la pédophilie l'insupportait. Il prit d’emblée des mesures judiciaires contre l'abbé Baudoyer. Ce dernier, étant toujours hospitalisé, eut la désagréable surprise de se réveiller menotté dans son lit, un gardien de la paix à la porte de sa chambre.

 *

             De son côté, Guillaume semblait fort secoué et ses psychiatres paraissaient pessimistes quant à une éventuelle sortie. Il resterait là, en observation continue, dans l'isolement le plus total, afin de lui permettre de se ressourcer et d'affronter plus tard la justice. Bien que le Procureur semble prendre parti pour l'adolescent, il n'en oublie pas moins que le jeune homme s'est rendu coupable d'un acte de violence inqualifiable.

  *

             La presse aussi suivait l'affaire, bien qu'il lui soit difficile de trouver des informations à fournir à son public. Au niveau juridique, tout se passait à huis clos. Rien ne filtrait. Les journalistes recueillirent des témoignages sur les deux parties mises en causes par le biais des villageois, mais aucun d'eux ne voulait réellement se prononcer... Tout cela était si compliqué pour une petite commune paisible d’Auvergne. Toutefois, certains, sous condition d'anonymat, crachèrent sur l'un et sur l'autre. Les ragots allaient bon train. Les moindres faits et gestes des Girard étaient analysés. Ils n'avaient plus droit au respect de leur vie privée. Tout était bon pour les charognards...

 *

             Guillaume était toujours interné, mais après quatre semaines dans la chambre capitonnée, les psychiatres décidèrent de le transférer au pavillon des adolescents dépressifs. Là, il put recevoir quelques visites de ses parents. Il se confortait dans son histoire de viol, et petit à petit, il renoua le dialogue avec eux. Ils étaient plus proches, et très attentifs à l'adolescent. Lui, qui n'avait pas été câlin depuis très longtemps, éprouva le besoin d'être choyé comme un enfant qu'il n'était déjà plus.

             Les entretiens avec les médecins étaient plus longs et plus profonds de sens. Le piège tendu à l'abbé Baudoyer se refermait de plus en plus chaque jour. Guillaume, victime d'un viol, cela ne faisait plus l'ombre d'un doute pour personne ! Et pourtant, quelle perfidie ! Il jouait le rôle de sa vie. Lui seul en avait conscience, cependant, se sentant observé, il ne retirait jamais son masque. Il vivait avec comme une seconde peau.

 *

             Durant cette période, l'abbé pédophile avait été désavoué par le clergé et montré du doigt par différents archevêques. D'ailleurs, alors qu'il allait quitter l’hôpital pour être transféré en maison d'arrêt, l'évêque de Clermont-Ferrand vint le voir pour s'entretenir avec lui de son inqualifiable conduite.

             Il était le seul à croire en l'innocence du petit curé de campagne concernant l'hypothèse d'un viol, mais néanmoins, il ne viendrait pas témoigner en sa faveur. En effet, le monde ecclésiastique a beau paraître fermé, les secrets circulent toujours...

             Le père Baudoyer avait donc de quoi s'inquiéter, car la seule personne qui aurait pu maintenant le secourir était son accusateur. Il réfléchit pour assurer sa défense, mais même son avocat paraissait pessimiste. Tant bien même on pouvait prouver qu'il n'y avait pas eu viol, il serait tout de même reconnu coupable d'acte de pédophilie sur mineur de moins de 15 ans.

 

               Arrivé dans sa cellule, il se mit à prier, à invoquer Dieu pour qu'il lui pardonne ses péchés. La réponse divine se fit entendre par le biais des autres prisonniers. En effet, la raison de l'incarcération du curé s'était propagée dans l'enceinte pénitentiaire, si bien qu'il devint rapidement le souffre-douleur des autres taulards. Il fut roué de coups à plusieurs reprises. Les mâtons organisaient la violence qui entourait l'abbé. Il n'avait aucun allié. Il était seul avec son désespoir. Il aurait voulu que la vie s’arrête mais Dieu était trop occupé pour rappeler ce pauvre pécheur ! Il affronterait donc la justice des hommes.

 *

             Dès que les psychiatres de Guillaume le trouvèrent en état moral d'affronter le procès, celui-ci put commencer. L'adolescent paraissait faible et avait beaucoup maigri, mais il était maintenant capable de tenir une conversation et de décrire avec précision l'ensemble des actions durant ce fameux viol et cette liaison pédophile. A la barre, il parlait clairement même s'il paraissait quelque peu intimidé. Son discours attirait la sympathie des jurés, et si l'audience ne s'était pas déroulée à huis clos, il aurait très certainement conquis le public.

 

   

        Le procureur avait mis en avant toute sa ténacité durant l'interrogatoire du jeune homme, et insistant sur la violence bestiale avec laquelle il s'était acharné sur le prêtre, l'avait fait pleurer. Guillaume ne cherchait pas à s'excuser, bien au contraire, il s'accusait de ce crime. Le juge décida d'ajourner le procès jusqu'au lendemain.

 *

             Le procés reprit par l'audition des témoignages des psychiatres de Guillaume. Ils expliquèrent entre autre le comportement de l'adolescent et appuyèrent la thèse du viol. Par ailleurs, les tests médicaux pratiqués prouvaient qu'il y avait eu des rapports sexuels entre les deux parties, et étant donné la timidité du jeune homme, il n'aurait jamais pu provoquer les gestes de l'abbé. Ils réfutèrent d'ailleurs l'hypothèse d'une supercherie lorsque le procureur les questionna. Le jeune homme était beaucoup trop faible d'après eux pour se livrer à ce genre de mensonge...

 *

              Vint ensuite le tour des Girard d'être appelés à la barre. Ils eurent à décrire le comportement de leur fils durant ces 3 dernières années et l'isolement dans lequel il s'était enfermé. Madame Girard se laissa d'ailleurs emporter par ses sentiments et déclara qu'elle ne croirait plus jamais en Dieu. Il y eut un silence glacial après ses propos. 

 

 *

              L'avocat du père Baudoyer ne savait plus de quelle façon plaider. Il était jeune et inexpérimenté ; ses questions étaient gauches et maladroites. Il ne pourrait rien faire pour son client. L'abbé Baudoyer le savait, personne ne pouvait rien pour lui. Lorsqu'il fut appelé à la barre, il répondit coupable à tous les chefs d'accusation, et, dans un élan de remords, il regarda Guillaume droit dans les yeux et lui demanda pardon. Il pensait que peut-être le jeune craquerait et avouerait qu'il n'y a pas eu viol, mais l'adolescent perplexe lui rendit un regard haineux. On remit les menottes aux poignets du curé. Le jury entrait en délibération.

  *

               Une heure plus tard, la cour rendit son verdict. On traita d'abord du cas de Guillaume, la peine de travaux d'intérêt général plébiscitée par le procureur n'aurait pas lieu, à condition que le jeune homme bénéficie régulièrement d'une assistance médicale et psychiatrique jusqu'à sa majorité. Cela sembla rassurer tout le monde. Le père Baudoyer avait des sueurs froides, et lorsque le couperet tomba, il s'évanouit. Bien qu'il s'était préparé à la sentence, il n'avait cessé de croire en la bonté divine. Dieu l'a abandonné, il croupira à perpétuité en prison.

 *

              Les Girard s'installèrent à Paris durant les dernières semaines de convalescence de Guillaume. Le Père trouva un emploi de directeur dans un Franprix, et la mère s'occupa de l'installation de la famille dans un petit nid douillet. C'était la meilleure solution pour tous, afin d'oublier cette sordide histoire, et reconstruire auprès de Guillaume et de ses études une vie de famille épanouie. Il avait besoin de leur soutien pour avancer et leur fut reconnaissant de cette délicate attention.

  *

              Après une adolescence choyée loin des bancs de l'église, et une réussite scolaire fulgurante, Guillaume entra au conservatoire. Plus tard, il deviendra un grand comédien reconnu et adulé du public. Il avoua son homosexualité à l'âge de 18 ans. Ses parents ne furent pas réjouis en apprenant la nouvelle, toutefois, il était bon de le voir heureux avec son petit ami. Cependant, dès qu'il n'était pas là, on maudissait le père Baudoyer en espérant très fort que cette expérience perverse n'ait aucun effet néfaste sur le comportement de leur aîné.

 *

               Le père Baudoyer mourut en prison quelques mois après le procès. On le retrouva pendu dans sa cellule. Il n'avait laissé aucune explication, cependant, nul n'ignorait qu'il avait été le sujet de multiples sévices corporels et viols en tout genre dans l'enceinte pénitenciaire. Avant de rendre son dernier souffle, on l'avait seulement entendu dire qu'il ne croyait plus ni en Dieu, ni en l'être humain.

 

Par Thomas Slut
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Mardi 11 octobre 2005

 

 

Coco s'éveille avec peine dans son lit. Le sommeil la quitte. Elle est contrainte de fuir le pays des rêves. C'est le seul endroit où elle peut se réfugier dans un monde idéal. Tout est beau. L'être humain est bon. Il fait bon vivre. La réalité la rappelle peu à peu. Le soleil commence à décliner. Il est déjà 16h30. La couette est enroulée autour d'elle laisse entrevoir de grandes étendues de peau nue. Un sein pointe vers le plafond, pendant que dans son string noir en dentelle, une verge épaisse se sent à l'étroit. Elle vénère le jour où cet organe ne sera plus là : elle est une femme, cette chose n'a rien à faire sur son corps. Lorsqu’elle était petit garçon, elle se sentait déjà fille. Elle était une jolie demoiselle, une princesse. Tout cela, elle le retrouve dans les rêves. Ce pays, c'est le sien, elle en est souveraine. L’existence terrestre fait partie de ses sinistres obligations monarcales.

 

 

Un voile de brume lui couvre la vue. Elle est encore fatiguée. Elle s'est encore beaucoup défoncée hier... Enfin, elle s'en moque. S'il n'y avait pas la défonce, elle trouverait la vie bien triste... La dope lui permet de rejoindre le pays des rêves, de mettre un peu de magie dans la morosité de son quotidien... Mais pour l'instant, elle doit faire face à son choc matinal.

 

 

Sans se relever, elle allonge une main tremblante vers la table de nuit où elle arrache de son paquet de cigarettes une longue tige de nicotine. Le goût de la clope lui parait immonde, toutefois c'est la seule chose qui lui permet de se tirer de sa léthargie. L'horreur de la vie la rappelle. Peu à peu, elle comprend que son existence la rattrape, qu'elle a des choses à faire : se lever pour affronter le jour, ou plutôt ce qu'il en reste. Elle renverse le cendrier qui se fracasse sur le sol. La journée sera difficile, c'est un mauvais présage. De toute façon, elle s'en moque, elle est y est habituée.

 

 

Sous la douche, parsemée de champignons et de moisissure, l'eau qui ruisselle apaise son mal de crâne. Encore quelques minutes avant de se sentir fraîche. Elle se frotte, ses mains caressent son corps. Elle sent sa verge affreuse la géner. Enfin, avoir de beaux seins, bien fermes et bien gonflés la rassure. Les hormones ont fait des merveilles. Elle ne peut plus voir l'immondice qui occupe son entrejambe, mais la sentir est encore une souffrance. « Plus que trois semaines avant l'opération ». Cette idée la rend optimiste. 25 ans qu'elle vit pour ce moment. Elle sera enfin une « vraie femme » !

 

Un coup de sèche-cheveux pendant qu'elle prépare le brushing de sa longue crinière rousse. Elle aime se coiffer, elle passerait des heures à le faire. On frappe à la porte. Personne ne vient jamais ici, à l'exception des livreurs de plats préparés, son dealer et le gérant de l’hôtel. C'est Mustapha, le fils du patron. Elle a une semaine de retard pour le paiement de son loyer. Elle le reçoit dans son peignoir de satin blanc. Elle sait ce qu'il veut. Ce n'est pas un problème, elle a encore omis de passer à la loge. On a confiance en elle, l'assiduité des règlements n'a jamais été son truc, mais elle a toujours payé ses dettes, et puis, ce n'est pas une cliente emmerdante. Elle le reçoit dans son meublé crasseux avec la dignité d'une reine. Elle le fait patienter dans la chambre pendant qu'elle prépare la somme dans la cuisine. Elle revient avec deux tasses de café et l'argent. Il est satisfait. Ils discutent un peu, puis comme d'habitude, partagent un rail de coke. Son père ne rentrera pas tout de suite, il peut s'attarder quelques minutes. Il a connu un jeune homme paumé, fraîchement débarqué de Pau, et maintenant, il cotoi une demoiselle dont la plastique de la poitrine le laisse rêveur. Il a à peine 17 ans. Depuis que ces seins ont commencé à pointer, il ne se lasse pas de les observer, de les masser, de les embrasser. Elle les lui tend toujours avec beaucoup de plaisir. Il doit repartir, il repassera dans quelques jours pour lui remettre son reçu.

 

Elle se vernit les ongles, il faut qu'elle soit parfaite, comme chaque jour, pour aller travailler. Elle se sent belle, sexy, désirable. Elle aime les nouvelles cuissardes de latex qu'elle vient de se procurer. Elle y a assorti des bas résilles noirs, une minijupe en cuir, un top de satin noir, et son collier de chienne. Elle écoute la radio. Elle se met à danser lorsqu'elle entend « libertine » de Mylène Farmer. Elle se retrouve dans ce texte ; il a été écrit pour elle. Elle aime cette histoire. Après tout, elle est une fille qui ne croit plus en l'amour, qui s'éclate avec le sexe, comme si c'était le seul plaisir de l'existence. Elle se sert un grand verre de whisky, et termine les restes de la pizza de la veille. Voici une matinée au ciel noir bien anodine.

 

22 heures. Elle enfile son manteau en peau de vache et descend les escaliers de l’hôtel. En remontant la rue, un joint à la main, elle croise un groupe de lascars. Elle n'a pas peur d'eux. Ils la connaissent, elle leur lâche son bédot tout en leur faisant la bise. De temps à autres, lorsqu'elle est en rade de schitt, ils la fournissent, et quelques-uns uns la baisent secrètement derrière une porte cauchère. Pourtant, elle les craignait en sortant pour les premières fois en travesti, mais très vite, elle avait compris qu’ils étaient pacifistes. Il n'en était pas de même avec les gens du quartier. Malgré ce qu'ils pouvaient penser d'elle, elle avait bien plus de fric qu'eux, d'où peut être la jalousie de certain. Elle n'aimait pas à Clichy était les critiques des femmes derrière son dos. Beaucoup d'entre elles éprouvent de la répulsion pour ce genre de créature, par crainte que leurs tendres époux n’aillent se faire dorloter par ces monstres de la nature. Elle est économe et opte pour le R.E.R. pour se rendre au bois. Sur le quai, deux skinheads se jettent sur elle, l'insultent de suppôt de Satan, la poussent au sol. Elle reste digne, bien qu'elle ne soit pas dans une position très agréable. Elle retient ses larmes de couler. Elle est sauvée par l'arrivée du train. Ses agresseurs montent dedans. Elle prendra le prochain.

 

Elle se relève au milieu de la foule, sort de son sac un miroir et un poudrier. Elle doit refaire son maquillage. Elle est habituée à ce genre de rencontre. Si elles n’ont pas lieu dans les transports en commun, elles se déroulent au gré des rues. Elle s'en moque, elle accepte son destin en avalant une lampée de whisky. « L'alcool, ça aide à se réchauffer », mais cela l'encourage aussi à affronter la laideur humaine et la répulsion qu’elle éprouve vis à vis de son activité.

 

Elle pénètre dans le bois de Boulogne, en marchant sur les allées qui longent les routes. Elle croise certaines consœurs qui entrent ou sortent de certains fourrés, accompagnées de leurs clients. Au passage, elle en salue quelques-unes. Ce ne sont pas ses amies, seulement des collègues de travail, ou des concurrentes. Certes elle s'en moque ; elle vient ici pour faire du fric, pas pour jacasser ! Elle arrive à son emplacement et surprend une nouvelle. Ici, il faut faire sa place, elle s'est battue pour l'obtenir, elle ne va pas se laisser faire ! Elle demande à sa rivale de partir, l'autre lui rétorque que la rue est à tout le monde et reste en faction. « Ca ne va pas se passer comme ça ! » Elle fonce brusquement sur la nouvelle, lui tire les cheveux, lui griffe le visage, l'allonge au sol et lui enfonce les aiguilles de ses cuissardes dans le dos. L'autre s'est laissé surprendre et repart clopin-clopant.

 

La nuit est fraîche, elle avale une nouvelle gorgée de Whisky lorsqu'une voiture s'arrête. L'homme tentera de négocier le tarif, mais elle a suffisamment d'expérience et de savoir-faire pour ne pas se vendre au rabais. Affaire conclue, elle monte dans le véhicule et conduit son client au parking souterrain de l'avenue Foch. C'est à cet endroit qu'elle a l'habitude d'exercer son commerce. Ils bénéficient du confort de la voiture qui préserve ainsi leur intimité, et puis, c'est plus agréable en cette saison que de se faire allonger sur l'herbe gelée du bois... Le client semble satisfait de la prestation, alors qu'en fait, elle est experte en matière de faire jouir les hommes sans trop donner de son intimité. Les michtons, elle sait comment les faire jouir vite et bien, et les fidéliser de façon à ce qu'ils constituent un revenu fixe... Il la ramène au point de départ. Une cigarette, puis une seconde voiture s’arrête... Le monsieur la conduira à domicile. Elle est ravie, cela double le tarif. Et ainsi passe la première partie de la nuit. Elle enchaîne les passes et bourre son soutien-gorge de billets. Son quatrième client la déposera à une station de taxi de la porte Maillot. Elle a bien travaillé ce soir. Encore 350 euros. Pendant le trajet, elle note ses entrées sur son agenda, et constate qu'elle a rendez-vous le lendemain avec un vieil habitué. Ce procédé lui permet d’aller moins souvent au bois, à peine trois soirs par semaine. C'est plus lucratif que de vendre des crèmes antirides à des vieilles croûtes ! Toutefois, l'échéance de l'opération remet son activité en question. Elle sait pertinemment qu'elle perdra une partie de sa clientèle, et de toute façon, en vieillissant, le tapin ne sera plus une solution. Au commencement de sa carrière de prostitué, elle ressentait du dégoût, et maintenant, il était temps de penser à raccrocher, à faire autre chose puisque ses rêves de femme allaient se réaliser.

 

Elle entre au Club Dandy’s. Coco est accueillie comme une star dans ce night-club, on l'embrasse, on lui tend une coupe de champagne. C'est un personnage, on l'aime ; il n'y a pas de soirée réussie sans elle. Elle traverse la piste en dansant, tenant en sa main le verre qu'on lui a offert. Il y a du monde, l'ambiance est chaude... Elle retrouve aux toilettes la petite Patty qui lui promet de trouver rapidement des bonbons. Elles se séparent. L'étudiante part faire la course qu'on lui a demandé, Coco s'approche du podium et chasse les deux tapettes qui se trémoussent d'une manière ridicule. On la respecte comme si elle était la patronne, après tout, elle en avale des bouteilles ici ! Elle commence à faire son show pendant que Patty la rejoint. Une chorégraphie sensuelle prend forme au rythme de la house. Leurs visages se rapprochent, les langues se mêlent... Les hommes hurlent de plaisir à la vue de ce spectacle. Le comprimé d’ecstasy a changé de propriétaire. Coco continue de se trémousser pendant la montée de la drogue. Avec tout ce qu'elle a consommé depuis qu'elle a ouvert les yeux, elle va enfin pouvoir ressentir le summum de la défonce. Deux mains d'homme se posent sur ses hanches. Elle est euphorique. Pour une fois, elle se laisse faire. Ce qu'elle sent du corps de l'autre qui se frotte contre elle est un bon présage. Il doit être jeune et vigoureux. Elle se laisse peloter un bon moment avant de se retourner. Il est beau, grand, brun, un regard ténébreux... Le mec idéal. Elle dépose un baiser sur ses lèvres, puis le prend par la main et le conduit en dehors de la discothèque. Il est trop mignon, il le lui faut. Dehors, ils s'embrassent encore, sous le regard étonné de quelques passants noctambules perdus là.

 

La montée de la substance les propulse vers les contrées ensorcelées du désir. Dans le taxi, puis dans l’ascenseur, ils se caressent sans répit. Elle ne sait pas ce qu'il a pris, certainement la même chose qu'elle, et peu lui importe. Pour une fois qu'elle rencontre son idéal masculin, au sens plastique du terme, elle ne va pas se priver ! Ils se poussent contre les murs, ouvrent la porte qui claque, et se déshabillent à toute hâte...

 

Lorsque l'étreinte se termine, ils n'ont pas échangé un seul mot. Coco le regarde souriant joyeusement, tout en roulant un splif pendant qu'il se prépare à partir. Il claque la porte sans un au-revoir. Il fait jour, il a compris son erreur. Coco est désemparée bien qu'elle soit anesthésiée à ce genre de situation. Elle pleure. La tristesse sentimentale lorsque l'on est transsexuel est l'unique compagne du quotidien. On a beau offrir ou louer son corps à des centaines d'individus, on n'est jamais vraiment une femme, jamais vraiment un homme. L'unique certitude est que l'ambivalence entre les deux sexes est problématique pour les hommes qu'elle rencontre en dehors du cadre de sa profession... Elle devient songeuse et craintive. Peut-être que l'opération finale ne changera rien à sa solitude ? « Je ne suis qu’une pute ! » Quel homme honorable souhaiterait former un couple avec ce genre de pseudo-femme, vulgaire et inféconde ? Elle devient hystérique, se lève et commence à tout renverser dans sa chambre. Elle ne sera jamais heureuse, sa vie sera toujours un enfer, la mort ne la conduira pas au paradis... Elle se sent sale et condamné... Elle est perdue. « Quel malheur d'être mal-née ! » Il faut mourir, pour que tout cela cesse. Ainsi, elle ne sera plus jamais seule, on la verra comme autre chose qu'un objet sexuel... Elle ouvre la fenêtre et traverse la rambarde du balcon. Elle ne porte que ses bas. Elle se retourne pour voir une dernière fois la misère qu'aura été sa vie, dans la chambre de ce bastringue de bas-étage, puis elle retrouve en elle une lueur d'espoir. Elle ne sera qu'une femme stérile. Elle a assez de fric de côté pour changer de vie, elle deviendra caissière ou vendeuse s'il le faut. Elle ne doit pas abandonner si près du but, c'est ce que lui dira l'anesthésiste tout à l'heure.

 

Elle traverse de nouveau la balustrade, retire ses bas et se prépare une tasse de café. Plus tard, une nouvelle douche pour se laver de la saleté de la nuit, et elle se vêtira comme une femme du monde. La vie lui appartient. Dans quelques semaines, elle aura atteint son but sans faillir, tout aura changé.

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Ce texte a été adapté en court-métrage.

Vous pouvez consulter les photos de plateau prise par Nathalie Jacquault dans l'
album du film.

Prochainement en DVD.

Par Thomas Slut
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Mardi 11 octobre 2005


 

Je sors du métro à toute hâte. Une journée bien éprouvante s'achève enfin. C'est le week-end, profitons-en  ! Je gravis les marches de la station quatre à quatre. Arrivé en haut, mes jambes trahissent la fatigue. J’emboîte lentement le pas dans la rue de Courcelles. Je réfléchis à ce que je vais faire en rentrant.   Me prélasser dans un bain chaud et moussant, où j'y boirai une infusion, tout en écoutant le dernier mixe de miss Kittin.


 

 

Hâte d'être à ce soir.  Dimitri m'emmène dîner chez « Madame sans gêne ». Ensuite, nous trouverons une parade sensuelle pour clore la soirée. J'aime ce garçon. Je suis plutôt réservé et assez complexé. Souvent, je me demande ce qui chez moi a bien pu le séduire... Il me répète perpétuellement que je suis mignon, que mon look me va à la perfection, que j'aurais pu être mannequin... Il ignore dans ces moments là qu'il me met mal à l'aise. Je doute bien plus encore de moi, cependant, comme il est adorable, je lui masque avec agilité mon manque de confiance en moi. Peut-être me dit-il cela pour me faire plaisir ? Je ne sais pas. Quoi qu'il affirme, je ne me trouve pas beau. Mon dos est scoliosé, mes bras ressemblent à des cotons tiges, quant aux abdominaux, je ne crois pas en avoir été pourvu un jour ! A l’exception de mes longues jambes musclées par la marche, et de mes yeux bleus légèrement bridés, je n'ai rien de spécial : je suis un mec comme tant d'autres, perdu dans la mélée humaine.

 

 

Il dit qu'il m'aime pour ce que je suis à l'intérieur. Cela me rassure, mais à quoi bon me rabâcher que je suis beau puisque tel n'est pas le cas ? Toutefois, il m'apporte l'équilibre dont j'ai besoin par son amour, et je l'aime. Oui je l'aime ! Il me fait vivre tant de choses... Tout est bonheur lorsqu'il est là... La vie est belle quand je pense à lui...


 

 

J'arrive au niveau de l'avenue de Wagram. Le feu est rouge. J'attends un court instant pour traverser. Je ne songe à rien pour me concentrer sur la circulation. Je suis tellement inattentif que je m'interdis de laisser flâner mes idées car j'ai toujours peur qu'une voiture me fauche... Je fixe le signal et les automobiles. Tout est OK. J'avance droit devant, le regard figé, et puis, je ne comprends plus rien…


 

 

Je suis troublé par un regard perçant et désireux. Un jeune homme d'environ 19 ans m'observe. Il est très beau. Il a des cheveux mi-longs tombant sur ses épaules, un faciès juvénile, un corps superbe que je devine sous ses vêtements moulants... Il reste là, devant moi, ébahi, au lieu de traverser la chaussée. La fille qui l'accompagne fait un signe de la main sous ses yeux pour qu'il réagisse. "Arrête de le scruter comme ça ! Tu vas l’abîmer !" Lui dit-elle. Il m'est impossible de masquer ma réceptivité à cet angélique phénomène. Je lui retourne instinctivement son sourire. Mes joues se colorent. Il me captive tant que je ne peux point baisser les yeux. Il me pénètre d'une manière si tendre avec ses agates vertes pétillantes... Il me perturbe par sa magnificence d'éphèbe... Je n'ai pas le souvenir d'avoir été séduit par un homme de cette façon :  au hasard d'une rue !


 

 

Les idées s’enchaînent à une vitesse folle dans ma tête et j'entrevois avec ce garçon des images érotiques. Je ne peux plus le regarder lorsque nous arrivons au niveau l'un de l'autre. Je tourne la tête pour ne plus le voir. Je le sens encore me lorgner... C'en est presque un supplice car s'il venait à m'approcher, je ne serais pas en mesure de lui résister... Il me suit encore des yeux. Je me sens nu. Je ne sais plus très bien s'il s'agit d'une torture ou d'une jouissance, tout est si confus.


 

 

J'arrive enfin de l'autre côté de la chaussée. Je ne veux pas oublier ce garçon. Me mate-t-il encore ? Il faut que je sache. Le geste suit la pensée. Je me retourne brusquement. Les deux jeunes sont encore au milieu de la route, son regard ne se détache pas du mien. Elle le tire par la main tant il est distrait. Je ne voudrais pas causer un accident à cet ange, ce serait regrettable ! Je reste un instant sur le bord du trottoir pour les guetter partir de leur côté. Nous nous examinons mutuellement jusqu'à ce qu'ils atteignent la rue Jouffroy d'Aban. Je ne le perçois plus, mais quelle merveilleuse rencontre !


 

 

Ce soir mon ego est flatté au plus haut point ! Je suis heureux de cette sublime entrevue ! Ce garçon m'a considéré comme le fait mon Dimitri. Je commence à pressentir les pensées de mon homme. J'ai très envie de l'entendre me dire que je suis ensorcelant. Il aurait donc raison : j'ai du charme ! Il m'a fallu cette rencontre pour m'en apercevoir ! Je me sens serein et léger ! Toute la fatigue que j'ai pu éprouver jusqu'alors a été balayée par ces yeux tendres et pubères... Qu'il est bon de se sentir désiré ! Cela est encore plus flatteur lorsque je réalise qu'il doit être de 10 ans mon cadet ! En dehors de mon petit ami, je n'ai d'yeux pour personne et je ne prête aucune attention à l'effet que je peux produire, pourtant, cela est si bon que je devrais être davantage réceptif aux gens que je croise, non pas pour une éventuelle aventure, mais plutôt pour satisfaire ma petite personne !


 

 

J'arrive devant mon immeuble l’âme en fête. Je relève mon courrier dans la boite aux lettres. Il n'y a que des factures. Je m'en moque. Ce soir, rien n'a d'importance à l'exception du bonheur d'être en vie, entouré d'amour. Quelle belle soirée vais-je vivre ! Mon homme ! Vivement son arrivée ! J'ai hâte de le voir ! De l'étreindre ! De l'embrasser ! Je veux lui prodiguer autant de joie qu'il m'en offre. Je pousse la porte de l'appartement. Je jette une caresse furtive à mon chat avant de jeter les enveloppes sur la commode. J'entre dans la salle de bain. Je fais couler de l'eau chaude. Je me déshabille. Mon sexe est oblique. J'ai très envie de faire l'amour. Je me plonge dans la baignoire en attendant l'arrivée de Dimitri.


 

 

Ce soir, nous resterons ici. J'annulerai le restaurant. Je passerai de la musique douce. Je ferai livrer des sushis et des fleurs. J'allumerai des bougies et brûlerai de l'encens. Il mérite que je sorte le grand jeu ! Pour le séduire encore ! Entretenir la flamme qui nous unit ! Pour que la vie continue d'être aussi belle ! J'aime son regard amoureux. J'aime son corps. J'aime ses idées. J'aime tout en lui. Je veux qu'il soit heureux auprès de moi.

 

Par contre, je ne lui dirai rien au sujet de cette rencontre et des idées qu'elle a fait naître en moi. Je ne veux pas le décevoir. Cette soirée sera mon pardon, bien que je ne sois coupable d'aucun crime. Je suis un homme, avec ses forces et ses faiblesses. J'ai pensé à Dimitri, mes désirs envers l'adolescent n'ont été qu'éphémères. Nous avons toutes les raisons pour être heureux. En ce qui me concerne, le chapitre est clos. Je vais vivre une nuit de passion romantique. A-t-on besoin de prétexte pour choyer l'élu de son cœur ?

Par Thomas Slut
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Jeudi 15 décembre 2005

« Yep ! Que t’es bonne ! » Se dit-il en réajustant son jean taille basse sur son caleçon. « Encore un détail peut-être ? » en retroussant les  pans de son tee-shirt. Il observe ses petits muscles secs, son visage et repositionne son bandana. « Prêt à sortir ! Ca va être chaud ce soir les mecs ! » Grégory prend son baisenville et claque la porte en sifflotant.

Dans la rue, il attire l’unanimité des regards, tel une superstar arborant les atours sexys de ses 19ans. « Libre, et libre de  plaire ! A qui je veux ! » Les vieilles bourgeoises du quartier le regardent, outrés.

« Vous vous rendez compte, ma chère, ce n’est pas croyable de voir ça !

- Oui, le pauvre garçon ! On croirait un gigolo !

- Il ne doit pas avoir une vie facile… déjà qu’il est noir le malheureux… »

N’importe quoi ! pense Grégory, enfin, ces vieilles taupes n’ont plus rien à foutre dans leurs sinistres vie que de critiquer l’épanouissement sexuel des autres, elles, que plus personne n’ose regarder ! Un peu plus loin, un quadragénaire en jaguar le mâte avec insistance et calle. « Oh, ces vieux pervers, dés qu’ils voient un beau cul, c’est foutu! » Le regard de l’homme croise celui de Grégory. Il rougit et redémarre nerveusement. Ce genre de Monsieur bien propre sur lui, et louchant sur les fesses d’un p'ti black, dans le quartier de Matignon, il y en a beaucoup. Grégory en a déjà fait monter quelques uns dans sa chambre de bonne. A l’avenir, pourquoi pas se faire payer ? Ces hommes sont si préoccupés par le politiquement correct, que t’en qu’à être  pris pour vide couille, et assouvir leurs manque de bites blacks, que cela lui rapporterait certainement beaucoup. « A envisager sérieusement ! »

Métro bondé, comme d’habitude. Pelotage anonyme de son cul. Pas moyen de savoir qui en est l’auteur, quant à protester, il ne l’envisage même pas. Le fantasme de l’inconnu est si bon à vivre ! Trois stations plus loin, le flux et reflux de voyageurs stoppe ses instants de caresses volées. Le métro redémarre. Grégory ne sait pas qui le caressait si chaleureusement. Dommage, c’était pourtant si sympa !

Hôtel de ville. Passage piéton face au BHV. La soirée ne fait que commencer, et déjà, les incorrigibles relous avinés sont à gérer…

« Putain ce que tu m’excites !

- Ravi de te plaire !

- Tu viens avec moi que je te baise ?

Grégory fronce les sourcils. Il assume sa lopatitude, mais il y a des limites au non respect, et un minimum de séduction lui apparaît toujours essentiel.

- Pas possible chéri, je suis déjà pris.

- Alors après ?

- Si tu veux un rencart, pas de problème, c’est 200 euros !

- Ah ?!? Bonne soirée alors !  »

L’homme dépité le regarde s’en aller, Grégory avance glorieux en se félicitant d’avoir un tel sex appeal. De plus, il se sent rassuré car il a trouvé le moyen le plus efficace de refouler les  prétendants indésirables !

Dernier coup d’œil sur son mobile. Il est à l’heure aux rendez-vous des tapioles branchouilles du quartier. Tout ce que le marais compte de crevette est là. Au programme, défilé de mode, parade de snobisme, louchage sur tout ce qui est bon à consommer, et roulage de pelles pour les ptits couples tout droit sortis d’une photo de Pierre et Gilles. Seul autours d’eux, Grégory s’ennuie. Le patron tente de le séduire en l’abreuvant de cocktails en tous genre, ce qui l’oblige à rester un peu. Quelques mecs au bar lui plaisent, alors il fait la dinde, glousse et bat des cils pour attirer l’attention sur son corps parfait… Il espère secrètement en ramener un ou deux ce soir pour un moment hot, et se faire des souvenirs frénétiques de baises orgasmiques… On lui parle, mais des conversations superficielles, limite si on ne l’insulte pas de pouf sous ses yeux. Trois heures plus tard, on le laisse seul, s’amuser ailleurs, entre vrais mecs…

« Pas très grave ! De toute manières, les jeunes gays sont très snobs ! » Grégory prend un flyer et décide de tenter d’autres bars, après tout, il n’a pas encore fait le tour du milieu, et il peut encore élargir le cercle de ses  amis ! La première tentative est vaine. Pas le bon dress-code : pas cuir, out ! Tant mieux, il n’aime pas les folles costumées en caïd !  Il est attiré par les bass qui se dégagent d’un autre bar. A l’intérieur, la fête bat bon train. On le regarde comme une star, mais au fur et à mesure, il s’apperçoit  que la musique change. On passe de la house au disco ringuard seventies et que la population change… Pas grave, il continue de danser autours de la barre. Les verres arrivent à lui les uns après les autres. Il a besoin de pisser et s’éclipse aux toilettes. Un quinquagénaire le suit et essaye de l’embrasser. « Tu touches, tu paies, c’est 200 ! », rétorque Grégory. L’homme commence à sortir des billets de son portefeuille et à les compter. L’éphèbe le regarde avec mépris avant de rétorquer : « désolé chéri, ce soir, j’ai la migraine ! ». Il sort nonchalant et fier, reprend son sac à dos au comptoir, et décide de poursuivre sa soirée ailleurs.

L’idée de base étant de baiser, et les quelques verres pour se désinhiber ayant fait leur effet, il décide de poursuivre la soirée dans un sex-club. Du bon son, et des mecs beaux comme des dieux ! La nuit s’annonce chaude ! C’est le supermarché aux hommes tant il y en a de différents, tous chauds… Du muscle par ci, du militaire par la, des vieilles à gauche, des crevettes à droites… Bref, queue du bonheur ! Grégory ne sait pas où donner de la tête, et le mieux pour pécher et de se mettre sur le podium. Madonna crache dans les enceintes, l’ambiance est torride. Derrière lui, un pti mec trop mignon commence à le caresser. Chorégraphie sensuelle et aguicheuse… On se mouve l’un dans l’autre en allumant toute la salle… Des gouttes de sueurs perlent… « Faut boire un coup !

- Bon trip ! On continue en privé ?

- Non, sans façon ! ». L’autre se casse et embrasse langoureusement une vieille tante. Encore une baronne avec son michton pense Grégory.  Déambulation dans les couloirs du labyrinthe des backrooms. Pas une approche avec un minet, seulement le regard des vieux et des moches. Il réalise alors qu’il n’a aucune aptitude à la prostitution. Il aime tellement le sexe entre mecs de son age qu’il ne serait jamais un bon investissement pour ses clients potentiels. Etre pute, c’est aimer le sexe, sous toutes ses formes, avec tout un panel de mecs et de désirs variés…

 

Plus rien à foutre dans ce bordel ! Partir, rentrer dormir et accepter l’échec de cette soirée. Plaire, dans l’intimité et la clandestinité, mais jamais officiellement, et jamais à ceux qu’on veux… trop dure la vie d’un pd ghuetto… Des idées noires ne cessent de défiler dans les yeux de Grégory… On le déteste parce qu’il est trop folle ou parce qu’il est trop black… Ou alors on le pense « très conne »… Où il n’est qu’une grosse bite de black, qu’on ne peut pas toucher car la belle n’est que passive… Bref, tout le milieu d’un seul coup lui apparaît répugnant. Beurk.

Bus de nuit. Seule solution pour rentrer sans se ruiner, il a déjà claqué trop de tunes pour une soirée qui ne valait rien. A l’intérieur du noctambus, la violence est toujours la même, ça s’adresse toujours à Grégory. Les insultes le foudroient lorsque derrière lui, une voix de fille autoritaire vient à sa rescousse, remettant l’agresseur verbal à sa place, bouche bée. Marjolaine embrasse furtivement Grégory sur les lèvres.

« Tu m’as encore sauvé la vie !

- t’inquiètes ma beauté, j’aime pas les cons dans son genre, c’est toujours un plaisir de casser de l’homophobe !

Ils rient de bon cœur, discutent de la fac et décident de rejoindre une fête chez un étudiant.

Bonne ambiance et bons délires. Grégory discute avec l’ensemble des gens. Quelques uns sont perturbés par la féminité du jeune homme, mais ils finissent par lui préférer la bière. Echanges d’idées, de verres et de  joints… Grégory danse avec les filles pendant que les machos se bourrent la gueule. Des lèvres chaudes, charnues et sensuelles viennent se poser au creux de sa nuque, des mains robustes enlacent son bassin. Grégory se retourne stupéfait : c’est le beau Julien qu’il observe depuis quelques temps en amphi… Passage aux toilettes.  Ca tambourine à la porte, mais les jeunes amants n’y prêtent aucune attention. Pied d’enfer, Orgasme fusionnel. Sortie surprenante pour certains, mais l’indifférence la plus totale. Baisers passionnés sur le canapé. Fin de soirée sensuelle chez Grégory. Finalement, l’homophobie la  plus cruelle n’est pas la où il l’avait longtemps cru !
Par Thomas Slut
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Lundi 16 janvier 2006
 

Nous venons de passer notre première nuit dans notre nouvel appartement. C’est encore un peu le chantier dans la cuisine où nous avons pris notre petit-déjeuner, au milieu des cartons, alors que l’odeur de la peinture fraîche nous embaume encore les narines. Il est 8h10. Je débarrasse la table pendant que Mathilde termine la toilette de Zoé dans la salle de bain. Je les entends se chamailler. La petite est encore difficile ce matin. Je rassure ma femme car tout cela est dû au stress et à la peur du changement. Ce n’est pas évident pour une petite fille de 4 ans d’affronter sa première journée d’école dans un nouvel environnement…

  

Provenant du dehors, un bruit sourd et étourdissant résonne dans la cour. C’est un son étrange et indéfinissable comme nous n’en avons jamais entendu. Zoé sursaute. « Maman ! C’était quoi ? ». J’entends à peine ma fille terminer sa phrase que sa voix est recouverte par des cris stridents aigus en provenance de la cour. Mathilde ouvre la fenêtre et se met elle aussi à hurler « Oh mon dieu ! », avant de retomber assise, crispée et convulsive sur le carrelage de la salle de bain. D’un bon, je vais aussi voir ce qui se passe. La vision que j’ai est effroyable. Un jeune homme, je présume que s’en était un , gît sur les pavés, inanimé, la tête explosée, entourée d’une marre de sang qui ne cesse de se déployer autour de lui.

Je blêmis. Je n’ai jamais rien vu d’aussi atroce. Je ne dois pas céder à la panique. J’enlace mes puces ; nous devons être fort. Mathilde crie sans cesse, Zoé l’imite sans comprendre. Je les relève toutes les deux pour les conduire au salon. Je reviens sur mes pas et referme la porte de la cuisine. Il ne faut pas que l’on revoie ça. Mathilde reprend peu à peu ses esprits et tente d’expliquer à Zoé, perturbée, que le bruit n’était en fait que le son d’une jolie plante tombée d’une fenêtre. J’aurais voulu que ce soit le cas, mais comment expliquer à une enfant si pure, si naïve et si fragile, qu’un être, fait, comme nous, de chairs et de sang, ait décidé de se donner la mort juste sous notre balcon ?

Il faut l’emmener à l’école, nous n’avons pas le choix. Je lui enfile ses baskets puis nous prenons l’ascenseur pour descendre. Celui-ci s’arrête au second. Je décide d’en sortir car nous devons trouver un moyen de traverser la cour pour gagner la rue sans que ma petite puce n’aperçoive le mort. Instinctivement, je lui promets une surprise si elle garde les yeux fermés en chantant 3 fois de suite « une souris verte ». Elle se met à fredonner. Je cours comme je ne l’ai pas fait depuis la terminale, près de 25ans plus tôt. La concierge semble un peu plus calme, entourée de quelques voisines. Je refuse de regarder le cadavre et fonce plus vite que l’éclair. Nous arrivons enfin dans la rue. « Ça y est, j’ai fini de chanter ! » me crie ma fille. Je la félicite et lui annonce qu’elle peut enfin ouvrir les yeux. Elle me demande la surprise que je lui avais promise. Évidemment, je n’y avais pas réfléchi une seule seconde, il me fallait improviser. Devant la vitrine d’une pâtisserie, je lui dis de choisir un bon gros gâteau pour le dessert du dîner. Son attention est attirée par un énorme framboisier, si gros que j’en ai déjà une indigestion… Je lui promets de passer le prendre après l’école. Pour me remercier, elle m’enlace maladroitement de ses petits bras chétifs et me bave sur la joue en guise de baiser. J’en rougis presque car son geste d’amour me rassure : elle est plus vivante que ce pauvre type là-bas dans la cour… Rien qu’à l’idée d’y repenser, j’en frissonne d’effroi. A l’école, je la dépose à sa nouvelle assistante maternelle, l’embrasse une dernière fois avant que les larmes ne se mettent à couler dans les plis de mes rides… La maîtresse me prend par la main. Je lui fais un exposé succinct du drame que nous avons vécu dans notre immeuble. Elle me sourit, me rassure et promet de veiller particulièrement au bien-être de ma Zoé.Je la remercie et m’éclipse, pour ne pas que ma fille s’aperçoive de mon état.

J’arrive devant l’immeuble. Deux camions de pompiers rendent la circulation impossible dans notre rue. Les portes du sas sont ouvertes et l’ensemble des badauds tente de savoir ce qui s’est passé. Un policier leur barre le passage, tout comme à moi. J’insiste en affirmant que j’habite au sixième étage du hall b, et en parlant de ma femme, seule et tourmentée dans notre appartement. Il finit par me laisser passer. Dans la cour, les pompiers recouvrent le corps d’une couverture, pendant que la concierge raconte ce qu’elle a vu, et qu’une femme hystérique se débat entre les bras de deux flics. Je ne veux pas voir ça. Je pénètre dans mon entrée. Je préfère emprunter l’escalier afin d’assimiler la violence de la scène que je viens de vivre.  En haut, il est fort probable que j’ai à consoler Mathilde, qui doit être morte de peur. Zut, l’idée d’associer le terme « morte » à mon épouse me glace les sangs. Mes jambes flagellent. Même les expressions les plus courantes me déroutent. Sur le palier du troisième étage, je croise une voisine pétrifiée qui me demande si j’ai vu ce qui s’est passé. Je lui réponds que j’ai été comme l’ensemble de l’immeuble spectateur de l’événement, et lui envois des politesses rassurantes avant de poursuivre mon chemin. Je gravis les marches quatre à quatre. Je ne pense qu’à Mathilde. « Pourvu qu’elle aille bien ! »

Je l’entends gémir alors que je m’apprête à enfoncer la clef dans la serrure. J’ouvre la porte sans un bruit ; le moindre son violent pourrait l’angoisser davantage. J’avance doucement dans l’appartement. Elle est allongée sur le canapé du salon, les yeux remplis de tristesse.Elle se relève et atone de sa voix suppliciante : « pourquoi a-il fait ça ? ». Je ne sais quoi répondre. Je la prends dans mes bras pour étreindre son corps longiligne et chaud contre le miens. Je la berce pour la rassurer tout en déposant des baisers sur son front et ses joues. Elle me repousse un peu. « Il ne faut pas que l’on vive ici, c’est un signe ! » me dit-elle. Nous nous redressons et lui explique que ce n’est pas contre nous que le voisin a commis son acte… Nous ne sommes pas responsables. Je lui fournis toute une liste d’arguments plus ou moins rationnels sans en être réellement convaincus. En questionnant son for intérieur, elle m’avait devancé. La seule chose à laquelle je me semble capable de penser est ma famille. Je contemple ma femme un instant. « Mathilde, tu es très belle ! Je t’aime ! Si un jour, je te fais souffrir, tu sauras me dire que je suis allé trop loin ?? » Elle me fait un signe affirmatif de la tête et se blottit dans mes bras. Je l’embrasse à pleine bouche et pourlèche chaque centimètre carré de sa peau douce que je dénude. Son corps est chaud, sensuel, irrésistible… Je l’aime. Je la désire. Je ne supporterais pas qu’elle soit endommagée par quoi que ce soit, même la mort n’aurait pas le droit de me la détruire, même si tout ce que nous devons vivre doit devenir traumatisant. Nous faisons passionnément l’amour sur le parquet, chacun se donnant à l’autre avec entrain, pour se réconforter et s’assurer que nous sommes bien vivants, heureux et amoureux…

Plus tard, nous décidons de sortir. Nous voulons vivre, et rester là à nous morfondre ne nous aide pas à positiver. Lorsque nous traversons la cour, je découvre que celle-ci a été nettoyée. « Tant mieux » me dis-je. Je n’aurai pas voulu que Mathilde ressente le dégoût qui m’a empli l’âme lors de mes précédents passages. Arrivée au milieu de la cour, Mathilde me prend par la main et m’arrête. Elle demande à ce que nous allions voir la gardienne. Je me sens mal à l’aise en ce point précis. Je voudrais débouter sa demande, mais ma curiosité l’emporte aussi… Cela pourra aussi peut-être nous rassurer… J’accepte puisque cela peut nous soulager. Nous frappons à la porte de la loge. La concierge nous ouvre. Visiblement, elle a elle aussi beaucoup pleuré tant ses yeux semblent rouges. Elle nous accueille chez elle, où sont déjà attablées deux septuagénaires. L’une d’entre elles entame le dialogue en déplorant que nous ayons eu un tel accueil dans la résidence. Je lui réponds que personne n’est responsable du drame, puis Mathilde se met à leur poser des questions. La gardienne, entre deux larmes, nous informe qu’il s’agissait d’un jeune homme de 17ans et qu’il était notre voisin de palier le plus proche. En entendant  ses mots, Mathilde se blottit dans mes bras pour rechercher un peu de réconfort. Nous apprenons que l’adolescent et sa mère ont eu une dispute violente la veille au soir, car elle l’avait découverte en plein coït avec un garçon de sa classe. Furieuse, elle l’aurait menacé de l’envoyer vivre chez son père en province avant de l’enfermer dans sa chambre afin de le faire renoncer à son jeune amant… La suite, nous la connaissons tous. Chacune des femmes de cette pièce y ajoute sa dose de détails scabreux que je refuse d’entendre. Je presse la main de Mathilde qui comprend instinctivement mon intention. Nous sortons en saluant nos hôtes. L’air frais de la rue nous est nécessaire.

Nous marchons silencieusement, nous tenant bras dessus, bras dessous. Cela dure plusieurs minutes. Il nous faut du temps pour assimiler ce que nous avons entendu. Nos langues ne se délient qu’une fois nos expressos servis dans une brasserie. Mathilde entame le dialogue. Elle souhaite que nous restions dans cet appartement, car selon elle, ce que ce garçon a voulu nous dire en se donnant la mort, est que nous nous devons d’aimer nos enfants, de toujours les soutenir, quoi qu’ils deviennent. Je la laisse discourir seule un moment. Ce qu’elle dit me perturbe car je n’avais jamais envisagé l’éventuelle hypothétique homosexualité de notre fille. Cela me pousse dans un retranchement inattendu. Je me remémore alors Zoé ce matin, mais aussi les autres moments forts depuis sa naissance… Je comprends que je l’aime, et en tant que père responsable, je me dois de soutenir ma fille. Je sors de ma méditation et réponds à Mathilde que je partage son opinion. Quels que soient les choix et les décisions  qui influenceront Zoé, nous l’entourerons toujours de notre soutien.

 

Par Thomas Slut
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Mercredi 18 janvier 2006


 

10 ans que Franck n’avait pas revu Samuel. Ça lui a fait un choc. Tout ce qu’il avait voulu oublier lui revenait en pleine figure, là, dans cette boîte. Impossible s’était-il dit, en mettant ça sur le compte d’un excès d’ecstas. Certainement un bad trip ? Non, c’était bien Samuel. Toujours le même avec sa mâchoire carrée, ses épaules larges et son regard de tueur. Quelques rides d’expressions lui ornaient maintenant le regard, mais il n’avait pas changé d’un poil. Le cœur de Franck se mit à battre très fort, le souffle lui manquait et la tête lui tournait. Il revoyait les scènes d’horreurs, d’amours et de sexe avec ce mec lui défiler sous les yeux. Tout se confondait. La douleur revint aussi vive qu’à l’époque, certainement plus violente encore… Il perdit connaissance et se réveilla à l’hôpital quelques heures plus tard. 
 

Le psychiatre l’assaillait de questions auxquelles Franck ne voulait pas répondre. Il pressentait de la haine et de la condescendance malsaine dans l’attitude de son praticien. Il savait pertinemment en son for intérieur ce qui le déstabilisait, or les mots ne sortaient pas à l’exception de quelques sons inaudibles. Il passa ainsi la première journée sans pouvoir communiquer, recroquevillé sur lui-même et ses émotions négatives.

 
Deux jours plus tard, il ne comprenait toujours pas la raison de sa présence dans cette lugubre maison de repos lorsqu’il reçut un électrochoc. La cause de son mal-être était là sous ses yeux, servant le petit-déjeuner au réfectoire. Samuel s’approcha pour tendre son plateau à Franck, mais celui-ci fut pris d’une violente crise d’angoisse. Il envoya voler le repas contre le mur et partit en direction de la porte qui vint lui cogner le front au moment où il s’apprêtait à la passer.

 

Il se réveilla de nouveau dans son lit, bâillonné et perfusé. Il ne distinguait guère les formes et les couleurs, pourtant, le regard omniprésent de Samuel le pétrifiait. Celui qui semblait être aujourd’hui son soignant avait été le bourreau le plus violent qu’il ait connu. Bien qu’il fût déstabilisé par cette présence, il se calma peu à peu et tenta de se résonner.

L’effet des tranquillisants se dissipait à la tombée de la nuit. Samuel avait passé sa journée de congés à observer Franck, ce p’tit gars chétif et filiforme, qu’il avait tant aimé torturer à l’adolescence. Pour lui non plus, ce n’était pas évident. Il n’était plus le même qu’à l’époque. Il avait beaucoup changé. Se sentir responsable de l’état dans lequel se trouvait Franck l’inquiétait. Il ne pensait pas avoir fait tant de mal que cela dans sa vie… Et pourtant, il était l’unique responsable de l’aliénation de cet homme.

 

Les heures se succédèrent sans que l’un et l’autre ne s’adressent la parole. Chacun se scrutait dans le blanc des yeux sans pouvoir amorcer la moindre conversation. Les premières lueurs du jour se montrèrent lorsque Samuel dit enfin : « Pardon pour tout le mal que je t’ai fait, j’ai été idiot. » Franck se tourna sur le coté pour cacher ses larmes de martyr et répondit : « C’est du passé, maintenant je voudrais être seul, fou le camp ! »

Sur le parking de l’hôpital, Samuel pleurait à chaudes larmes au volant de sa voiture qu’il ne pouvait se résoudre à démarrer. Il l’avait aimé ce p’tit con, au point qu’il l’avait bousillé, uniquement parce qu’à l’époque, l’idée d’être attiré par un autre garçon lui était insupportable. Il se détestait pour cela. Le poème de Rimbaud revint en son esprit pour se déculpabiliser. Une voix criait dans sa tête « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ! ». Or, rien n’apaisait la haine qu’il éprouvait pour lui-même. Le lendemain, il ne revint pas travailler et se fit porter malade jusqu’à la sortie de Franck.

                                             *

 

De l’autre coté de la cloison des toilettes, Samuel entendait gémir. C’était une voix grave d’homme, étouffée, presque inaudible. Il avait déjà entendu certains de ses camarades émettre ce genre de son, exprimant le soulagement de la défécation, mais jamais de cette manière. Le bruit continuait. Ce qui se passait de l’autre coté piqua sa curiosité. Discrètement, il enjamba la cuvette des wc et se percha sur la chasse d’eau.  Ce qu’il vit lui coupa la respiration : Franck, la tapette de service se faisait enculer avec ferveur par Amir. Il sortit silencieusement des toilettes, pâle comme un linge et retourna en cours.

 


Il ne comprenait pas ce qu’il avait vu, ou plutôt ce que cela avait fait naître chez lui. A chaud, il avait eu envie de crier sa haine et son dégoût, mais la stupéfaction devant une telle situation avait cristallisé ses réactions. Pendant plusieurs jours, il refusa d’en parler, si bien que ces images revinrent hanter ses nuits sous forme de rêves érotiques. Ne comprenant pas ses désirs, il leur préféra la morale. Dés le lendemain, il déclara une guerre franche à ce sale pd de Franck. Il commença par l’insulter dans les couloirs, puis la violence de sa haine se décupla. Tout était prétexte à l’humilier. En sport, il le frappait avec les ballons, au réfectoire, il lui renversait la carafe sur les genoux… Il fut rapidement imité par ses camarades misogynes si bien que Franck devint en quelques jours la risée du lycée.

 

De son côté, Franck était désemparé. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Quelque chose n’allait pas. Etait-ce lui ? Etait-ce le monde ? Tout n’était que doute et violence. Existence chaotique, goût putride d’une vie sale et sanguinaire… Il encaissait les coups qu’on lui assénait avec beaucoup de calme et de dignité, si bien que lorsque les bourreaux ne pouvaient plus l’atteindre, enfermé dans sa chambre, il entrait dans une méditation glauque et interminable. Des journées sans fins, des nuits sans sommeil. Voilà ce qu’était l’adolescence de Franck. A cran en permanence, il se mit à se haïr plus fort encore que ce qu’on lui faisait subir. Il lui était devenu impossible de s’alimenter tant son estomac, noué par un poing métaphysique invisible refusait toute nourriture. Parler à quelqu’un était inenvisageable tant il était infréquentable pour les autres. Ses parents étaient si homophobes qu’il ne pouvait avouer les violences scolaires dont il était victime. Personne vers qui se tourner pour obtenir un sourire, un réconfort, un conseil… Il était seul sur terre avec sa malédiction. Crever et rien d’autre ! Pourtant, même la mort ne voulait pas de lui. Plus d’une fois, il avait tenté de se tailler les veines, d’absorber des somnifères, se jeter sous les roues d’une voiture… Rien n’n’y faisait, une entité supérieure le rappelait à la vie.

Une année de violence quotidienne avait passé sans que rien ne s’arrange. Isolé et tourmenté, plus personne n’entendait le son de sa voix. Il avait accepté ce que le divin attendait de lui : qu’il assume son rôle de martyr. Il priait sans cesse pour que cela change, mais rien. Par contre, sa mauvaise réputation lui était devenue la meilleure carte de visite pour séduire les garçons. D’ailleurs, il n’était pas question de séduction. Ils venaient à lui sans qu’il n’ait à les provoquer. On l’alpaguait dans les couloirs, discrètement, puis on le baisait par tous les orifices sans lui demander son opinion, si bien que paradoxalement, il avait du mal à l’age adulte de vivre sa sexualité sans violence. Paradoxalement, il demeurait toujours la seule fiote du lycée.

 

Samuel avait initié le mouvement. Son rôle de caïd et la puissance de persuasion qu’il avait sur les autres lui promulgua rapidement le statut de chef des violeurs. Il n’assumait pas publiquement son attirance pour les garçons, toutefois, son sadisme viril l’installait sur un piédestal. On l’admirait car il baisait les plus belles filles de l’école, mais aussi parce qu’il savait rosser les inadaptés au monde. Jamais d’état d’âme. Toujours très fort avec sa psyché redoutable et machiavélique. Il savait mettre les gens en pièce, et rentrer plus glorieux qu’un empereur. Foutaise, lui aussi se détestait, mais passer pour un monstre redoutable l’arrangeait bien. Il était investi d’une mission : laver le monde des larves. C’était ce qu’on attendait de lui. Il se devait d’être à la hauteur et digne de sa réputation. Le reste n’avait aucune importance.

                                                      *


 

10 ans et des poussières avaient passé. Franck restait amer. Jamais il n’oublierait. Longtemps il avait espéré une vengeance. Ce jour était enfin arrivé. Le ragoût aux sédatifs mijotait tranquillement pendant que Franck soulignait les atours sexy de sa personne en enfilant une nouvelle tenue. Plus d’une fois, il eut des élans de haine dans les yeux, mais il prit l’après midi pour apprendre à les masquer.

 

19h30 précise : la sonnette retentit, tout était parfait. Samuel fut précédé dans l’appartement par un immense bouquet de fleurs très colorées. Il salua timidement son hôte, dont la beauté le troublait profondément. Pendant quelques minutes, ils ne purent échanger un mot, se contemplant dans le blanc des yeux. Seules les coupes de kir royal délièrent les langues. Impossible de parler du passé. Il était trop douloureux et malheureusement indélébile… Ils conversèrent alors du présent, de leurs aspirations philosophiques, comme s’ils se rencontraient pour la première fois. Franck feignait d’être séduit en buvant les paroles de Samuel. Ils prirent même des photos afin de se créer des souvenirs futurs.

 

Au moment de passer à table, Franck fut si troublé par son invité que ces gestes devinrent imprécis. Lorsqu’il ôta la marmite du feu, il la lâcha. Celle-ci alla exploser le carrelage de la cuisine, les éclaboussants tous deux. Ils se regardèrent puis éclatèrent de rire. Samuel prit Franck dans ses bras, l’embrassa à pleine bouche et commença à le déshabiller.

 

Le champagne l’avait grisé. Plus ils baisaient, plus Franck se souvenait des séances de viol que lui avait fait subir Samuel. Cela devint insupportable et la voix de la vengeance se fit la plus forte. Il profita des envies hards de son partenaire pour le ligoter, lui lécha le visage et descendit à sa verge. Celle-ci était bien dure. Il la prit toute entière en bouche, et lorsqu’il sentit que son partenaire allait venir, il referma sa mâchoire d’un coup sec. Samuel hurla à la mort, le sang giclait partout sur le lit. Franck le regarda droit dans les yeux : « Ca y est, on est quitte ! ». Il appela les pompiers, prit les clefs de sa voiture et s’engouffra sous le camion des éboueurs.

 

Par Thomas Slut
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Jeudi 16 mars 2006


Ihmed exaspère Sébastien. Comme tous les soirs depuis 2 semaines. Pourquoi met-il ce pervers d’hétéro dans leur lit ? Décidément, Ihmed ne fantasme que sur les barges et a besoin de se faire mal. C’est encore Sébastien qui en fera les frais…

 


Sébastien n’en peut plus. Il regarde Loïc se pavaner et jouer le coq, alors qu’il ne rêve que d’une chose, c’est de se prendre un coup de bite ! S’il n’en rêve pas, cela lui ferait du bien, peut être comprendrait-il enfin que son mode de vie doit rester homosexuel. Il est hypocrite ce Loïc ! Il s’habille plus fashion que Sébastien ! On pensait ceci impossible, mais non, c’est arrivé ! C’est peut-être pour cela aussi que Séb est jaloux ! Il porte un manteau de fourrures, des mèches, diams aux oreilles, un débardeur saillant et un jean taille très basse, montrant ses fesses ! C’est le monde à l’envers, les hétéros rêves d’être sensuels ! Où va le monde, on ne s’y retrouve plus ! Si l’épidémie continue, les homos vont être envahi par ces monstres hétéro patriarcaux ! En plus, il ne se gêne pas ce mec pour essayer l’antirides de Sébastien et ses différents parfums griffés dans la salle de bain… Et maintenant, le voilà qui allume Ihmed… et ne l’éteindra pas.

 

 

Sébastien craque et chope son rival au colback. Il éclate, ne le supportant plus. Criant de sa voix la plus virile possible qu’il va lui éclater la tronche, et l’autre qui glousse comme une dinde en lui répondant qu’il n’osera pas parce qu’il n’est qu’une chochotte ! Trop tard, le coup d’boule part. Loïc saigne du pif, Ihmed court chercher de la glace au congel’ pendant que Sébastien regarde sa victime, triomphant !

 


Sébastien tourne en rond dans la pièce, fumant son joint qu’il tend à Loïc en guise de calumet de la paix, une fois que l’ambiance est revenue à la normale. Il entre alors dans un long monologue ou il explique que l’hétérosexualité est une perversion qu’il faut enrayer, car elle gangrène les homos dans une pseudo normalité, alors qu’eux leurs volent leurs libertés… Et puis, les valeurs que ces gens défendent sont totalement saugrenues ! Franchement, vivre entre mecs, et ne rentrer voir une femme qu’ils méprisent au nom de la survie de l’espèce, c’est pathétique. Quand ils sont coquets, c’est pour aller voir leurs copains, pas pour traîner bobonne dans une soirée à la con. Ils sont irrespectueux des femmes, parce qu’elles ne sont que leurs objets sexuels. Il fait si bon d’être entre gars répond Loïc. Foutaise ! Reprend Sébastien. C’est uniquement parce que vous méprisez les femmes que vous êtes dangereux pour la société, en plus, vous ne savez même pas les mener à l’orgasme. Un genre ne peut pas en faire jouir un autre, c’est impossible, et puis, dans ton raisonnement, la femme n’est qu’un organe reproducteur. Tu n’y connais rien. Tu la bourrines pour le protocole, mais si tu savais être à l’écoute, tu trouverais en elle une richesse. La femme est faite pour être notre amie, parce qu’elle est intéressante dans sa différence. Voilà pourquoi, nous, les gays, nous sommes biens supérieurs à vous !

 

Ihmed n’en peut plus de ce discours hétérophobe. Il regarde un instant Loïc, puis las de la situation, se met à hurler après Sébastien. Les deux amants vivent la dispute la plus mouvementée qu’ils n’aient jamais vécu. Sébastien, sous le flot des insultes de son mec continue son argumentaire en affirmant que si l’autre continue à gangrener leur histoire, il fera d’Ihmed un légume, culpabilisant de son homosexualité, faute à ce gourou de secte ! Gourou !  C’est tout ce qu’il est, car en plus, il défend les valeurs de la chrétienté ! Quelle crétinerie ! Mariage, travail, maison, chien, enfants, fidélité et crédits cofidis… Le bonheur dans toute sa splendeur ! Où est la place de la joie dans tout ça ! Ihmed lui assène un pain, avant de le jeter dehors.

 

Sébastien dépité, part se faire consoler dans une backroom. Au moins, il sera entouré de vrais mecs, bien dans leurs têtes ! Quand il rentre, Ihmed l’attends dans le noir, fumant une cigarette. Ils ont besoin de faire le point sur leur couple. Ihmed a tranché. Il n’en peut plus de cette union. Il annonce clairement son désir de divorcer. Sébastien le regarde, sans surprise, et lui répond : « Je sais, si je t’ai dit oui à Barcelone, c’est parce que tu voulais sceller notre union comme les gens bien…On n’avait pas besoin de ça pour s’aimer. Tu es trop hétéro normé mon chéri. Ok pour le divorce, les idées, on a plus les mêmes. » Séb se tourne de son coté et s’endors paisiblement tandis qu’Ihmed pleure à chaude larme.

 

Pendant que Seb prépare ses valises, Ihmed entre doucement derrière lui, l’attrape par les hanches, le retourne et l’embrasse. Sébastien le repousse, c’est trop tard. Il ne fallait pas mettre un hétéro dans leur lit.

 

Ils ne correspondent plus que par mail interposé. Ihmed semble totalement effondré suite à la séparation. Il ne pensait pas que l’exhubérance de Seb était ce qu’il aimait le plus en lui… Il ne pensait pas qu’il partirait… Il avait demandé à Loïc de ne plus venir le voir. D’ailleurs, leurs entrevue n’était plus aussi épicée que lorsque Sep était avec eux. Loïc n’aimait que la rivalité et rien d’autre. Ihmed, il s’en était toujours moqué, ce qu’il adorait étaient les prises de positions hystérico-politiques de Seb.

 

Dans un premier temps, Séb ne répondit pas aux mails d’Ihmed, puis, par compassion pour son ex-amour, il lui envoya quelques réponses évasives lui demandant de ne plus se leurrer, qu’ils ne se verraient plus qu’au moment de passer au tribunal. Il aimait un autre garçon passionnément, leur histoire était terminée.

 


Dés lors, Ihmed se mit à le harceler au téléphone, jusqu’à ce qu’il entende la voix de Loïc au téléphone, lui demander de leur foutre la paix une bonne fois pour toute. Il crut tomber des nues. Le garçon qu’il avait fourvoyé pendant des semaines était devenu l’amant de son ex, c’était trop dur à avaler, il fallait qu’il sache. Il prit sa voiture et alla se poster devant la maison de Seb, la, il s’approcha doucement, et les vit, au travers des vitres, baiser avec ferveur et passion.

 


Ihmed attendit le départ de Loïc pour aller frapper à la porte. Sébastien eut une moue épouvantée lorsqu’il vit son ex. L’heure de la justification était arrivée. D’abord, il y eut un silence entre eux, puis passés quelques whisky, ils purent enfin parler. Ihmed était à la fois jaloux et désabusé. Il avait était trompé par les deux garçons qu’il aimait. Sébastien le rassura, il ne s’était jamais rien passé entre lui et Loïc pendant qu’ils étaient ensemble, sinon, ils se le seraient partagés, comme les autres… Loïc, c’était arrivé après, par accident. Il était venu pour voir Sébastien et plaider la cause d’Ihmed, puis tout s’est accéléré. Ils se sont dit tout le mal qu’ils pensaient l’un de l’autre, et en en venant aux mains, ils avaient trouvés leurs sexes. Depuis, ils ne s’étaient quittés qu’à de très rares occasions.

 
Loïc fut surpris, à son retour de trouver Ihmed chez eux. C’est Ihmed qui le reçut. Ils discutèrent tous trois. Ihmed acceptait finalement la situation et se réjouissait de les savoirs ensemble, car après tout, ils formaient un drôle de couple tant ils étaient opposés, et cette histoire était plus piquante encore que l’époque Sébastien/Ihmed. Ils trinquèrent puis se promirent de déjeuner ensemble la semaine suivante après l’audience au tribunal.

 
Le divorce fut prononcé et suivi par le champagne. Tout le monde était là, les copains de toujours, et les invités au mariage, qui récupéraient les cadeaux qu’ils leur avaient fait quelques années plus tôt. Le tout se passait dans la joie et la bonne humeur, lorsque le ton changea. Loïc, prit de mélancolie du trio impossible, et de son hétérosexualité déshonorée, annonça la rupture à Sébastien. Il n’aurait pas pu choisir pire moment. Jamais Seb n’aurait fait les démarches pour le divorce si Loïc n’avait pas tant insisté… Ihmed s’approche alors avec un kleenex, prend Sébastien dans ces bras et lui dit : « Tu avais raison, les hétéros sont des sales cons ! ». Sébastien éclate de rire, Ihmed l’embrasse passionnément, s’agenouille et le demande à nouveau en mariage. Oui fut la réponse. A l’avenir, ils décidèrent de ne plus fréquenter chez les hétéros que les filles, au moins, avec elles, leur couple ne risquent rien, quant aux autres gays… Ils resteront toujours leurs meilleurs potes de partouze.

Par Thomas Slut
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Jeudi 16 mars 2006

17 ans qu’ils vivent ainsi, dans la chaleur de ce foyer, où chacun s’atèle à ses tâches quotidiennes. Pendant que Laurence raconte une histoire aux jumelles sur le canapé du salon, Michel essuie la vaisselle tout en contemplant sa famille depuis la cuisine américaine. Tout à sa place, bien rangé, bien ordonné dans la famille Legendre. Michel se réjouit d’avoir de très beaux enfants, or, il pense que c’est la seule chose de belle qu’il a fait dans sa vie. Il contemple sa femme un instant, puis il réalise qu’il ne l’aime pas, qu’il ne l’a jamais aimé… Ce n’est pas de sa faute à elle, c’est comme ça, il n’y peut rien. 17ans qu’ils vivent ainsi, un mensonge déguisé en bonheur. Les larmes vont lui venir, mais il a sa fierté de mâle et décide d’aller pleurer en cachette.

15 minutes plus tard, Michel sort de sa tannière pour aller faire un tour. Il profite que sa femme et les filles ne le voient pas pour sortir en douce, mais il tombe dans le vestibule sur Nicolas, leur fils de 18ans qui rentre de la fac. Michel profite de la pénombre pour s’éclipser en vitesse avant que Nicolas ne le démasque. Il s’en ait fallu de peu. Et dire qu’il s’est marié à cause de lui. Comme si elle n’avait pas pu se faire avorter ? Foutaise, il le sait. Il avait manipulé Laurence pour qu’elle garde l’enfant, comme si c’était sa seule chance à lui d’en avoir un jour… Résultat : marié depuis 17ans, 3 enfants merveilleux, une maison luxueuse, un emploi de cadre… Mais pas d’amour, rien de vrai en tout cas.

Il prend sa mercedés et conduit instinctivement. Si on lui posait la question, il affirmerait qu’il ne sait pas où il se rend… En réalité, il le sait très bien. Il veut savoir si Gérard vit toujours au même endroit… Cela fait un moment que cette question lui efleure l’esprit, et ce soir, il s’est enfin décidé à y trouver une réponse. Il attend, assis sur le banc face à l’entrée de l’immeuble, que quelqu’un entre, ou sorte… L’idéal serait que Gérard face partie du flux, mais aucun visage famillier… Il a peut être beaucoup changé, après tout, c’était il y a près de 20 ans qu’ils ne se sont pas revus… Il resta prostré sur le banc jusqu’à très tard, sans apercevoir la silhouette du locataire du 3ème étage. Il rentra tard dans la nuit se coucher auprès de Laurence qui ne dormait pas, folle d’inquiétude. Ils échangèrent quelques mots. Michel la rassura d’un baiser sur le front et en lui parlant de problème de travail avec lesquels il ne voulait pas l’embêter. Elle s’endormit paisiblement. Lui, ne fixa son attention que sur son expédition et ne ferma pas l’oeuil de la nuit.

Le lendemain soir, il refit la même ballade, juste après le diner. Il attendit que sa femme eu tourné les talons pour filer à l’anglaise. Même itinéraire, même attente, même déception. Cela prit rapidement la forme d’une habitude, sans que cela ne soit fructueux dans un premier temps, puis, lorsqu’il se dit que l’idée était trop saugrenue de retrouver son ancien amant, il le vit entrer dans son immeuble un soir. Il vivait donc toujours là ! Il aurait voulu lui sauter dessus, mais il fut prit d’une angoisse tétanisante qui l’empêcha de bouger. Il resta là, à le contempler dans le noir quelques instants puis rentra chez lui joyeux.

Cette nuit là, il ne parvint pas à fermer l’oeuil. Il décida d’envoyer une longue lettre à son ancien amoureux, mais il avait tant de choses à lui dire que nombre de brouillons finirent à la poubelle. Il se résolu finalement à n’écrire que ceci : « je n’ai jamais cessé de t’aimer. Rendez-vous vendredi soir à 19heures au restaurant la marmitte ».

Il posta son mot dans la foulée, puis revint se coucher auprès de sa femme quelques minutes avant que le réveil ne se mette à sonner. Elle se leva, l’embrassa, pendant qu’il feignait une maladie imaginaire. Aujourd’hui, il resterai seul à la maison. Dés que tout le monde fut parti, il se mit sur internet. Trop tendu, il lui fallait du sexe. Et puis, il avait peut être perdu la main. Il y avait tout de même 17ans qu’il n’avait pas touché un garçon. Les contacts des chats n’étant pas assez rapide, il décida de s’offrir les services d’un escort. 200 euros la passe, ça lui parraissait un peu cher, mais au moins, il ne serait pas dévoilé. A ce prix là, il maintiendrait encore un peu son secret sous silence.

Le jeune vint et jouit. Il était magnifique. Il permis à Michel de retrouver son assurance sexuelle. Toutefois, leur ébas faillit être démasqué lorsque Nicolas fut de retour de la fac. Il était étonné de voir Alexandre chez lui, alors que celui-ci n’était pas venu en amphi. Les deux garçons se regardèrent étonné, puis Alexandre anticipa sur le fait qu’il avait besoin de rencontrer Nicolas pour récupérer les cours manqués du jour.

Sur ce coup là, Michel avait eu chaud. Il décida d’attendre patiemment vendredi. Après tout, sa missive n’avait pu que suciter la curiosité de Gérard, il ne pouvait en être autrement.

Le vendredi, Michel arriva en retard au restaurant. Il avait été coincé dans les embouteillages à seulement deux rues de là et avait empesté après le monde qui conspirait contre lui. Il arrivait essouflé, une rose à la main, lorsqu’il fût prit de panique. A sa table, se trouvait Laurence ! Il la regarda un instant, lui adressa un sourire et vint s’asseoir timidement auprès d’elle. D’abord, il ne sut pas trop quoi lui dire, puis c’est elle qui prit la conversation en main, le flattant de cette merveilleuse initiative… En fait de soirée, ils avaient de nouveaux 20 ans, fougueux et amoureux.

Une nuit de douceur. Un réveil catastrophe. Le téléphone sonna. Michel prit la conversation. Il entendit la voix de Gérard lui présenter tous ses vœux de bonheurs, et lui dire que puisqu’il l’avait plaqué comme une merde, il ne voulait plus en entendre parler. Il fut très virulant, remettant Michel à sa place. Comment avait-il pu croire, ne serais-ce qu’un instant qu’il pouvait revenir comme une fleur dans la vie de Gérard ? Leur histoire était morte, il devait en assumer la responsabilité, après tout, c’est ce qu’il avait voulu.

Il se recoucha auprès de Laurence quelques minutes plus tard, l’étreignit pour s’assurer qu’il était aimé puis s’endormit à nouveau.

Il réalisa qu’il avait construit trop de choses sur le mensonge et qu’il était maintenant condamné à vivre dans le scénario qu’il avait construit. Il regrettait maintenant ses 40ans, enchainé à un destin qu’il n’aimait pas, mais il n’avait plus le choix. Admettre la vérité après tant d’année détruirait ses enfants et le modèle hétéropatriarcal danslequel il s’était hypocritement  enlisé… Il accepta son destin et loua régulièrement les services d’Alexandre.
Par Thomas Slut
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